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Sanglots et hoquet

Dr P.-E. Morhardt, La Nature N°2639 - 1er novembre 1924

dimanche 1er mars 2009, par gloubik

Le hoquet est à l’ordre du jour dans la littérature médicale. On a fait, tout récemment, à son sujet, des constatations qui ont permis de se rendre mieux compte de son mécanisme et de ses causes, constatations parmi lesquelles il y a pas mal de choses amusantes et intéressantes à glaner.

Le hoquet est, avant tout, un spasme de ce large muscle qui forme en quelque sorte le plancher du thorax et qui, en se contractant, oblige les poumons à se dilater. Les deux nerfs de ce muscle portent le nom de nerfs phréniques, mot apparenté aux expressions frénésie et frénétique qui montre que, les Anciens établissaient autrefois quelques relation entre certains phénomènes psychologiques et les fonctions de ce nerf.

Tout ce qui fait exagérément fonctionner le diaphragme a donc des chances d’exciter le nerf phrénique et de provoquer le hoquet. C’est le cas des pleurs qui déterminent, surtout chez les enfants, une crise de hoquet. On sait, d’ailleurs, que hoquet se dit en latin singultus, d’où notre mot sanglot est venu.

De même, une excitation quelconque de ce muscle, soit par de trop grosses bouchées qui viennent dilater l’ouverture par où il donne passage à l’œsophage, soit par un estomac trop rempli à la suite d’’un repas trop copieux ou du fait d’un défaut de fonctionnement, c’est-à-dire d’une dilatation aigüe, détermine parfois des crises de hoquet.

Mais le hoquet peut en outre, être provoqué par une irritation du bulbe ou même de certains noyaux de la base du cerveau, région où nait le nerf phrénique. Lorsque le hoquet est ainsi provoqué par une irritation des origines du nerf phrénique c’est, le plus souvent, une inflammation microbienne de cette région qui est en jeu. Des germes encore inconnus vont se loger au voisinage de ces origines, déterminent un afflux de sang et des leucocytes et déclenchent ainsi le hoquet.

Telle est 1a nature de ce hoquet épidémique dont on signale de nouvelles attaques, particulièrement dans l’Europe centrale. Cette maladie qu’on a cru bon de découvrir de nouveau vers 1920, a été déjà signalée maintes fois. On la connaissait en 1580. 0n l’a vue encore en 1729. Il semble, qu’elle soit fort bénigne. C’est tout au plus si elle laisse après elle un peu de fatigue, que du repos et quelques toniques font rapidement disparaitre.

Cependant, elle est apparentée à la grippe, car on l’a souvent signalée au début des épidémies de grippe. Elle aurait également un certain degré de parenté avec cette terrible encéphalite léthargique qui, elle aussi, s’observe avant certaines épidémies de grippe et qui s’attaque à de, régions du cerveau assez voisines de celles auxquelles s’attaque la maladie dont nous nous occupons.

Cela explique qu’on observe des formes graves de hoquet, sur la nature desquelles nous ne sommes pas très bien renseignés. Le fait est qu’on a vu des hoquets durer des semaines, des mois et même des années, empêcher le sommeil, déterminer, eu un mot, un état de malaise extrêmement grave qui a directement entrainé 1a mort.

Les remèdes qu’on a proposés contre cette affection, qui, le plus souvent, prête à rire, et qui, d’autres fois, comme on vient de le voir, est sérieuse, sont innombrables.

D’abord, contre ces formes graves de hoquet, on a préconisé des interventions au cours desquelles on coupe ou on arrache le nerf phrénique de manière à empêcher le diaphragme de se contracter spasmodiquement. Mais cela même n’a pas toujours donné des résultats, parce que ce spasme est le résultat d’une contraction de tout l’ensemble des muscles inspirateurs et non pas seulement du diaphragme.

En ce qui concerne le hoquet épidémique, c’est là une affection contre laquelle il n’y a pas grand’chose à faire, si ce n’est suivre les conseils de son médecin qui agira suivant les circonstances.

En revanche, contre le hoquet qui survient après un bon repas ou sans raison apparente, et qui cesse d’ordinaire spontanément assez vite, le nombre des remèdes qu’on a préconisés est fantastique. Cela s’explique, parce que cette affection présente souvent des causes plus ou moins psychiques, comme lorsqu’elle succède aux pleurs et, alors, tout médicament psychique, pourvu qu’il soit proposé avec autorité, réussit à la faire cesser instantanément. C’est ainsi que souvent on recommande de faire peur à ceux qui ont le hoquet. D’autres fois on prescrit de boire un verre d’eau en trempant ses lèvres dans le verre par le bord diamétralement opposé à celui où on les trempe d’ordinaire. Pour faire couler l’eau dans la bouche il faut alors se pencher, non pas en arrière, mais en avant.

D’autres remèdes consistent, les uns à comprimer légèrement les deux yeux, d’autres à comprimer les deux côtés du cou, soit très haut, presque derrière les oreilles, soit à la base du cou sur les trajets des nerfs phréniques. On recommande encore de s’accroupir de manière à relever fortement les genoux et à comprimer le ventre avec les cuisses ou d’appuyer fortement sur l’épigastre.

Un remède ingénieux qu’un Japonais a récemment préconisé, consiste à faire éternuer en Introduisant une paille ou une plume dans le nez , Ce procédé est aussi logique et présente assurément moins d’inconvénients que celui qui consiste à faire peur. En effet, il y a au point de vue nerveux une parenté étroite entre l’éternuement et le hoquet. L’un et l’autre sont des spasmes des muscles respirateurs, de telle sorte qu’en déclenchant l’un de ces spasmes on a des chances d’empêcher l’autre.

Mais il est évident que ce serait changer son cheval borgne contre un aveugle que de guérir un hoquet tenace en acquérant une crise d’éternuement incoercible. II est vrai cependant que ces crises d’éternuement sont rarement observées et que nous possédons un excellent moyen de les empêcher. Ce moyen est assez peu connu pour qu’il vaille la peine, en terminant, de le rappeler. Il consiste à pincer fortement la cloison nasale dès que se font sentir les premiers chatouillements signes prémoniteurs d’éternuement. Mais il faut y penser.

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