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Les verrous

La Science Illustrée N° 671, 6 Octobre 1900

vendredi 27 février 2009, par Lauryn

« Maudit soit le premier, dit Jean-Jacques Rousseau, qui s’avisa d’enclore une portion de terrain en s’écriant : cela est à moi ! »

De quelles malédictions le philosophe de Genève n’eût-il pas accablé - s’il y avait songé - l’inventeur du verrou, plus propriétaire encore que l’inventeur de la barrière.

Le verrou est, sans doute, le premier instrument que l’on ait employé pour fermer les habitations.

Il était certainement connu des Egyptiens, car si l’on n’en trouve pas trace dans l’habitation, nos musées possèdent des colliers dont les deux extrémités se ferment par un petit verrou.

La Grèce antique, à l’époque d’Homère, employait le verrou dont le poète fait. mention à différentes reprises, mais en termes si succints qu’il est impossible de savoir s’il s’agit d’un ustensile semblable à ceux que nous employons.

C’est des Romains que nous vient notre verrou avec ses différentes parties : la platine ou plaque fixée sur laquelle joue transversalement la targette qui pénètre dans la gâche ou vertevelle. Un bouton permet de faire jouer la targette.

Les verrous étaient ordinairement au nombre de deux pour une même porte ; il y en avait de très grands pour les portes à deux battants, de plus petits pour les portes ordinaires.

Le verrou est excellent pour s’enfermer dans sa maison ou dans une salle de celle-ci ; c’est une fermeture parfaite pour cet usage et très résistante ; mais pour préserver une maison de toute visite pendant une absence de son propriétaire, il n’a aucune valeur, du moins tel que nous venons de le décrire. Il faut y joindre une serrure.

La serrure, connue déjà en Égypte plusieurs milliers d’années avant notre ère, fut, par les Romains, combinée avec le verrou.

Leurs verrous à clefs possédaient une targette laissant pendre un moraillon qui, rabattu, pénétrait dans une boîte à mécanisme où sa boucle était prise par un pène intérieur.

Au moyen âge on emploie aussi les deux sortes de verrous : le verrou simple à targette sans mécanisme à clef et le verrou-serrure ou vertevelle.

La platine de ces verrous atteignait de grandes dimensions, parfois jusqu’à 0 m 50 de long. Elle était ordinairement en fer forgé et ajouré ; la targette était le plus souvent ornée ou munie d’inscriptions.

Les vertevelles, plus compliquées, fournissaient une fermeture, à coup sûr plus résistante que les nôtres, qu’une pince-monseigneur fait sauter si aisément.

La targette portail un moraillon orné d’une figurine de personnage ciselé en relief comme dans le beau modèle du XIVe siècle que nous reproduisons d’après Viollet-le-Duc. Une fois la targette poussée, la boucle ou auberon du moraillon se rabattait et pénétrait dans l’auberonnière. Celle-ci était pratiquée sur la face de la boîte ou palastre dans laquelle, au moyen d’une clef, jouait un pène qui traversait la boucle, immobilisant le verrou.

Ces lourds verrous, qui pesaient parfois 20 à 30 kilogrammes, ne se retrouvent plus, à partir du XVe siècle qu’aux portes de prison. Ceux des habitations privées deviennent plus légers, plus simples ; leurs platines sont petites, en forme de rectangle aux coins arrondis. Elles sont, suivant les variations des styles, ornées d’arabesques, d’armoiries, de chiffres et nos musées, notamment celui de Cluny, en possèdent de remarquables.

Aujourd’hui l’usage des verrous est des plus restreints.

Dans les prisons ils ont encore un emploi important et rappellent par leurs dimensions ceux du moyen âge.

A l’Exposition rétrospective de la Préfecture de police, dans le Pavillon de la Ville de Paris le public contemple toujours avec stupéfaction les lourdes portes provenant des anciennes prisons de Paris et leurs énormes verrous.

Le verrou se rencontre surtout, mais réduit à sa plus simple expression, dans les chambres d’hôtel et dans la chambre à coucher de quelques personnes craintives.

On utilise aussi beaucoup pour la fermeture des appartements à Paris, les verrous dits de sûreté fermant à la porte d’entrée une deuxième serrure posée par le locataire méfiant qui n’a qu’une confiance modérée dans la serrure à lui fournie par le propriétaire. La crainte du cambrioleur est le commencement de la sagesse.

L’Exposition de 1900 qui inaugura les musées rétrospectifs, si appréciées, renferme dans la section de serrurerie, d’intéressants spécimens des verrous de toutes les époques, dont quelques-uns fort curieux par leurs formes, leur ornementation ou leur mécanisme.

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