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Le diabète devant l’Académie de Médecine

Dr J. Homme, la Science Illustrée N°94 — 14 Septembre 1889

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 28 décembre 2016

Au cours d’une discussion sur le diabète, MM. Germain Sée et Albert Robin ont communiqué à l’Académie les recherches que, depuis plusieurs années, ils poursuivent sur le diabète.

Cette intéressante discussion vient de remettre en présence les diverses opinions sur la pathogénie du diabète, car les différentes conclusions auxquelles arrive M. Robin sont en complet désaccord avec la théorie qui, depuis une dizaine d’années, semblait être acceptée, sinon par tous, du moins par le plus grand nombre.

Bien que plus de cinquante théories aient été émises sur le diabète, deux surtout sont admises aujourd’hui pour expliquer ce défaut d’équilibre entre la fabrication et la consommation du sucre dans l’organisme.

Pour Cl. Bernard, il y a dans cette affection une production exagérée de la substance glycogène. C’est l’hyperglycémie, et il n’existe qu’une question de degré entre les glycosuries passagères et le diabète.

Suivant l’autre théorie, représentée par le professeur Bouchard, le diabète serait, au contraire, constitué par un défaut de la consommation du sucre dans les éléments anatomiques et l’hyperglycémie causée par ralentissement de la nutrition serait constituée par le sucre non utilisé ».

Il s’ensuit, que selon la théorie admise, on emploie un traitement différent : diminuer la fabrication dans un cas ; augmenter les dépenses dans l’autre.

MM. G. Sée et Robin se rallient complètement à la première théorie.

Les expériences de M. G. Sée ont été basées sur une analyse très précise de l’urine normale. L’emploi des analyseurs ordinaires tels que le polarimètre, la fermentation, la liqueur de Feelhing ne lui a donné aucun résultat positif. Mais, grâce à un réactif nouveau, la phenylhydrazine, il a pu constater les faits suivants :

1° Le sucre existe dans l’urine normale.
En effet, quatorze fois sur 42 cas, il a trouvé 16 à 17 % de sucre dans les urines d’individus réputés sains et sans que l’absorption avant l’examen de 160 grammes de substance amylacée ait augmenté la quantité de sucre éliminée.

2° À l’état normal, après l’ingestion de 250 grammes de sucre de canne et 200 grammes de sucre de lait, le sucre s’est retrouvé dans l’urine.

3° Chez les diabétiques, la plus petite quantité de sucre absorbé augmente aussitôt la glycosurie.

4° Outre le sucre, on constate par l’emploi de divers réactifs, qu’il existe dans l’urine normale des quantités constantes de substances ternaires semblables aux dextrines, voisines du glucose dans lequel leur transformation ne paraît pas impossible.

Enfin la formation du glucose est un phénomène normal résultant de la transformation de la matière glycogène du foie en sucre de raisin. Cette matière glycogène se développe non seulement aux dépens des matières amylacées, mais aussi aux dépens des albuminates.

De ces expériences, M. G. Sée conclut que, l’urine normale contenant du sucre, et la présence de la matière glycogène dans le foie et les muscles étant un phénomène tout physiologique, la glycosurie n’est en somme que l’exagération d’une genèse normale. De cette glycosurie à cause permanente au diabète, il n’y a qu’un pas : — ce Ces deux états s’enchaînent, dit-il, c’est pourquoi le diabète n’a pas d’espèces distinctes ; il est un, toujours le même, et ne varie que par les conditions de son développement chez les riches et chez les pauvres ; les pauvres et les enfants ont un diabète de misère, les autres de luxe. »

Quant à l’origine du diabète, on doit la chercher dans une circulation plus active du foie sous l’influence réflexe d’une irritation de presque tous les centres nerveux.

Pour M. Robin aussi, le diabète n’est qu’une exagération d’un état physiologique, mais il arrive à cette conclusion par une autre méthode que le professeur G. Sée ; ses expériences ont pour but de mesurer la quantité des oxydations accomplies dans l’organisme.

Si en effet le diabète est un défaut de consommation, tout diabétique aura des oxydations ralenties ; si, au contraire, c’est une maladie par accélération de nutrition, tous les actes chimiques de celle-ci seront augmentés. Il ne s’agit plus alors que de déterminer le mode suivant lequel s’accomplissent les oxydations des diabétiques.

Une première série d’analyses a été faite sur la combustion chez les diabétiques :

1° Des matières organiques azotées ;

2° Des matériaux organiques non azotés ;

3° Des minéraux.

Pour les deux premières catégories, M. Robin arrive à des résultats très nets ; le diabétique combure davantage que l’homme sain les matières azotées et non azotées.

Les expériences sur les minéraux ont démontré que le soufre s’oxyde beaucoup plus. Pour le phosphore, les résultats sont moins précis. M. Robin divise alors ses diabétiques en trois classes, au point de vue des oxydations phosphorées qui peuvent être, suivant la gravité de la maladie, supérieures, inférieures ou égales aux oxydations produites chez les individus sains. Néanmoins, d’une façon générale, là encore le diabétique oxyde plus de phosphore que l’homme sain (97,84 contre 97,60).

Pour les autres actes chimiques de la nutrition, les diverses expériences qui ont été faites permettent de constater leur exagération.

Un premier point, établi par M. Robin, c’est donc que, chez les diabétiques, les oxydations, les désassimilations, tous les actes chimiques de la nutrition, en un mot, sont exagérés.

Mais cette suractivité chimique étant commune à divers états morbides, où et comment se produit-elle chez les diabétiques ?

M. Robin prouve qu’elle se produit dans la nutrition du foie et du système nerveux. Pour le foie, la glycosurie serait une preuve suffisante ; mais une seconde preuve est fournie par ce fait que l’urine des diabétiques contient une quantité anormale d’urée et d’acide hippurique ; et c’est le foie qui joue le plus grand rôle dans cette production.

La suractivité du système nerveux est prouvée par l’exagération des oxydations phosphorées. M. Robin a, en effet, déjà démontré que ces oxydations sont augmentées dans les maladies qui surexcitent le système nerveux.

En résumé, il existe chez le diabétique non seulement une exagération de tous les actes de la nutrition générale, mais une suractivité spéciale de certains organes, au premier rang desquels figurent le foie et le système nerveux.

De ces nouvelles données scientifiques, il résulte une règle absolue au point de vue du traitement, c’est que tout médicament qui augmentera l’activité des échanges organiques (l’oxygène, l’essence de térébenthine ozonizée, les préparations ferrugineuses), doit être rigoureusement banni de la thérapeutique du diabète. Indépendamment du régime qui doit priver la cellule hépatique de la matière première destinée à la fabrication du sucre, on devra choisir un médicament qui ralentisse la nutrition en général. Mais cette condition ne suffit pas, puisqu’il est prouvé qu’il existe dans le diabète une suractivité nerveuse. C’est donc par son influence sur le système nerveux lui-même que le médicament doit restreindre l’activité des échanges organiques. C’est ainsi qu’agissent les alcalins, le sulfate de quinine, l’arsenic et surtout l’antipyrine, sous l’influence de laquelle on voit immédiatement diminuer la glycosurie et s’abaisser jusqu’à un point fixe les matériaux solides de l’urine.

Telles sont les conclusions que M. Albert Robin tire de sa théorie. Les méthodes qu’il a employées sont évidemment séduisantes.

Mais les phénomènes intimes qui se passent dans l’organisme sont-ils encore suffisamment connus pour permettre d’établir des règles absolues ? Les faits fournis aujourd’hui par la chimie biologique seront peut-être détruits demain par de nouvelles recherches.

La théorie de M. Bouchardat est peut-être établie sur des données plus philosophiques qu’expérimentales, mais elle a bien, elle aussi, ses partisans. Ils traitent leurs diabétiques d’après les idées du maître, et sans être ni plus ni moins heureux que les partisans de l’autre méthode ; car, pour les uns comme pour les autres, le régime alimentaire, si bien tracé par Bouchardat, est et restera la base du traitement.

Les recherches de M. Robin offrent néanmoins un très grand intérêt en ce qu’elles sont basées sur une méthode qui, si elle est poursuivie, modifiera très probablement la. thérapeutique, et cette science, entrée dans une voie nouvelle, pourra alors, comme le dit Albert Robin, « revendiquer le titre de rationnelle et répudier définitivement les tâtonnements du passé ».

Dr J. Homme

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