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Plantes pittoresques de la Californie

V. Delosière, la Science Illustrée N°663 — aout 1900

mardi 19 mai 2009, par gloubik


De tous les États de la grande république américaine, la Californie est celui qui présente la flore la plus variée et la plus curieuse. Aux espèces indigènes sont en effet venues se joindre les plantes introduites par l’homme, volontairement ou accidentellement. La lutte pour la vie s’est exercée entre les plantes comme elle s’exerce entre les animaux, beaucoup d’espèces exotiques ont cru et multiplié, étouffant et détruisant devant elles les espèces indigènes.

Au premier rang de ces dernières sont des Conifères gigantesques qui ne redoutent que la cognée du bucheron, les Séquoias. Il en existe deux, le redwood ou bois rouge de Californie (Sequoia sempervirens), vivant dans la zone maritime, et le Séquoia géant ou big tree, qui affectionne les sierras où on le rencontre au-delà de 1500 mètres d’altitude.

Le premier, plus gracieux, atteint aisément 60 mètres, parfois 100, avec un ensemble de branches qui, au sommet, forment une circonférence de 300 mètres. A son pied, un épais fourré de branches, issues des racines, forme un asile impénétrable.

En certaines vallées, le redwood a une croissance unique parmi les Conifères : le groupe habituel se compose d’anneaux de grands arbres ayant pour centre un trou profond de 1 m. 60 et large de 10 à 15 mètres qui représente, sans doute, l’emplacement occupé jadis par le vénérable ancêtre du cercle d’arbres l’environnant.

Le Séquoia géant a un tout autre port ; il forme, dans sa jeunesse, une pyramide très élargie à la base, parfaitement régulière. Les branches sont étalées, souvent relevées à leur extrémité ; elles portent un feuillage clair et gai.

Dans la chaîne côtière, à côté du chêne, se tient le madrono, sorte d’arbousier, aussi beau que le magnolia à grandes fleurs avec lequel il a une certaine ressemblance. Ses feuilles brillantes présentent, dans le même buisson, les teintes les plus variées : jaune, vert-tendre, rouge-brun, pourpre teinté de rose. Ses tiges élancées couvertes, dans leur jeunesse, d’une écorce lisse et brillante, deviennent plus tard raboteuses avec des écailles aux reflets dorés ou écarlates. Atteignant parfois 30 mètres de hauteur, les madronos changent d’aspect selon la saison.

Un autre arbuste, de la famille des éricacées, le manzanita (Uva ursi) tout aussi remarquable par la richesse des nuances de son écorce, possède des fleurs en grappes, blanches ou roses, au parfum suave.

A côté vivent l’escholtzia, fleur symbolique de l’État, l’érable, le noyer d’Amérique, le cyprès, le pin, vingt-cinq espèces de chênes.

Sur les plateaux incultes et les montagnes stériles vivent de beaux arbrisseaux aux coroles superbes comme le Fouquieia, et le Fremontra, l’acacia, l’agave, les cactus.

Beaucoup d’espèces étrangères ont envahi la Californie depuis un demi-siècle : le Ceanothus thyrsiflorus, très abondant jusqu’en 1856 aux environs immédiats de San-Francisco, a disparu presque totalement devant l’invasion d’une plante du bassin méditerranéen, le chardon-marie (Sylbrun-Marianum), si commune en certains points qu’elle y gêne maintenant la circulation des cavaliers.

Dans les ruisseaux et les mares, c’est une plante originaire de l’Afrique australe, le Cotula coronopiifolia , autre composée, qui couvre le fond de ses touffes luxuriantes. Arrivée en Californie, vers 1854, elle a transformé la végétation aquatique de plusieurs localités en une masse de verdure couverte de boutons jaunes. La gracieuse Azolla carolimaca qui flottait autrefois à la surface de ces eaux, y formant un élégant tapis, a complètement disparu.

On sait combien ont prospéré dans presque toutes les parties de la Californie la plupart de nos arbres fruitiers d’Europe, orangers, pruniers, citronniers, pommiers, poiriers, etc., qui y forment maintenant des vergers immenses.

Une région dont il nous reste à parler maintenant est le désert de Mohave, qui forme, à l’extrémité sud-est de la Californie un triangle de 125000 kilomètres carrés. Elle renferme la plus grande curiosité naturelle de la Californie, la célèbre vallée de la Mort, comprise entre les monts Panamint, à l’ouest, et les monts Funeral à l’est. Elle a 75 milles de longueur et plus de 8 milles de largeur dans sa partie la plus étroite. C’était autrefois très probablement le lit d’un fleuve gigantesque. Son point le plus bas est à 70 mètres au-dessous du niveau de la mer. Encaissée profondément entre des pics élevés de 2500 à 3 500 mètres, cette vallée, qui doit son nom sinistre au désastre survenu à quelques prospecteurs qui y trouvèrent une mort terrible par la chaleur, la fatigue et la soif, jouit du privilège peu enviable d’être le lieu le plus chaud de la terre. En hiver, il y fait très froid, tandis qu’en juillet et août le thermomètre se maintient pendant plusieurs semaines à plus de 50° à l’ombre.

Aucune plante ne peut y vivre, sauf cependant les yuccas qui supportent, sans trop de dommage, cette chaleur de four. La photographie que nous reproduisons en est une preuve.

Un groupe d’agriculteurs entreprenants essaya, il y a quelques années, de planter en cette région désolée quelques uns de ces’ arbres fruitiers qui réussissent si bien dans les autres parties de l’État, ils espéraient des récoltes précoces d’une vente aisée et rémunératrice. Leur tentative fut suivie d’un insuccès complet malgré une culture intensive et des arrosages fréquents avec l’eau amenée à grands frais.

Cependant dans les vallées plus élevées des monts Panamint, il y a de petits ruisseaux ; les arbres fruitiers donnent des fruits mûrs deux mois avant ceux de la plaine.

Les vents d’ouest dominent. Bien que saturés d’humidité puisqu’ils viennent du Pacifique, ils se dessèchent en traversant les quatre chaines de montagnes qui séparent la vallée maudite du rivage de la mer. Il y règne parfois des tempêtes de sable qui voilent tout le paysage, recouvrent la maigre végétation et font périr les rares oiseaux qui se hasardent en ces parages.

Durant la saison chaude, une heure sans eau c’est la mort pour le voyageur. La viande s’y corrompt presque immédiatement ; le seul avantage est qu’on peut faire cuire des œufs dans le sable brûlant.

Cependant on a découvert dans la vallée de la Mort, au pied du Monte-Blanco des gisements de borax qui sont actuellement exploités... pendant l’hiver seulement bien entendu. L’été tout travail serait impossible.

Il est très curieux de voir les Yuccas seuls former la flore de cette vallée, à l’exclusion des cactus qui, cependant, au Mexique, prennent un grand développement dans des plaines d’une sècheresse extrême où la température est aussi très élevée.

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