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L’observatoire de Zi-Ka-Wei (en 1905)

Henri Cordier, La Nature, N°1682 - 19 août 1905

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 28 février 2009

L’Observatoire de Zi-Ka-wei ( [1]) est bâti à 1 kilomètre du village de ce nom, situé dans une vaste plaine à 6 kilomètres au S.-O. de Chang-Haï, dans un jardin complètement isolé. Cet établissement domine les habitations voisines à une distance de plus de 200 mètres ; la latitude de l’Observatoire est de 51°12’50« N. ; 53 longitude de 117°56’25 »E. de Paris ; l’altitude de la cuvette du baromètre est de 7 mètres environ.

Le nom de Zi-Ka-wei rappelle celui du célèbre ministre Siu Kouang-ki (Zi est la prononciation locale de Siu), qui, sous la dynastie chinoise des Ming, portait le titre de Co-lao, qui équivaut aujourd’hui à celui de tchoung-tang ou Grand Secrétaire ; Siu, qui était né en 1562, à Chang-Haï ; fut baptisé sous le nom de Paul par le P. Jean de Rocha, en 1562, au moment où il partait pour Pe-king pour subir les épreuves du doctorat : ayant perdu son père en 1607, et obligé par suite de se retirer des affaires pour accomplir la période règlementaire de deuil, il revint dans son pays avec le P. Cattaneo, lequel jeta les fondations de la Mission de Chang-Haï, qui prit un grand développement sous la direction du P. Brancati arrivé en 1637 ; Siu était mort à Pe-king en 1633, mais son corps fut rapporté dans son pays d’origine ; ses funérailles solennelles furent célébrées à Chang-Haï en 1641 et ses restes furent déposés dans une sépulture qui fut, d’après lui, nommée Siu-Kia-wei (Zi-Ka-wei). Le 300e anniversaire du baptême de Siu a été célébré en grande pompe le 1er novembre 1905, à Zi-Ka-wei.

Zi-Ka-Wei : L'observatoire en hiver
La mission des Jésuites dans la province du Kiang-Sou périclita naturellement après la suppression de la Compagnie de Jésus et la mort de l’évêque de Nan-King, Mgr Laimbeckhoven, arrivée le 22 mai 1787. Le 12 juin 1842, les deux Jésuites Claude Gotteland, de Savoie, et François Estève, de Paris, arrivèrent au Kiang-Sou et reprirent possession de leur ancienne mission, que leur remit Mgr de Bési, qui l’administrait provisoirement.

En mars 1847 les Jésuites achetaient une propriété dans le village de Zi-Ka-wei, dont la population se composait de quelques dizaines de cultivateurs, descendant de Siu-Kouang-k’i ; au commencement de 1851, l’établissement de Zi-Ka-wei était constitué en résidence régulière.

Il n’entre pas dans mon cadre de décrire cet immense établissement ; je puis dire toutefois qu’il sert de résidence centrale pour toute la mission et comprend, outre l’Observatoire magnétique et météorologique, le scholasticat de la Compagnie, le grand Séminaire, un collège (études chinoises pour tous, françaises pour 67 et latines pour ,quelques-uns), 151 élèves, et un Musée d’histoire naturelle, créé et dirigé par le P. Pierre Heude, mort le 3 janvier 1902 ; à l’établissement de Zi-Ka-wei est joint l’orphelinat de Tou-sê-wé, à un demi-kilomètre, destiné à former de pauvres enfants en bons ouvriers capables de gagner leur vie.

L’Observatoire fut créé en 1873, et je me rappelle encore ses modestes débuts ; il a eu successivement pour directeurs les PP. Augustin Colombel (1873-1874) ; Henri Le Lec (1875-1876) ; Marc Dechevrens (1877-1887), de Chène (canton de Genève), aujourd’hui directeur de l’Observatoire de Saint-Hélier ; Bernard Ooms (1888, 1891) ; Stanislas Chevalier (1889-1890, 1892-1897) ; Louis Froc (1898) .

 Zi-Ka-Wei : Vue général de l'observatoire
Les PP. Colombel et Le Lec ont commencé, dès 1874, la publication des observations météorologiques faites en 1873 ; depuis janvier 1877, le P. Marc Dechevrens publie un Bultetin Mensuel de l’Observatoire magnétique et météorologique qui parait régulièrement depuis cette époque en cahiers grand in-4°. Outre ce bulletin, l ’Observatoire publie des Mémoires sur les typhons, les variations de l’aiguille aimantée, le magnétisme terrestre. Le Père Chevalier a publié un ouvrage considérable : Atlas du haut Yang-tse ; un long et fructueux voyage au Se-tchouan a permis à ce savant missionnaire de faire, de novembre 1897 à mars 1898, les levés nécessaires à l’exécution de son Atlas de I-tchang-fou à Ping-chan-hien, qui se compose de 64 feuilles à l’échelle de 1/25000e ; on peut juger du travail considérable du P. Chevalier, simplement en ce qui regarde les stations relevées astronomiquement de I-tchang à Ping-chan, en remarquant que, sans parler des observations de passages d’étoiles au méridien (qui sont au nombre d’environ 450), sans compter les observations faites entre I-tchang et Chang-Haï, il ya plus de 800 pointés de soleil ou d’étoiles en hauteur ; chaque pointé a été calculé séparément suivant une méthode rigoureuse ; aussi, le 26 avril 1901, la Société de Géographie de Paris décerna- t-elle à cet Atlas, la médaille d’or du prix Logerot.

C’est également l’Observatoire de Zi-Ka-wei qui public, depuis son origine en 1892, le rapport annuel de la Société météorologique de Chang-Haï qui parait en anglais ; il donne chaque jour au port de Chang-Haï le signal du midi moyen, par la chute d’une boule que l’on fait tomber életriquement sur le quai de la concession française à une distance de 8 kilomètres. L’Observatoire est en relation avec de nombreux postes, de Nicolaïevsk sur l’Amour à Saïgon, et de Nemuro ( Yezo) à Semipalatinsk ou à Kouldja. Les services rendus aux navigateurs sont incalculables dans des mers dévastées par les typhons, aussi n’est-il pas surprenant que M. Doumer au Tonkin, les Allemands à Tsing- tao, aient fait appel aux lumières du P. Froc pour établir leurs postes d’observations météorologiques.

D’ailleurs l’Observatoire est chargé de signaler au port de Chang-Haï tous les phénomènes intéressant la navigation dans les parages d ’Extrême-Orient. Le code de ces signaux, accepté officiellement par Sir Robert Hart, est, depuis le commencement de 1898, en usage dans tous les ports de Chine où se trouve l’administration des Douanes impériales.

Depuis Trois ans, l’Observatoire publie un Calendrier-Annuaire qui renferme une foule de renseignements utiles. Tous les services de l’Établissement ont été transférés le 1er janvier 1901 dans de nouveaux bâtiments.

Un autre Observatoire astronomique a été construit sur la colline de Zô-sè, haute de 100 mètres environ, à 8 lieues O.-S.-O. de Zi-Ka-wei ; il se compose d’une rotonde de 10 mètres de diamètre, renfermée dans une seconde plus large qui laisse autour de la première un couloir large de 2 mètres. Elle renferme la lunette équatoriales de 6,50m de long ; sa section mesure 0,80m x 0,40m. Une cloison centrale la divise dans toute la longueur en deux tubes carrés de 40 centimètres de côté.

A l’extrémité supérieure de ces tubes sont vissés les deux barillets porte-objectifs.

Trois corps de bâtiment partent, en rayonnant, de la rotonde : le premier, à l’est, abrite la bibliothèque et la lunette méridienne qui a 60 centimètres de long et l’objectif a 6 centimètres de diamètre ; elle a d’ailleurs servi plusieurs années à Zi-Ka-wei, pour le réglage du chronomètre ; le second bâtiment, à l’Ouest, renferme trois chambres d’habitation et le troisième, an Sud, qui est un peu moins long que les deux autres, sert de bureau aux calculateurs. Les Observatoires de Zi-Ka-wei et de Zô-sè servent bien la gloire de la France dans l’Extrême-Orient .

Zi-Ka-Wei : Le personnel de l'observatoire


[1Voy. n°1151. du 22 juin 1895, p. 50.

Messages

  • Mon Grand-père, Jean,Marie BRUN, Capitaine au long Cours, Capitaine de paquebots aux Messagerie Maritimes, a écrit dans les années 1920, un opuscule sur « Les cyclones aux Philippines et dans les mers de Chine ». Il a également inventé et fabriqué un appareil pour la prévision des cyclones, qu’il a appelé « cyclonomètre ».
    Il a pour cela été en relation suivie avec le RP Froc, alors directeur de l’observatoire, pour lequel il avait une profonde admiration et beaucoup de gratitude.
    J’ai en ma possession ces documents et cet appareil.

    Voir en ligne : http://nnn

  • Durant la guerre sino-japonaise, alors que les japonais s’apprétent à prendre Shanghai,la zone des Missions catholiques autour de l’Observatoire se trouve en territoire chinois, accoté à l’ouest de la Concession Française.
    Pour ne pas les exposer à la sauvagerie des combats et de l’occupation nipponne, le Commandant FABRE Amédée, commandant le 2e Bataillon de Marche de Chine, venu en renfort depuis le Tonkin, prend de sa propre initiative, avec l’assentiment du RP Jacquinot de Besanges, Directeur de l’observatoire, la décision d’avancer sa ligne de front pour couvrir tout le territoire des Missions (ZI-Ka-Wei, les orphelinats de Tou-Sê-Wé) adossé à la Concession Française, et le mettre sous la protection militaire de son unité.
    Lorsque les troupes japonaises déboulent sur Shanghai, elles trouvent les routes d’entrées fermées par les points d’appui où flotte le drapeau français. Le tout s’est exécuté sans tirer un coup de fusil mais avec la fermeté (et la diplomatie !) nécessaire pour impressionner les Nippons !
    J’avais 13 ans à l’époque et j’ai vécu cette période comme une épopée !
    Mon père (qui a fini sa carrière comme général de brigade) a été élevé par le Vatican, pour cette action, à l’ordre de Commandeur de Saint Grégoire le Grand, à titre militaire.

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