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La Nouvelle-Zélande

La Science Illustrée N°28 — 22 avril 1876

samedi 31 décembre 2011, par Denis Blaizot

Les deux grandes îles qui constituent cette colonie anglaise égalent en surface la métropole, c’est-à-dire la Grande-Bretagne et l’Irlande. Les ressources agricoles et industrielles de ces terres australes sont considérables et leur promettent un avenir des plus prospères. Située à peu près à nos antipodes, c’est-à-dire précisément à la place qui correspond dans l’hémisphère sud du globe à celle qu’occupe l’Europe occidentale dans l’hémisphère nord, la Nouvelle-Zélande jouit d’un climat doux, tempéré, égal ; de grandes variations de température n’y séparent point l’été et l’hiver, grâce à sa situation insulaire ; l’humidité de l’Océan tempère à la fois les grandes chaleurs et les froids intenses. Cependant, dans l’ile méridionale, la saison froide, qui comprend justement nos mois d’été, est assez rude, surtout dans les parties montagneuses. Néanmoins, on peut comparer le climat en général à celui de la Grèce, de la Sicile ou du Portugal.

La Nouvelle-Zélande se compose de deux grandes îles principales séparées par le détroit de Cook et de plusieurs petites iles secondaires. L’île du sud s’appelle en Maori (langage des indigènes polynésiens) Tawaï-Pounamou, et l’ile du nord Ira-na-Mawi. Cet archipel, d’une longueur d’environ 400 lieues terrestres et d’une largeur irrégulière, mais de 25 lieues environ, s’étend du 31° au 48° de latitude S. et du 164° au 176° de longitude E. du méridien de Paris. L’ile australe est très accidentée et traversée dans toute sa longueur par une chaine de montagnes élevées aux sommets neigeux ; on y trouve un lac dans les environs duquel les Maoris recueillaient le jade vert dont le nom (Pounamou) a servi à former celui de l’ile, et qui leur servait à faire des casse-têtes admirablement polis et façonnés. L’ile du nord est de nature essentiellement volcanique et contient des quantités de sources d’eaux minérales, des lacs bouillants, des geysers, etc.

Les richesses minéralogiques y sont abondantes, et, en attirant de nombreux émigrants, contribuent à l’accroissement rapide de la population européenne, que l’excellence du climat et la fertilité de la terre y retiennent et font multiplier rapidement. On y trouve du minerai de fer et de la houille en quantités considérables. Des placers aurifères y ont été découverts comme en Australie ; enfin, l’île du nord possède des sources de pétrole aussi riches que celles de l’Amérique du Nord.

Les forêts y sont magnifiques et forment un objet d’exportation important, même pour l’Europe.Certaines essences y atteignent des proportions gigantesques ; on y trouve une riche variété de fougères, dont quelques espèces sont arborescentes ; à elle seule, la fougère à racine comestible occupait, avant la colonisation, presque tous les coteaux déboisés. C’est de la Nouvelle-Zélande qu’est originaire le phormium tenax,dont les fibres solides et soyeuses sont excellentes pour le tissage et la confection de cordages très résistants. Les fruits, les légumes d’Europe y sont acclimatés et y poussent admirablement. Sans avoir l’étendue de ceux d’Australie, les pâturages y sont excellents, l’herbe semble en être de qualité supérieure, car les moutons deviennent plus gras, et leur laine est plus belle en Nouvelle-Zélande qu’en Australie.

Aujourd’hui, tous nos animaux domestiques prospèrent en Nouvelle-Zélande ; mais avant l’arrivée de Cook, qui y introduisit le porc, on n’y voyait que le chien et une espèce de rat plus petite que le rat de nos pays. Les oiseaux y sont nombreux et variés ; les reptiles ne sont représentés que par un tout petit lézard inoffensif ; enfin la mer y est très poissonneuse.

C’est le navigateur hollandais Tasman qui découvrit le premier cette contrée en 1642, et il eut maille à partir avec les belliqueux indigènes ; Cook, le premier, après Tasman, revit la Nouvelle-Zélande en 1769, et depuis ce grand voyageur, celle-ci fut visitée fréquemment par les Européens, qui eurent de nombreuses querelles avec les féroces et audacieux Maoris. Ces Maoris appartiennent à la grande race polynésienne et ne sont pas autochtones. Leurs traditions le disent expressément ; il ne serait pas impossible qu’ils aient trouvé établie là avant eux une population noire, très primitive, d’origine inconnue, tasmanienne ou papoue peut-être, qu’ils ont fait disparaître en la tuant et la mangeant, car c’étaient de forcenés anthropophages. Les Maoris formaient un peuple intelligent, énergique et courageux ; aussi luttèrent-ils avec violence et persévérance contre la colonisation européenne.

Ils acceptèrent d’abord assez aisément la présence de quelques missionnaires qui fondèrent Auckland en 1840 et Otago en 1848. Mais dès que les Européens firent mine de s’établir sérieusement en Nouvelle-Zélande, les Maoris, au nombre de 37.000 dans Ika-na-Mawi et de 3.000 dans Tawaï-Pounamou, engagèrent une lutte longue et sanglante avec les Anglais. Ceux-ci sont cependant venus à bout de les soumettre, et depuis quelques au nées la lutte a cessé ; les Maoris ont en grande partie disparu : les uns sont morts, d’autres se sont fondus avec les colons ; les plus obstinés se sont réfugiés dans les montagnes du centre, où, du reste, ils vivent paisiblement et ne troublent plus le travail de la colonisation.

La population actuelle de la Nouvelle-Zélande s’élève au chiffre de 810.000. 264.000 acres de terre sont mis en culture ; 12 millions de moutons et 500.000 bœufs pâturent sur 1 million d’acres de prairies artificielles ; la production de la laine vaut mieux que la recherche de l’or, puisque la première rapporte 6.200.000 francs par an et la seconde seulement 5 millions.

La Nouvelle-Zélande est divisée en neuf provinces : Otago, dans l’ile du sud, est la plus peuplée et la plus riche, malgré la date récente de sa colonisation ; elle compte 85.000 habitants, la plupart voués à l’agriculture ; mais sa superficie est si grande, que le colon agriicole y a de grandes chances de réussite, même avec un petit capital. La ville principale est Dunedin, sur la baie Chalmer, où se fait un commerce important. Vient ensuite, toujours dans Tawaï-Pounamou, la province de Canterbury, entre les Alpes et la mer d’une part et les rivières Waïtaki et Hurunni de l’autre ; elle a 60.000 habitants ; c’est un vaste pays de pâturages qui contient déjà 1 miIlion de moutons. La province de Marlborough produit du bois de charpente, du phormium, du blé et de la laine ; celles de Nelson, sur le détroit de Cook, de Hekitika, de Greymautti et toutes les autres de l’ouest sont surtout remarquables par leurs mines d’or.

Dans l’ile du nord, la province principale est celle d’Auckland, du nom de sa capitale, port excellent sur un isthme qui commande aux deux mers ; les productions agricoles, le phormium, le bois de construction, la gomme Kaury y sont abondantes, et la terre à bon marché doit y attirer l’émigration européenne. On y trouve aussi de riches mines d’or. La population y est de 66.000 âmes, sans compter les Maoris. Wellington, quoique possédant le siège du gouvernement, est moitié moins vaste qu’Auckland et n’a que 21.000 habitants. Les deux autres provinces, Taranaki et New-Plymouth, sont saines et fertiles, et n’attendent que des bras pour rivaliser de richesse avec leurs voisines.

Comme presque toutes les colonies anglaises, la Nouvelle-Zélande jouit d’un gouvernement à peu près autonome et basé sur le système représentatif. Sa constitution date de 1852. Un gouverneur nommé par la reine représente le souverain, mais il ne peut agir que par l’intermédiaire de ministres responsables choisis dans les deux Chambres : l’une d’elles se compose de 49 membres à vie nommés par le gouvernement ; la seconde ne compte encore que Hl membres élus par le suffrage universel. Chaque province possède son conseil qui dispose, en faveur des travaux publics, des revenus provinciaux provenant principalement de la vente des terres ; les biens de l’État, les sommes perçues par les douanes, les droits de ports, les revenus de la poste constituent les ressources du trésor colonial.

Des écoles ont été créées partout par les soins de municipalités calquées sur celles de la métropole. La poste fonctionne dans toute la colonie au tarif de 2 pence (20 centimes) pour tout le pays, et de 1 penny (10 centimes) dans les villes où il y a deux distributions par jour. Le télégraphe relie les localités importantes et prochainement un câble sous-marin rattachera la Nouvelle-Zélande à l’Australie, et par là au reste du monde. On s’occupe activement de la construction de routes carrossables, et même de chemins de fer.

Tel est l’état florissant d’une contrée située juste à l’opposé de la nôtre, siège naguère de la barbarie, aujourd’hui en voie de devenir un État riche, peuplé, prospère. Avant l’établissement des Anglais, il fut question d’en faire une colonie française ; mais avec l’insouciance que nous mettons aux affaires extérieures, nous avons négligé ce beau projet, et nous avons abandonné à nos voisins, plus sages et plus pratiques, une terre admirable, douée d’un climat excellent. Nous n’en avons jamais fait d’autre.

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