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L’art du relieur

La Science Illustrée N° 583, 28 Janvier 1899

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Chez les anciens, la bande de papyrus ou de parchemin qui, à elle seule, formait un livre (volumen), était munie, à une de ses extrémités, d’un petit bâton de bois léger autour duquel elle s’enroulait, comme nos cartes géographiques actuelles, et dont on garnissait les deux bouts de croissants, de disques d’ivoire ou d’os, afin de garantir les tranches quand le volume était placé debout dans l’armoire ou dans le coffre cylindrique qui tenait alors lieu de bibliothèque. Le titre était écrit à l’encre rouge sur une petite plaque, ou index, fixée au bâton cylindrique.

Plus tard, les anciens imaginèrent les livres carrés, plus commodes à lire que les rouleaux. Les feuillets étaient posés les uns sur les autres, puis cousus ou collés entre deux planches de bois, d’ivoire, de métal ou de cuir. Cette reliure primitive, destinée d’abord à conserver le livre, se couvrit bientôt d’ornements de toutes sortes, et servit de prétexte à un luxe incroyable.

Dès le Ve siècle de notre ère, à Byzance, l’or et les pierres précieuses ornent les reliures qui deviennent de véritables œuvres d’orfèvrerie. Les plats sont en métal précieux, ciselé, filigrané, ou en ivoire sculpté ; ils sont ornés de gemmes, de pierres en cabochon, de camées et réunis par un fermoir qui est souvent un magnifique objet d’art.

Au moyen âge, la décoration et la richesse des reliures ne fit que s’accroître, ce qui s’explique évidemment par le haut prix des manuscrits à miniatures ; il fallait, de toute nécessité, mettre en harmonie l’enveloppe et le contenu. La reliure des livres ordinaires consistait simplement en des plats de bois ou de peau et même, un peu plus tard, pour les livres de faibles dimensions, en feuilles de carton recouvertes de peau ou de velours.

En 1299, il n’existait à Paris que dix-sept lieurs de livres, lesquels, ainsi que les écrivains et les libraires, étaient sous la dépendance directe de l’université. Le petit nombre de ces artisans s’explique par ce fait que les étudiants reliaient eux-mêmes leurs livres et leurs cahiers.

D’un autre côté, les monastères, principaux centres de la production des livres, comptaient toujours un ou deux relieurs parmi leurs membres.

Les croisades mirent à la mode les cuirs teints et gaufrés tels que les préparaient les Arabes. Bientôt après, les histoires, les romans, les poèmes apparurent nombreux dans les bibliothèques, en concurrence avec les livres sacrés, et on sentit le besoin de leur donner un aspect moins austère qu’aux livres destinés aux travaux des écoliers ou aux dévotions des moines ; on les recouvrit de laines, de soie, de velours qui furent protégés de l’usure par des clous ornés fortement saillants.

L’invention de l’imprimerie, qui multiplia les livres, diminua leur poids, leur format, et leur valeur amena une grande simplification dans la reliure. Elle supprima peu à peu les clous, les fermoirs, les étoffes, le bois ; elle divorça, d’une façon définitive, avec l’orfèvrerie, et elle n’employa plus que le carton, la peau, le cuir et le parchemin. L’ornementation consiste alors en arabesques dorées ou argentées au petit fer, en estampages, en agencement de mosaïques en cuir de couleur ; les bibliophiles font imprimer sur le cuir leur chiffre ou leurs armoiries, Les motifs de décoration varient avec le goût de chaque époque. Nous parlerons spécialement du style dans un prochain article.

La multiplication croissante des livres à bon marché, la grande division du travail qui caractérisent notre siècle, la nécessité de produire à bon marché, ont amené l’invention de la demi-reliure dans laquelle le dos seul du livre est recouvert de cuir, son usage est maintenant général. Puis sont venues les reliures légères qui ne sont que des emboitages recouverts d’une toile de couleur, souvent gaufrée, les cartonnages variés recouverts de papier orné, le brochage, forme sous laquelle le livre se présente à nous le plus souvent aujourd’hui.

Cependant, depuis vingt ans environ, une réaction se produit, grâce aux efforts de quelques amateurs éclairés, contre la banalité des reliures modernes.

Des artistes, comme Petrus Ruban , Charles Meunier, Marius Michel, Camille Martin, René Wiener, etc., décorent l’enveloppe du livre de façon merveilleuse, et on admire leurs productions dans les expositions d’art décoratif, si multipliées à l’heure actuelle.

La technique de la reliure est assez compliquée. Elle comprend le pliage des feuilles, le battage des cahiers au marteau, le grecquage, qui consiste en entailles où disparaîtront les ficelles transversales ou nerfs qui passeront dans les fils de couture.

Après un séjour sous la presse, les cahiers sont cousus, les tranches rognées, les plats de carton posés et noués, l’endossure qui forme la convexité du dos est mise en place. On colle le cuir sur le dos et les plats ; on forme les nervures en comprimant le cuir au-dessus et au-dessous de la saillie des nerfs ; enfin, on colle les gardes et on procède aux dorures.

On a essayé de nos jours d’introduire les procédés mécaniques dans la reliure. Les machines destinées à exécuter l’endossage, qui sont les plus répandues, n’ont eu qu’un succès relatif, car elles sont trop compliquées et trop dispendieuses et ne rendent vraiment de services que dans les établissements où l’on relie à la fois des centaines de volumes de même format.

Pour les termes technique, voir : Le glossaire du bibliophile

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