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Une automobile lilliputienne

D. Lebois, La Nature N°1432 - 2 Novembre 1901

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 10 janvier 2014

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Nous avons dit quelques mots ici même [1] d’une bicyclette lilliputienne, construite par une des grandes maisons françaises, et que nous avions pu comparer avec un cycle monstre sorti d’un atelier américain. Assurément ces machines minuscules, tout comme les machines géantes, n’ont pas toujours une utilité bien déterminée, quoique pourtant la bicyclette que nous avons décrite se fabrique industriellement et qu’il se trouve assez souvent des cyclistes de 4 ou 5 ans pour chevaucher pareil cheval d’acier ; mais ce sont là de vrais merveilles de mécanisme, qui intéressent en raison de leurs petites proportions, car leurs parties constitutives deviennent souvent presque des pièces d’horlogerie.

Il était naturel qu’on songeât, en automobilisme tout comme en cyclisme, à faire quelque chef-d’œuvre de petitesse : et on le trouve en ce moment à l’Exposition de Bulfalo, à cette exposition où toute la fantaisie américaine a voulu faire ses preuves.

L’automobile minuscule en question a été construite par la Compagnie Jenkins Automobile Co de Washington, et elle circule dans l’enceinte de l’exposition, conduite par sa chauffeuse non moins minuscule, Mlle Chiquita, qui porte bien son nom.

Comme de juste, il fallait une voiture de conduite facile pour une chauffeuse de cette sorte, et d’ailleurs rien n’empêchait ici de recourir au courant électrique, puisqu’il ne s’agissait guère en somme que d’une affaire de réclame. On a donc construit une jolie petite victoria électrique, bien complète, avec sa capote mobile, ses garde-boue, ses coussins soigneusement rembourrés, etc. On n’a pas oublié non plus la sonnette d’avertissement pour les piétons, ni les lanternes électriques pour la circulation de nuit. On a reproduit si exactement toutes les caractéristiques d’une voiture de taille normale qu’au premier coup d’œil, quand on aperçoit le véhicule de Mlle Chiquita sans rien auprès qui puisse servir d’échelle, comme disent les dessinateurs, on ne se rend nullement compte de ses proportions infimes : mais notre lecteur peut en juger aisément en la comparant à la roue d’une automobile de proportions courantes, que nous avons fait figurer à côté. Les roues de la voiture lilliputienne ont seulement 0,30m de diamètre, les coussins du siège sont longs de 0,35m sur 0,21m de large, et la chauffeuse n’est assise qu’à une hauteur modeste de 0,35m environ au-dessus de la terre. Le cadre même du véhicule n’est large que de 60 centimètres, et d’axe en axe les deux essieux sont éloignés de la même distance. Le moteur électrique est suspendu en dessous du coffre et sur le châssis, et il cornmande directement le différentiel sur l’essieu arrière, par l’intermédiaire d’un engrenage.

Les deux roues arrière sont par conséquent motrices, et tout a été particulièrement étudié dans ce joli petit véhicule pour en rendre le fonctionnement aussi sûr que simple ; on garantit même que, eu égard à la faible vitesse qu’on lui donne et au poids très réduit qu’il traîne, il est susceptible de circuler fort longtemps sans le moindre rechargement et sans des soins particuliers. L’enfant n’a qu’à tenir le guidon de direction et à pousser la manette dans un sens ou dans l’autre pour mettre en marche ou pour arrêter, et les constructeurs ont la prétention de lancer ce type de voiturette (s’il en fut jamais) comme jouet intéressant et très pratique pour les promenades dans les jardins et même dans les appartements. Il n’y a pas de danger de feu, pas de chaudière, pas de brûleur, pas d’explosion possible, et cela remplacerait le modeste cheval mécanique de notre enfance, ou même le bicycle de l’enfant d’aujourd’hui. Peut-être même est-ce qu’on se dispensera un jour de pousser devant soi la classique voiture d’enfant, en la laissant marcher seule.

Portfolio


[1Voy. N°1405, du 28 avril 1900, p 359