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La dangereuse pollution des atmosphères urbaines préoccupe actuellement les pouvoirs publics.

Arthenay. Sciences & Voyages N°812 — 21 mars 1935

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 9 mai 2014

Nous avons entretenu nos lecteurs à différentes reprises des ravages causés dans la pierre des monuments urbains par les fumées corrosives qui polluent l’atmosphère. Les foyers privés, cuisines ou chaudières de chauffage central, sont du reste aussi coupables ici que les foyers industriels, depuis que l’emploi de la houille crue, contenant des- traces importantes de soufre, est venu transformer chaque cheminée en une source de vapeurs sulfureuses.

L’opinion des médecins.

L’aspect médical du problème a légitimement requis tout d’abord l’attention des pouvoirs publics. Nous avons eu le privilège d’interviewer sur ce grave sujet le docteur de Bordas qui est le spécialiste de ces questions de toxiques atmosphériques.
— Les poumons des Parisiens, nous a-t-il dit, sont devenus des organes d’une résistance prodigieuse et l’un des plus beaux exemples de l’adaptation des êtres vivants aux milieux insalubres. Non seulement ces poumons résistent aux microbes, ce qui est surtout une question de globules blancs dans le sang, mais à un encrassement « mécanique » et chimique incroyable.
Sur la paroi délicate des tubes d’air ramifiés ou « bronchioles », ainsi que dans la cavité des alvéoles pulmonaires où l’oxygène de l’air réagit sur les globules rouges du sang à travers une mince membrane, cet air chargé de vapeurs chimiques vient exercer son action néfaste ; de là, des irritations, trachéites et bronchites, qu’un refroidissement survenant, par surcroît, suffit bien souvent à rendre mortelles.
— Mais les fumées proprement dites ?
— Les fumées sont formées de particules solides dont beaucoup se trouvent heureusement arrêtées par les mucus du nez et de la gorge ; il existe également dans la trachée des cils vibratiles qui agissent pour remonter automatiquement les poussières, voire les liquides introduits accidentellement dans cette trachée. C’est ce qui vous explique qu’après avoir « bu de travers », vous pouvez vous trouver soulagé, même sans avoir à tousser, au bout de quelques secondes. Il n’empêche que nombre de particules parviennent dans les ramifications et qu’une partie s’y fixe ; ceci est très visible à l’autopsie.
« Je crois, du reste, vous avoir signalé les expériences de Calmette montrant que du noir de fumée en suspension (encre de Chine), injecté dans le sang, finit par se transporter et se déposer dans les poumons. Ceci est important, car les aliments souillés par leur séjour à l’air contribuent ainsi directement à l’encrassement des voies respiratoires.
— Quel remède apercevez-vous à ce fâcheux état de choses ?
— Le remède est incontestablement d’ordre administratif et technique. Des progrès considérables ont été faits dans le sens de la « fumivorité », il faut les poursuivre. On devrait même — mais je sais que c’est difficile — obtenir des particuliers une fumivorité minima, autrement dit les empêcher de répandre des torrents de fumées noires dans l’atmosphère ; je pense surtout aux hôtels. Il paraît qu’à l’étranger on a installé des guetteurs qui surveillent les grandes villes ; les fauteurs de fumées sont repérés par recoupement sur un plan et reçoivent immédiatement la visite des agents qui leur dressent procès-verbal.

Ajoutons à ce tableau un peu sombre que la situation est infiniment meilleure dans les grandes centrales électriques de la banlieue, et ceci est heureux car ce sont des consommatrices de charbon formidables. Elles possèdent en effet des installations de dépoussiérages de fumées basé sur des principes mécaniques, des lavages, ou des attractions électrostatiques produites à 50000 volts ; ces installations peuvent être automatiquement réglées par des « yeux électriques II surveillant l’émission des gaz dans la cheminée.

Le point de vue des architectes.

La corrosion des monuments publics et privés prend actuellement une allure tellement accélérée dans toutes les grandes villes du monde qu’il est à craindre que les générations qui nous suivront, loin d’hériter comme nous d’un monde tout bâti, soient obligées d’en reconstruire une bonne part. Actuellement, des frais énormes, à peu près inconnus de nos prédécesseurs d’il y a un siècle, doivent être engagés chaque année pour des ravalements incessants, des grattages, voire des reconstructions partielles.

Le Centre d’études supérieures de l’Institut technique du Bâtiment a consacré récemment une séance à cette question d’intérêt mondial. On a rappelé à cette occasion les résultats des congrès internationaux, notamment celui d’Athènes, qui ont fait ressortir l’extrême difficulté de protéger nos constructions actuelles ainsi que les trésors du passé.

M. Florentin, sous-directeur du Laboratoire municipal de Paris, a montré que l’agent destructeur des pierres était l’acide sulfurique (le plus énergique des acides connus) formé par l’action de l’oxygène et de l’humidité de l’air et qui transforme le carbonate de chaux des pierres en sulfate ; celui-ci ne présente plus aucune cohésion et la pierre se désagrège. Il est incontestable que les monuments gothiques, tels que Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, qui présentent de délicates sculptures, ont davantage souffert depuis un demi-siècle que durant les six ou sept premiers siècles de leur existence.
— Le remède ? dit Florentin. Il faut distinguer. Si vous bâtissez du neuf, il importe avant tout de bien choisir les pierres. Il faut prélever de nombreux échantillons en carrière et leur faire subir trois examens : chimique, microscopique et de porosité.
« Ce dernier examen est également important pour connaître la gélivité de la pierre, c’est-à-dire son aptitude à se fendre par la gelée. Vous savez que cet accident se produit par pénétration de l’eau dans les pierres poreuses ; cette eau se dilate en gelant et provoque l’éclatement de la pierre. Pour les actions chimiques, la porosité agit aussi : les pores se remplissent d’eau où se dissout le gaz sulfureux. Cette solution présente à l’air une vaste surface de contact comme une éponge. d’où oxydation rapide de l’acide sulfureux en acide sulfurique et sulfatation,

Le centre technique britannique, qui porte le nom de Building Research, a proposé un essai-type pour les pierres destinées aux constructions dans les villes industrielles ; on prend un petit bloc de 4 centimètres de côté que l’on plonge dans une solution de sulfate de soude, puis que l’on sèche à 100° (ce qui est beaucoup plus sévère que les séchages naturels que la pierre aura à subir au soleil) ; l’opération est répétée un certain nombre de fois. Rien n’empêche, du reste, de soumettre l’échantillon à l’action directe de l’air sulfureux et humide, comme la pierre le sera dans la réalité, ce qui paraît plus rationnel.

« Remarquez qu’il faut porter une grande attention à la position de la pierre en carrière ; à l’inverse du bois, la pierre est bien plus résistante du point de vue qui nous occupe, en bout, c’est-à-dire à l’extrémité des « strates » ou coches géologiques que dans le plan de ces strates.

Un remède efficace : l’eau pure.

— Mais, peut-on protéger un bâtiment déjà existant ?
— C’est très difficile. Je ne voudrais peiner personne, mais il faut bien constater que les procédés de revêtement par silicates, fluo-silicates, savons calcaires, n’ont pas donné tous les résultats escomptés. Des nettoyages périodiques sont plus recommandables.
— Nettoyage à la vapeur ?
— Je ne le conseille pas. La vapeur exerce une action brutale et provoque une distillation intérieure qui arrive à faire décoller les papiers de tenture. L’emploi des substances alcalines est à proscrire rigoureusement. L’eau pure, en abondance, voilà encore le meilleur agent de nettoyage et, par suite, de protection ; on peut compléter cette action par de légers grattages destinés à détacher la croûte de calcin qui tend à se former même en atmosphère très pure.

Souscrivons aux paroles de M. Florentin et soulignons tout l’intérêt esthétique et même ... moral que présenterait le nettoyage en grand de tous les monuments publics de Paris. La presse a relaté récemment un amusant « rallye de la malpropreté » où les visiteurs ont pu se rendre compte de l’état lamentable à l’intérieur de plusieurs bâtiments publics. Mais les extérieurs, tels que l’affreuse façade nord du Louvre, noire de suie et de corrosion, donnent également une triste idée de l’entretien de notre domaine public.

Laver nos monuments, mais non les gratter à vif ; leur « éclaircir le teint » pour les protéger, telle est la formule. La « patine » subsistera ; la crasse n’ajoute rien à la majesté des siècles.

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