Anabases

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°560 - (20 août 1898)
Dimanche 20 septembre 2009 — Dernier ajout mardi 25 juin 2024

Il existe en Asie une vaste région complètement dépourvue de forêts et à laquelle on a donné le nom de steppes. La région des steppes est limitée à l’est par les montagnes de Khou-Khou-noor et du ChangKaï ; au sud, par l’Himalaya et l’Indus ; la limite passe ensuite au sud de l’Euphrate et s’arrête au littoral de l’Asie Mineure. Elle comprend donc les déserts d’Asie, la partie centrale des bassins de la mer Caspienne, de la mer d’Aral ainsi que tout le bassin de l’Euphrate.

La flore des steppes asiatiques est d’une grande richesse ; elle compte plus de 6 000 espèces qui lui sont propres. Les cryptogames y sont relativement rares.

Les formes végétales qui dominent dans ces régions sont adaptées à la sécheresse qui y règne pendant de longs mois ; elles ont un revêtement pileux protecteur qui rend leur transpiration presque nulle ou possèdent dans leurs feuille ou dans leurs tiges d’abondantes réserves d’eau (plantes grasses ).

Les steppes nourrissent de nombreuses graminées, auxquelles sont mêlées des herbes vivaces beaucoup plus variées dans leur organisation que celles de nos prairies. Elles constituent un lieu d’élection pour les salsolacées, qui affectionnent surtout les terrains salifères si fréquents dans les steppes. Les soudes, les salicornes y abondent ainsi que les armoises à port de chenopodiées , les buissons d’anabases, de brachylepis et surtout l’haloxylon, qui s’étend en Perse, dans le Turkestan et, dans la région de l’Aral.

En Amérique les steppes couvrent la plus grande partie du Mexique. La flore est très analogue il celle des steppes asiatiques. Parmi les plantes spéciales à ces régions désertes du nouveau continent, il faut citer le bois à suif (Atriplex canescens), le Sarcobatus vermicularis, et surtout les agavés et les cactées.

Nous avons déjà étudié quelques plantes appartenant à la flore des steppes, notamment les soudes [1] et les salicornes [2]. Nous consacrerons la fin de cet article à la description des plantes si curieuses appartenant au genre anabase.

Ce sont des sous-arbrisseaux de la famille des salsolacées qu’on trouve, non seulement dans les steppes asiatiques, mais encore au bord de la mer, dans les régions froides et tempérées.

Les anabases diffèrent des soudes par leur calice épais et charnu, leurs cinq staminodes alternes avec les étamines et légèrement soudées avec elles, et par leur embryon spirale et dressé.

Leur calice est à cinq divisions ; l’ovaire à une seule loge surmontée d’un style à deux longues branches stigmatiques. Le fruit est un akène entouré par le calice devenu charnu.

L’espèce la plus répandue est l’anabase sans feuilles (Anabasis aphylla) que reproduit notre gravure. C’est une plante à longue racine pivotante, présentant il. son collet une souche ligneuse très épaisse, qui don ne naissance à un grand nombre de tiges articulées.

Les articulations de ces tiges et de leurs rameaux sont oblongues, cylindriques ou presque, obtuses à leur base, concaves et comme échancrées à leur sommet (e).

La substance de ces rameaux est un peu dure et, malgré cela succulente. De couleur verdâtre, quelquefois rougeâtre, surtout dans leurs parties jeunes, leur surface est couverte et comme ponctuée de petites glandes.

Les pièces du calice, rougeâtres, finement striées, persistent autour du fruit (a, b, c, d). D’une manière générale, les caractères de la fleur ne diffèrent pas de ceux que nous avons indiqués plus haut.

En Perse et dans le nord de l’Afrique, on emploie les cendres de l’ana base sans feuilles pour blanchit, le linge. Les cendre de toutes les parties de la plante sont, en effet, riches en carbonate de sodium (soude du commerce). Elles ont servi autrefois, avec celles des salicornes et des salsola, à préparer cette substance.

Les anabases n’ont guère d’applications. Cependant l’anabase à feuilles de tamaris (A. tamariscifolia) est une espèce des côtes d’Espagne dont les fleurs, d’un goût salé et aigrelet, étaient très employées autrefois comme vermifuges. Elles constituaient la substance désignée dan le commerce sous le nom de chouan.

Certains botanistes ont rapporté l’Anabasis tamariscifolia au genre caroxylon ; C. Mayer a.créé pour cette espèce, le genre halogeton.

F. FAIDEAU

[1Voir Science Illustrée, t. XIX, p. 399.

[2Voir id. , t. XX, p, 79.

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