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Les gemmes alumineuses

La Science Illustrée N° 569, 22 Octobre 1898

samedi 28 février 2009, par Lauryn

On désigne sous ce nom tout un groupe de silicates alumineux plus ou moins complexes, souvent cristallisés, toujours transparents ou translucides, à cassure vitreuse et de grande dureté. Leur éclat et leurs vives couleurs les ont fait employer pour la joaillerie et l’ornement dès la plus haute antiquité. Trois types principaux sollicitent notre attention : l’émeraude, la topaze et le grenat.

L’émeraude est un silicate d’aluminium et de glucinium (ancien nom du béryllium) infusible au chalumeau, inattaquable aux acides. Elle raie le quartz et se présente en prismes hexagonaux purs ou modifiés. Incolore et limpide quand elle ne contient pas de substances étrangères, il suffit d’un centième de son poids d’oxyde de chrome pour lui donner cette belle couleur verte qui la fait rechercher pour la joaillerie ; un centième d’oxyde de fer la colore en un vert un peu différent, plus ou moins bleuâtre (aigue-marine) ou jaunâtre (béryl). Il existe aussi une variété commune, opaque, dont les cristaux ont parfois plus d’un décimètre de diamètre ; telles sont les émeraudes grises de Chanteloube, dans la Haute-Vienne ; elles n’ont aucune valeur.

Fremy et Verneuil, en 1887, ont produit artificiellement l’émeraude en mélangeant intimement de la silice, de l’alumine, de la glucine, du molybdate acide de lithine, des traces d’oxyde de chrome et en chauffant le tout dans un creuset de platine maintenu à 800° pendant quinze jours.

On donne encore le nom d’émeraudes à des pierres de composition différente, mais ayant une coloration verte. C’est ainsi qu’il existe un corindon vert connu sous le nom d’émeraude orientale, un quartz vert, ou fausse émeraude, et une tournaline verte, ou émeraude de Ceylan.

De toutes ces gemmes, la plus précieuse est l’émeraude d’un vert intense et velouté, dite de première couleur. Quand elle est sans glaces, ni givres, elle atteint, lorsqu’elle est un peu volumineuse, des prix excessifs. Les plus belles proviennent de Muso, en Colombie ; elles se trouvent en cristaux isolés ou tapissant des géodes, dans un calcaire spathique de couleur foncée. Les anciens, qui connaissaient cette pierre et l’appréciaient, la tiraient de Chypre, de la Scythie et de la haute Égypte, où on la trouve encore dans des micaschistes. Les Grecs et les Étrusques en faisaient grand usage et le musée du Louvre et la Bibliothèque nationale possèdent des colliers antiques, dans lesquels entrent de belles émeraudes.

Au moyen âge, l’émeraude, comme tous les autres minéraux rares, passait pour posséder des vertus mystérieuses ; on croyait qu’elle guérissait les maladies de cœur. Avec le rubis, on la trouve souvent en cabochons dans l’orfèvrerie de cette époque.

L’aigue-marine, qui doit son nom à ses reflets bleuâtres rappelant un peu ceux de l’eau de mer, a beaucoup moins de valeur. Les anciens la consacraient à la représentation des divinités marines, et c’est aussi en raison de ce symbolisme qu’elle figure dans la couronne d’Angleterre. Cette pierre précieuse possède la propriété de garder, le soir, aux lumières, le même éclat et la même nuance qu’en plein jour.

Les topazes sont formées de silicate d’alumine uni à du fluorure d’aluminium. Elles s’électrisent aisément par le frottement, elles rayent le quartz, sont incolores et transparentes, ou bien colorées en jaune d’or par des traces d’oxyde de fer, d’où le nom de chrysolithes ou « pierres d’or » que leur donnaient les anciens ; parfois elles ont une teinte jaune-paille ou légèrement verdâtre.

La topaze orientale est du corindon coloré en jaune. De même la fausse topaze est du quartz jaune. On distingue aisément la vraie topaze de toutes les pierres jaunes avec lesquelles on cherche à l’imiter, par sa grande densité (3,5) et son plan de clivage unique. parallèle à la base du prisme droit rhomboïdal, qui est sa forme cristalline ordinaire.

La plus belle variété de topaze est celle du Brésil, qui est d’un jaune d’or superbe. Quand on la chauffe au rouge pendant quelque temps, elle devient rose et constitue la topaze brûlée. La topaze de Saxe est jaune-paille ; celle de Sibérie, un peu verdâtre ou jaunâtre, en cristaux volumineux d’une belle transparence, ressemblant un peu au béryl.

La topaze était, dans l’antiquité, l’emblème de la pureté. Au moyen âge elle passait pour combattre la mélancolie et l’épilepsie. Elle figurait sur le rational du grand prêtre des juifs ; c’était la deuxième pierre du premier rang. Malgré la grande dureté de cette gemme, on l’a souvent gravée. Un lapidaire milanais, Jacopo de Trezzo (1510-1595), s’est rendu célèbre dans cet art, et le cabinet de la Bibliothèque nationale renferme une topaze sur laquelle ont été gravés par lui,en 1566, les portraits de Philippe II et de Don Carlos.

Les grenats sont essentiellement composés de silice et d’alumine unies en plus ou moins grande quantité au fer, à la chaux, au manganèse et à la magnésie. Ils sont très lourds (densité de 3,90 à 4,20), à peine plus durs que le quartz, et sont fusibles au chalumeau. Les minéralogistes en distinguent trois types : 1° le grenat almandin, rouge foncé, qui contient beaucoup de fer ; 2° le grenat grossulaire, jaunâtre, où la chaux domine et 3° le grenat mélanite, très foncé ou noir, dans lequel le fer et la chaux sont à peu près égaux en poids.

Les plus répandus sont les almandins, qui sont rouge violacé ou coquelicot, ceux de Syrie et de Bohème sont particulièrement renommés.

L’escarboucle des anciens, qui passait pour étinceler de lumière même dans l’obscurité la plus profonde, était un grenat d’un rouge-feu très vif. Cette pierre joignait à cette propriété merveilleuse l’avantage de préserver des ophtalmies et de la peste.

Nous reproduisons la célèbre couronne de Charlemagne, conservée au Musée impérial de Vienne et qui est un bel exemple de l’orfèvrerie au IXe siècle. Cette pièce authentique, mais qui a subi quelques restaurations, s’il faut en croire les archéologues, est constellée de saphirs, d’agates, d’émeraudes, de topazes et de grenats.

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