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Tourmalines et turquoises

La Science Illustrée N° 563, 10 Septembre 1898

samedi 28 février 2009, par Lauryn

Nous avons, dans un récent article, étudié l’émeraude, la topaze et le grenat. Ce sont les gemmes alumineuses principales, autour desquelles on peut en grouper quelques autres moins importantes. telles que l’idocrase, l’epidote, la prehnite, l’axinite, la cordiérite ou saphir d’eau, et surtout la tourmaline et le lapis-lazuli. Nous ne parlerons que des deux dernières.

Les tournalines sont des pierres précieuses connues et employées dès la plus baute antiquité. Leur composition est à la fois très complexe et très variable. Ce sont des silicates à bases multiples (alumine, potasse, chaux, magnésie, etc.), contenant de 35 à 44 p. 100 de silice et 3 à 9 d’acide borique.

Les anciens minéralogistes plaçaient les tournalines dans le fameux groupe des schorls, qui renfermait les pierres les plus disparates et dans lequel le grand Hauy pratiqua des coupes sombres, malgré les cris aigus des savants de l’époque, furieux de voir déranger leurs habitudes. Lagrange disait en plaisantant que le schorl était le nectaire des minéralogistes parce que les botanistes avaient aussi l’usage d’appeler nectaire les parties de la fleur dont ils ignoraient la nature.

La tourmaline ou « schorl électrique » possède la curieuse propriété de s’électriser par le frottement, et la position des pôles électriques concorde toujours avec celle des sommets du prisme qui est sa forme cristalline ordinaire.

Les variétés transparentes polarisent la lumière. Lorsqu’on reçoit un rayon de lumière à travers deux plaques de tourmaline taillées parallèlement à l’axe et croisées à angle droit, la partie du croisement est obscure. Quand on interpose entre deux plaques ainsi taillées et croisées une lame de spath d’Islande, la lumière est rétablie et le croisement obscur redevient transparent. De là une application intéressante de cette substance dans les expériences relatives à la double réfraction.

Les tourmalines sont ordinairement noires et opaques et ne servent alors qu’aux expériences de cours sur l’électricité. L’ile d’Elbe en fournit une belle variété incolore et transparente. Les tourmalines rouges, ou rubellites, translucides ou opaques, proviennent de Sibérie ; les bleues, ou indicolites, de Suède et du Brésil, enfin, les vertes, ou émeraudes de Ceylan, se trouvent non seulement dans cette île mais au Brésil et dans les dolomies du Saint-Gothard.

Le lapis-lazuli, ou lazulite, est beaucoup plus employé que la tourmaline dans les arts décoratifs. Cette pierre, d’un beau bleu très franc, plus ou moins foncé, est rarement cristallisée. Très dure, puisqu’elle raye le verre, elle se résout en gelée dans les acides et fond au chalumeau en perdant sa couleur. Sa composition est encore indécise ; on sait seulement qu’elle contient un tiers de son poids de silice, autant d’alumine, un quart de soude, un peu de soufre et de chaux.

Le plus beau lapis vient des environs du lac Baïkal, en Sibérie, où il se présente en veinules dans un filon rempli de spath calcaire et de pyrite. Celui de Chine est plus clair et moins estimé.

Le lapis est employé dans la joaillerie et l’ornementation ; on l’a fréquemment gravé ; on en a fait des coupes, des salières, etc. Les variétés communes, mélangées de spath calcaire, sont broyées et lavées pour la fabrication du bleu d’outremer naturel, couleur qui atteint toujours un haut prix.

Les turquoises sont aussi des pierres bleues, mais de composition toute différente. Ce sont des phosphates d’alumine hydratés, contenant de petites quantités d’oxyde de fer, de manganèse et de cuivre auxquelles on attribue leur coloration.

La dureté de ces pierres est à peine supérieure à celle de l’apatite, aussi sont-elles souvent falsifiées dans le commerce, soit à l’aide d’autres pierres de moindre valeur, soit par des émaux.

Il existe deux espèces de turquoises. La turquoise pierreuse, ou turquoise orientale, que l’on trouve en petits rognons compacts disséminés dans l’argile, est tantôt d’un bleu clair et pur (turquoise de vieille roche), et alors très estimée, tantôt d’un bleu verdâtre (turquoise de nouvelle roche).

La turquoise occidentale,ou turquoise osseuse, ou odontolithe est formée des dents et des os des mammifères fossiles accidentellement colorés en bleu. Ces « ivoires modifiés », comme on les a appelés, d’un très beau bleu quand on les achète, ne tardent pas à pâlir et à devenir presque entièrement verts : les turquoises « meurent », disent les bijoutiers. A cet état, elles ne font plus d’effet et perdent toute valeur marchande. On leur restitue leur couleur primitive en les plongeant dans une solution de carbonate de soude ; Les turquoises d’Orient ne sont pas sujettes à cet accident, elles ne « meurent » jamais.

Au moyen âge, les turquoises passaient pour protéger contre les chutes de cheval. Actuellement encore les Orientaux en font des talismans et y gravent des versets du Coran.

Notre gravure reproduit un beau spécimen de l’emploi des pierres précieuses dans l’orfèvrerie. C’est une couronne qui fait partie du fameux trésor découvert, en 1858, à la Fuente de Guarrazar, près de Tolède. Cette couronne votive en or, ornée de pierreries et accompagnée d’une croix gemmée ; date du VIIe siècle et a appartenu à un roi wisigoth. Les pierres qu’elle contient sont polies, sans facettes, et montées en cabochons.

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