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L’arbousier

Victor Delosière, La Science Illustrée N°490 - 17 Avril 1897

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 23 décembre 2009

L’arbousier (Arbutus Unedo) est un bel arbuste qui croît spontanément sur les collines arides de toute la région méditerranéenne ; il appartient à l’élégante famine des, Ericinées qui comprend de charmantes plantes d’ornement, telles que les bruyères et les rhododendrons.

Il dépasse rarement 3 mètres ; l’écorce rugueuse de son tronc est rougeâtre, celle des rameaux est d’un beau rouge, ainsi que le pétiole des feuilles. Celles-ci sont oblongues, lancéolées, légèrement dentelées, glabres, d’un, vert foncé et brillant-en dessus, pâle en dessous ; elles sont alternes, coriaces et persistantes.

L’arbousier fleurit d’octobre en février ; ses fleurs sont petites, blanches ou légèrement rosées disposées en grappes pendantes ; leur corolle a la forme d’un grelot dont le bord présente cinq dents ; et elles sont pourvues de dix étamines, à anthères introrses, munies d’appendices en forme de cornes. L’ovaire, à cinq loges, se termine par un style unique et met une année entière pour se transformer en une baie globuleuse rouge de un à deux centimètres de diamètre, couverte de tubercules pyramidaux qui la font ressembler à une grosse fraise ; de là le nom vulgaire de Fraisier en arbre ou d’Arbre aux Fraises donné à l’arbousier dans le midi de la France.

Les arbouses sont loin d’avoir la saveur délicieuse et le pénétrant parfum des fraises ; elles ont cependant, quand elles sont bien mûres, une chair-pulpeuse, douée et sucrée, avec un léger goût aigrelet qui n’a rien de désagréable. On en trouve depuis quelque temps à Paris, chez les marchands de fruits exotiques.

Ces baies donnent, par fermentation, une liqueur alcoolique ou vin d’arbouse dont on retire, par distillation, une eau-de-vie employée, en Provence, comme stomachique et digestive. Cette liqueur est importée surtout d’Algérie, d’Espagne et d’Italie.

Les feuilles et l’écorce de l’arbuste, renfermant beaucoup de tannin, sont employées comme toniques et’ astringentes ; on s’en sert même, en Grèce, pour le tannage des peaux.

En France, trois espèces d’arbousier sont indigènes : l’Arbutus Unedo, que nous venons de décrire sommairement et qui croît dans le Midi ; l’Arbousier des Alpes, minuscule arbuste d’un mètre au plus, qui croît dans le Jura, en Savoie, en Dauphiné et dans les hautes régions des Pyrénées ; il fleurit d’avril en juin et ses fruits ’sont d’un bleu noirâtre enfin l’Arbousier Raisin d’Ours (A. Uva Ursi), de Linné, dont certains auteurs ont fait le type du genre Artostaphylos. Ce joli petit arbuste se rencontre dans la Côte-d’Or, le Jura, le plateau Central, les Alpes et les Pyrénées. Ses feuilles, non découpées, traînent sur le sol, d’où le nom d’Arbousier traînant qu’on lui donne quelquefois ; elles sont très employées comme toniques et diurétiques ; mais, comme leur prix est assez élevé, on y mélange souvent, dans le commerce ; des feuilles de buis auxquelles elles ressemblent beaucoup et des feuilles de l’Airelle ponctuée, plante beaucoup plus commune. Les fleurs de l’arbousier raisin d’ours sont rosées ou blanches ; ses fruits rouges, comestibles, ont une saveur agréable ; ils sont connus sous le nom de Busseroles.

Un grand nombre de variétés d’arbousiers sont cultivées comme plantes d’ornement. On en possède des variétés à feuilles étroites, sinuées, crispées ou panachées, d’autres à fleurs d’un beau rouge ou très doubles. L’Arbutus Andrachne, de l’Orient ou Arbre de Corail, est très recherché à cause de ses fruits globuleux, lisses, très abondants, de couleur rouge vif.

Toutes ces plantes demandent une terre légère et l’exposition du nord-ouest ; elles se multiplient par graines ou mieux par le greffage et le marcottage. Elles sont beaucoup plus rustiques qu’on ne le suppose généralement, mais il faut cependant avoir, soin de les, couvrir pour les préserver des fortes gelées.

L’Arbousier à fleurs denses, du Mexique, est un grand arbuste de serre tempérée, qui exige là même culture que les rhododendrons de serre. Il donne, au cœur de l’hiver, des panicules denses de fleurs blanches d’un effet très décoratif.

La composition chimique des arbouses a été étudiée par Filhol. Il a trouvé, dans ces fruits, une quantité, notable de glucose, de la parapectine, une substance très analogue à la cire, de l’acide métapectique , des traces d’amidon et une matière colorante.

VICTOR DELOSIÈRE