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La clef à travers les âges

G. Angerville, La Science Illustrée N° 721 – 21 septembre 1901

dimanche 3 octobre 2010, par Denis Blaizot


L’invention de la clef, comme celle de tant d’autres objets usuels, se perd dans la nuit des temps. Homère parle de la clef dans l’Iliade et les monuments de l’antiquité égyptienne représentent cet instrument dans la main de plusieurs divinités.

Les clefs romaines découvertes au cours de différentes fouilles ne diffèrent pas sensiblement des nôtres par la forme, comme le montre l’une de nos gravures. Elles sont en bronze ; la clef en fer forgé date seulement du moyen âge.

La clef comprend plusieurs parties : la tige, qui peut être forée ou non ; le balustre, qui surmonte la tige ; l’anneau, qui sert à la saisir. Le panneton est l’ensemble qu’on enfonce dans la serrure ; sa face extérieure, munie de dents et de coches, se nomme museau.

Pendant le moyen âge les clefs et les serrures ont des dimensions extraordinaires. Une clef de vingt centimètres est de petite taille par rapport à celles qui sont employées habituellement. Les pannetons représentent des découpures très compliquées. La tige a des forages en losange, en trèfle, en as de pique. L’anneau et le panneton sont travaillés au marteau avec une délicatesse incroyable.

Souvent le panneton et une partie de la tige sont seuls en fer, le reste de la monture étant fait de cuivre ou de bronze, sans préjudice de la dorure.

Les clefs symboliques ou liturgiques sont souvent d’admirables œuvres d’art ; telles sont les clefs que les papes adressaient jadis aux souverains à l’occasion de certaines fêtes.

Parmi ces clefs il faut citer celle de Saint-Servais à Maestricht ; elle est faite d’un alliage d’or et d’argent et date du IVe siècle.

La renaissance nous fournit aussi nombre d ’admirables clefs conservées aujourd’hui dans nos musées, notamment à Cluny et au Louvre. Lors, de la dernière exposition universelle, la section rétrospective de la serrurerie présentait un ensemble autour duquel le public ne cessait de se presser. A cette perfection artistique de la clef correspondait une riche ornementation de la serrure. Plus tard, quand cette dernière se rapetisse et se dissimule, la décoration porte uniquement sur l’entrée ou contreplaque.

Parmi les œuvres remarquables exécutées en ces derniers temps, il faut citer les serrures du palais de l’Élysée ; elles portaient des aigles ; elles ont été remplacés en 1898 par des serrures nouvelles dont l’ornementation est due au graveur Louis Bottée. Cet artiste a exécuté trois types de serrures. Deux présentent des profils de la République et la troisième un coq gaulois chantant sur un faisceau de licteur. Chacun des trois sujets principaux est encadré’ de très fines, branches de laurier, d’olivier et de chêne. M. Bottée s’est attaché à exprimer dans ces trois types de serrures la fusion des styles fin XVIIIe siècle et Empire que l’on rencontre à l’Élysée, afin d’harmoniser ce détail avec l’ensemble du palais. Les nouvelles serrures de l’Élysée sont au nombre de, cent cinquante.

Notre époque utilitaire ne s’amuse plus à orner les clefs et les serrures ; elle cherche surtout, en leur laissant de petites dimensions, à donner une grande sécurité pour la fermeture des portes, des meubles et des appartements. Le XIXe siècle est le règne des serrures de sûreté. On peut en distinguer deux espèces, les serrures à secret et les serrures à combinaisons.

Les premières doivent leur nom à ce que, lorsqu’elles sont fermées, on ne peut les ouvrir qu’en procédant d’une certaine manière. Leur sûreté consiste dans la disposition de leurs garnitures que l’on fait même quelquefois mobiles. Ces instruments paraissent avoir été connus de tout temps ; les premières serrures de ce genre sont en bois.

« Les serrures à combinaisons, dit Macigne dans son Dictionnaire des origines des inventions se composent d’une mécanique dont les pièces doivent être placées dans un certain ordre pour qu’on puisse les ouvrir , Les unes s’ouvrent avec une clef d’une forme particulière et qu’on ne peut pas imiter, si on a le soin de ne pas la laisser à tout le monde. Les autres, au contraire, s’ouvrent toutes seules aussitôt que les pièces sont amenées dans la position voulue. »

Celles du premier genre, connues déjà des Égyptiens de l’antiquité, sont encore répandues dans t.out le Levant. L’Anglais Baron appliqua pour la première fois, en Europe, en 1744, le principe dé sa construction. En 1784, Bramah l’adopta pour sa serrure à pompe, que Chubbs perfectionna ensuite
sous le nom de serrure à gorge et à délateur, et, plus tard, les Américains Day et Newell sous le nom de serrure à permutation. Malgré tous les perfectionnements, il ne paraît pas qu’on ait pu encore faire une serrure de ce type absolument incrochetable.

Les serrures à combinaison du second genre datent du XVIe siècle. Elles sont formées de plusieurs viroles portant des lettres, des chiffres ou d’autres signes et disposées de manière que pouvant prendre une multitude de positions relatives, une seule de ces positions permet l’ouverture de la serrure. Les instruments de cette espèce se trouvent le plus souvent sous forme de cadenas.

G. ANGERVILLE.

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