| Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+

Accueil > Articles scientifiques > La science dans l’art > Émaillerie > Les émaux champlevés

Les émaux champlevés

La Science Illustrée N° 655, 16 Juin 1900

dimanche 22 février 2009, par Lauryn

L’émaillerie champlevée ou en taille d’épargne est d’une technique plus simple que l’émaillerie cloisonnée. Connue dans l’antiquité, on la voit apparaître en Occident vers le XIe siècle et dominer dès le siècle suivant. Limoges est, pendant tout le moyen âge, le grand centre des émaux champlevés sur cuivre. Il faut dire, d’ailleurs, que les champlevés sur or sont très rares.

Voici la description du procédé. Sur une plaque de cuivre d’environ un demi-centimètre d’épaisseur on esquisse un dessin au trait ; puis à l’aide d’un burin ou d’une échoppe on creuse toutes les parties qu’on veut reproduire en émail, en épargnant toutes les parties du champ qui ne doivent pas être émaillées.

On dispose la poudre d’émail de la couleur voulue dans les cavités ainsi creusées. On porte dans un four construit de manière que l’artiste puisse suivre les progrès de la cuisson. La difficulté de l’opération consiste, comme toujours, à calculer les dilatations ou condensations respectives que le métal et l’émail subiront par l’action du feu.

Après un refroidissement lent, très surveillé, les affaissements produits par la fusion de l’émail sont comblés à I’aide d’une autre couche de poudre et on porte de nouveau au four. Quand ce résultat est obtenu on pratique, comme pour les émaux cloisonnés, un polissage à l’émeri.

« Ce genre de travail, dit M. E. Molinier, dans son intéressant ouvrage sur l’Emaillerie, très simple dans les pièces d’émaillerie qui remontent à l’antiquité classique, s’est singulièrement compliqué au moyen âge, surtout quand on a cherché, en ménageant, en épargnant dans la plaque excipiente de minces cloisons de métal destinées à accentuer les plis, les mouvements ou à dessiner les traits du visage, à imiter les véritables émaux cloisonnés. Cette complication a été telle que, perdant peu à peu de vue le but qu’ils s’étaient proposé tout d’abord, les émailleurs en sont venus à épargner totalement toutes les figures, dans lesquelles un travail de ciselure ou de gravure au trait a fait tous les frais du dessin, tandis que les fonds, creusés rapidement, recevaient seuls l’incrustation d’émail. Il va sans dire que cette simplification du travail marque le commencement de la décadence de l’émaillerie. »

Les champlevés du moyen âge succédèrent aux cloisonnés byzantins, mais là, comme partout, la transition fut lente et l’on rencontre fréquemment la juxtaposition des deux procédés sur une même pièce. La taille d’épargne a eu surtout pour but de produire à meilleur marché des œuvres qui, pour des gens peu compétents, pouvaient produire le même effet que les pièces exécutées par le cloisonnage.

« Remarquons aussi, dit M. Molinier, qu’on peut faire rentrer dans la classe des émaux en taille d’épargne ceux qui sont appliqués sur les fonds de certaines sculptures en bas-relief, bien que ces reliefs soient obtenus par le système de la fonte ou du repoussage. Il faut toutefois faire observer que dans ce cas, qui ne se présente guère que dans certaines œuvres de la Renaissance italienne, les émaux ne peuvent subir l’opération du polissage, qui aurait pour résultat de faire disparaître une grande partie des reliefs.

L’émaillerie champlevée prit naissance à peu près vers la même époque à la fin du XIe siècle, à Limoges et à Cologne. L’émaillerie limousine eut une vogue immense et les commandes affluèrent de toute l’Europe dès le XIIIe siècle.

Le travail de Limoges se distingue du travail allemand par la simplicité du dessin et de la composition, par la rareté des inscriptions et par des tons clairs de bleu turquoise.

Le musée de Cluny possède 73 champlevés de Limoges, celui du Louvre en contient plus de 80 dont le plus beau est la pièce connue sous le nom de ciboire d’Alpais, à cause d’une inscription intérieure : Magister G. Alpais me fecit Lemovicarum (Maître G. Alpais de Limoges m’a fait).

Ce vase, qui date du commencement du XIIIe siècle, a été trouvé dans un tombeau de l’abbaye de Montmajour. Il se compose de deux hémisphères de cuivre doré, martelé, champlevé, émaillé. Ils sont ornés de pierres fausses : turquoises, grenats et émeraudes.

Le pied porte d’élégants rinceaux au milieu desquels courent des personnages. Le fleuron qui sert de poignée au couvercle présente des têtes rapportées d’un joli travail. Ces têtes, d’abord fondues, recevaient leur fini de la ciselure. Dans chaque atelier d’orfèvrerie il y avait un certain nombre de modèles ; têtes de femmes, têtes d’hommes avec ou sans barbe, couronnées ou non, etc., qu’on retrouve fort souvent. Celles du ciboire d’Alpais ne font pas exception.

Tous les personnages de ce vase ont la tête en relief, le corps gravé sans émail, le fond en émail bleu.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.