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Un précurseur de Parmentier

La Nature N°682 — 26 juin 1886

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 5 juin 2015

M. Jean Voutel a récemment fait connaître, dans le Nouvelliste de Rouen, l’histoire d’un précurseur de Parmentier, nommé Mustel. Il est né à Rouen, vers 1725, et il y est mort en 1805. Il embrassa de bonne heure la carrière des armes. Il assista à un nombre respectable de batailles, qui lui valurent le grade de capitaine de dragons et la décoration de l’ordre de Saint-Louis. En 1763, Mustel quitta le service, après le rétablissement de la paix, pour se livrer tout entier à l’étude de la science agronomique. La culture de la pomme de terre le séduisit tout particulièrement. Dans le cours de ses campagnes, il en avait reconnu les avantages en Allemagne, en Flandre, en Alsace, et avait résolu de la vulgariser en France où elle n’était pratiquée que par un très petit nombre de personnes. La pomme de terre était alors considérée comme une plante rare et dont la culture n’offrait aucun avantage pratique.
Mustel étudia les différents procédés employés dans les autres pays d’Europe pour cultiver les pommes de terre, et se livra à des expériences dont il consigna les résultats dans un Mémoire sur les pommes de terre et le pain économique, qui parut en 1767. (C’est en 1773 seulement que Parmentier publia le sien.) Le pain économique, dont il parle se compose de farine de pomme de terre mélangée avec une certaine quantité de farine de seigle. Ce mémoire eut un grand succès : il fut traduit en Allemagne, en Angleterre et en Italie par ordre du gouvernement ; un extrait en fut même publié dans la Gazette de France. Les dernières préventions n’étaient cependant pas encore vaincues, et Mustel voulut, pour en triompher, joindre à l’instruction la pratique et l’exemple, en rendant les expériences publiques et en mettant les produits obtenus à la disposition des cultivateurs. Mustel loua un terrain aux environs de Rouen et y planta six boisseaux de pommes de terre, que M. de la Michodière, alors intendant à Rouen, avait fait venir tout exprès d’Angleterre, La récolte s’éleva à 180 boisseaux qui furent distribués à tous les cultivateurs qui en firent la demande. Voilà l’histoire véridique de l’introduction des pommes de terre en France, telle que Mustel l’a racontée lui-même dans un numéro du Journal de Normandie de 1788.