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Sur la culture de la laitue gigantesque en Auvergne et sur ses produits

la Revue Scientifique de la France et de l’étranger — 27 janvier 1877

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 27 avril 2010

Parmi les choses curieuses que les membres de l’Association scientifique ont eu l’occasion de voir en Auvergne, aucune ne présente plus d’originalité locale que les cultures de produits pharmaceutiques agricoles de M. Aubergier. Il est une de ces cultures qui a pris un grand développement, c’est celle de la laitue gigantesque [1] ; elle s’étend aujourd’hui sur dix hectares environ de cette terre si éminemment fertile de la Limagne, Nous allons insister sur deux points très intéressants se rapportant à cette grande industrie de l’Auvergne ; le premier, c’est le choix de la plante cultivée ; le second, c’est le mode de préparation du lactucarium.

Une excellente pensée a dirigé M. Aubergier dans ses études de culture de produits pharmaceutiques agricoles, c’est de comparer à tous les points de vue les aptitudes des différentes variétés de plantes dont il voulait obtenir les produits. Par ces recherches, il a été conduit à adopter pour la préparation du lactucarium, la laitue gigantesque, qui donne un produit abondant et d’une qualité supérieure. D’après l’avis d’un juge compétent à tous les titres, M. le professeur Baillon, la laitue gigantesque est une race fixée, se reproduisant avec les mêmes caractères depuis un grand nombre d’années.

Voici la préparation très simple du lactucarium et qui rappelle à beaucoup d’égards celle de l’opium :

On pratique des incisions transversales aux tiges de la laitue gigantesque à l’époque de la floraison. On recueille dans un verre le suc laiteux qui s’en écoule, Lorsque le verre est plein, on en retire le suc qui est alors coagulé, On divise cette masse en rondelles peu épaisses que l’on dessèche en les disposant sur des claies.

Au moment de la visite de quelques-uns des membres de l’Association scientifique désireux de se rendre compte des procédés employés pour l’extraction du suc, le rendement n’était pas en rapport avec celui obtenu pendant la saison favorable. La récolte de la journée entière remplissait la moitié des verres de chaque ouvrière. Mais cela a suffi pour donner une idée de ce que peut être la récolte au moment favorable et alors que les laitues ne sont pas devenues aussi sèches qu’au moment où les membres de l’Association scientifique les ont examinées. Le rendement s’élève jusqu’à 1kg par jour pour les ouvrières les plus habiles, mais la moyenne est d’environ 600 grammes ; au commencement de ces cultures, c’est à peine si on obtenait de 50 à 60 grammes par ouvrière, et on considérait déjà ce produit comme satisfaisant, alors que Bidault de Villiers et autres, qui avaient étudié l’action du lactucarium et avaient mis en lumière ses propriétés, déclaraient n’avoir pu en obtenir que 4 à 5 grammes. Ce premier résultat a été promptement dépassé, grâce au moyen employé par M. Aubergier pour encourager les ouvrières. Le produit de la récolte obtenu par chacune d’elles est fait chaque soir, et toute quantité qui dépasse 300 grammes donne lieu à une indemnité proportionnelle. M. Aubergier établit ainsi entre lui et ses ouvrières une sorte de société en participation qui excite vivement leur émulation, et il faut voir avec quel orgueil ces braves filles arrivent le soir avec plusieurs verres remplis par la récolte de la journée. M. Aubergier a montré aux membres de l’Association qui ont visité ses cultures les registres tenus depuis longues années et sur lesquels sont portés les chiffres des produits obtenus par chaque ouvrière pendant chaque semaine, avec le nom de l’ouvrière en regard. Ces ouvrières arrivent ainsi à doubler le prix de leur journée, et elles ont à leur travail un intérêt qui s’explique par les détails que nous venons de donner.

M. Aubergier s’assure lui-même contre les intempéries des saisons, en ayant le soin de s’arranger de manière à avoir toujours d’avance le produit de plusieurs récoltes. Mais il est obligé chaque année d’augmenter les approvisionnements de prévoyance, pour répondre à la demande toujours croissante d’une préparation qui n’a jamais été l’objet d’aucune annonce, et dont la vente a cependant pris un si grand développement.

C’est à peine si Coxe, Bidault de Villiers et d’autres médecins qui avaient expérimenté le lactucarium en avaient préparé quelques dizaines de grammes ; c’est par centaines de kilogrammes que M. Aubergier l’obtient. On a cherché à en fabriquer en Allemagne ; mais de cette provenance, on n’a livré au commerce qu’un produit impur de la plus médiocre qualité.


[1Lactuca altissima

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