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Un observatoire sur l’Etna

La Nature N°197 - 10 Mars 1877

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 11 janvier 2011

M. le professeur Tacchini nous envoie une note lue à l’Académie de Giola, le 22 septembre 1876, et intitulée : De la convenance et de l’utilité qu’il y aurait à établir sur l’Etna une station astronomique et météorologique. Cette note lui a été inspirée par une ascension du célèbre volcan faite par lui les 15 et 16 septembre 1876.

Parti de Catane, il trouva entre le lieu de son départ et celui de sa halte, à la station où s’étaient placés des Anglais et des Américains ; pour observer l’éclipse totale de décembre 1870, une différence de 33 degrés centigrades. Il avait emporté avec lui un télescope de Dolland, de 3 pouces 3/4 d’ouverture, un spectroscope de Tauber, à forte dispersion, un petit spectroscope de Janssen, un baromètre anéroïde, des thermomètres et un polariscope. Le 16, à 10 heures 30 du matin,il remarqua que le ciel était d’un bleu bien plus foncé qu’à Palerme ou à Catane. La lumière solaire ressemblait à l’éclairage artificiel, fait à l’aide du magnésium. Regardant brusquement le soleil à l’œil nu, il crut voir un disque noir, entouré d’une étroite auréole, projetée sur le fond azuré du ciel. En plaçant un corps opaque entre ses yeux et le disque solaire, il distinguait mieux l’auréole, quoiqu’elle restât toujours limitée, ayant la largeur d’un peu plus du quart du diamètre du soleil. A l’œil nu, il était difficile de juger si l’auréole avait partout la même largeur, et le seul fait bien constaté était la différence avec la vue obtenue au niveau de la mer. Le ciel étant ordinairement blanchâtre autour du soleil, restait bleu sur l’Etna, et l’auréole affectait des contours plus précis. A l’aide d’un hélioscope, On discernait bien plus nettement l’auréole, dont les bords semblaient irréguliers s’étendant davantage dans le sens des deux diamètres, l’un horizontal, l’autre vertical, tracés à midi sur le disque solaire. A trois heures de l’après-midi, après une interruption produite par des nuages passant rapidement devant le soleil et formant une étonnante série de cercles colorés de toutes les nuances du spectre solaire, phénomène nouveau pour M. Tacchini, le spectroscope Tauber fut adapté au télescope pour l’examen du spectre solaire. L’observateur remarqua avec étonnement la finesse des lignes et l’extraordinaire transparence de l’atmosphère ; la chromosphère était resplendissante.

A dix heures du soir, le ciel étoilé offrit un aspect nouveau et enchanteur. Sirius rivalisait d’éclat avec Vénus ; les belles constellations avaient une clarté toute spéciale et la voie lactée produisait un effet surprenant ; Saturne était admirable et son anneau était bien plus net qu’il ne l’avait été pour le même observatenr à Palerme. L’éclat de Vénus était tel, que cette planète projetait les ombres des personnes faisant l’ascension de l’Etna. Elle scintillait fréquemment comme une étoile fixe. Le télescope montrait, dans la partie la plus septentrionale du disque de la planète, un espace oblong, moins éclairé que le reste. C’était, dit Tacchini, certainement une tache de la planète (Sicuramente una macchia del planeta).

Les observations spectroscopiques furent renouvelées dans la matinée du lendemain, lorsque le soleil eut atteint une altitude de 10 degrés. La chromosphère était magnifique ; l’inversion du magnésium et de 1474 fut immédiatement apparente, ce qui n’avait pas été le cas à Palerme avec le même télescope.

En ce qui concerne l’observatoire que M. Tacchini voudrait voir achevé avant le mois de septembre 1877, époque du Congrès scientifique de Rome, il propose de l’établir à la casina degl’Inglesi, de lui donner le nom de Bellini et d’en faire la propriété de l’Université de Catane. Il y faudrait, ajoute-t-il, un réfracteur d’au moins 16 centimètres d’ouverture. Les instruments météorologiques et astronomiques seraient en quantité double, une moitié restant en permanence à l’Observatoire Bellini, l’autre étant déposée dans un local appartenant à l’Université de Catane ; de la sorte, on ferait des observations sur l’Etna, du mois de juin à la fin de septembre : le reste de l’année, les observations astronomiques auraient lieu à Catane, où le ciel est généralement d’une grande pureté. L’astronome n’aurait d’autre embarras que celui de transporter l’objectif de Catane à l’Etna et vice versa. M. Tacchini propose en outre de faire payer un droit d’entrée aux visiteurs, à la commodité desquels on pourvoirait de la manière la plus convenable. Les fonds ainsi obtenus serviraient à l’instruction de l’Observatoire. Espérons que l’entreprise réussira au grand profit des sciences astronomiques et météorologiques [1]


[1Nature, 18 janvier 1877.