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Armures de joute et de parement

La Science Illustrée N° 640, 3 Mars 1900

Mis en ligne par Lauryn le samedi 21 février 2009


On nommait jadis armures de parement celles qui, destinées surtout à la parade, se couvraient de gravures, de ciselures, d’incrustations. Quant aux armures de joute, souvent aussi très luxueuses, elles comprenaient des pièces doublées et renforcées surajoutées à l’armure ordinaire. Il faut du reste remarquer qu’une armure pouvait être composée de plus de cent pièces qui, pouvant s’adapter les unes aux autres, formaient le harnais complet de guerre ou de joute, pour la lutte à pied ou à cheval, etc.

Le XVIe siècle est la belle époque pour les armures artistiques : le goût pour les armes luxueuses conduisit à la ruine un grand nombre de gentilshommes.

Les armures de parement furent ornées d’abord de gemmes et de métaux précieux, luxe criard auquel succéda bientôt un travail artistique sur l’acier même. On le repoussa, on le cisela légèrement, tout en conservant des bas-reliefs qui ne donnassent pas prise aux coups d’épée et de lance, car beaucoup d’armures artistiques se portaient aussi à la guerre.

"Dès le début du XVIe siècle, dit M. Maurice Maindron, on avait renoncé aux incrustations de métaux précieux dans la décoration courante, on gravait largement à la pointe et surtout à l’eau-forte. Puis l’on noircissait les fonds ou les creux des traits de façon à donner aux surfaces ainsi décorées l’aspect de nielles, c’est là un genre dans lequel excellaient les Allemands. Les Italiens doraient leurs gravures au feu, mais bientôt tous les procédés se combinèrent. On repoussait des pièces d’armures par places en soutenant le relief par des champs gravés, dorés, se détachant sur des fonds blancs polis,ou noircis, brunis, bleuis, ou même chargés d’or.

D’une façon générale, les harnais repoussés chargés de figures en relief sont de plus en plus lourds de détail et d’exécution à mesure qu’on s’avance vers le XVIIe siècle. A partir de cette époque, c’est une pleine décadence... puis, sous Louis XIII, tout s’éteint, et l’on ne trouve plus parmi les armes ornées que des singularités de mauvais goùt et des curiosités de cabinet."

Parmi les armures ou pièces d ’armure célèbres qui nous ont été conservées, l’armure aux lions dite de Louis XII, du musée d’artillerie, aux Invalides, est l’une des plus belles. Le plastron est divisé en deux par un large bandeau perpendiculaire décoré de vignettes en argent incrusté. Des bandes horizontales, largement espacées, ornées de palmettes damasquinées en or, contournent le buste et toutes les pièces de l’armure. L’ordre de Saint-Michel est figuré sur le buste par des écailles et un médaillon argenté. Le casque a la forme d’une tête de lion traitée de façon à ressembler à une tête humaine, le masque du grand félin se retrouve aux épaulières, aux cubitières et aux gantelets.

La célèbre armure de Charles-Quint que nous reproduisons est conservée à l’Armeria Real de Madrid ; son ornementation est fort remarquable ; mais son casque est étrange ; il représente le masque de ce roi ; les cheveux et la barbe sont dorés. L’effet produit n’est pas agréable.

Le musée du Louvre possède deux armures de Henri II. L’une est ornée d’un système de bandes alternativement larges et étroites. Les larges ont un fond bruni avec une damasquinure d’argent dominante ; dans les étroites, c’est le fond qui domine. Un beau collier est figuré par une damasquinure d’or, au haut du plastron. Les genouillères, admirables, supportent un semis de sujets, au centre duquel s’épanouit une fleur architecturale à quatre pétales ; les tassettes sont formées de sept lames dont chacune constitue un champ séparé. Vieillards à la figure étrange, enfants à cheval sur les tiges, oiseaux de rêve, dragons, chèvres, tout un monde de personnages y fourmille.

L’autre armure est en fer poli ; elle est décorée par des compositions en bas-relief empruntées à la Pharsale de Lucain. « La dossière, dit M. Lacombe, représente la bataille de Pharsale ; l’épaulière droite, Pompée abordant après sa défaite à Mytélène avec sa femme Cornélie... le brassard droit, les assassins de Pompée allant à sa recherche ; l’épaulière gauche, le meurtre de Pompée... Le plastron, séparé en deux par une arête et portant deux compositions, représente d’un côté la scène où César reçoit les meurtriers de Pompée qui apportent sa tête, et de l’autre, Cléopâtre à genoux devant César qu’elle séduit. Sur les gantelets, sont figurés les honneurs rendus à la mémoire de Pompée, etc. »

On ne s’étonnera plus, après cette description, du prix qu’atteignaient ces armures artistiques qui représentent un travail considérable.