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La chambre d’allaitement dans les usines

La Nature N°2300 - 27 octobre 1917

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 1er mars 2009

Parmi les bouleversements économiques et sociaux apportés par la guerre, il n’en est pas de plus lamentables peut-être que ceux qui atteignent l’enfance. Livré seul aux caprices du sort, l’enfant subit l’effroyable contre-coup des évènements, sans défense et sans appui, sans protection aucune. Et la substitution d’une vie anormale aux conditions courantes l’affecte d’autant plus qu’il est plus jeune et partant plus fragile.

Entre l’allaitement au sein et l’élevage au biberon, il est reconnu que la préférence doit aller au premier mode d’alimentation. Les médecins sont unanimes à recommander aux mères de nourrir leurs enfants pendant la première année au moins. La mortalité infantile sévit surtout parmi les nouveau-nés élevés au lait artificiel : les statistiques le prouvent. Faut-il en chercher la cause dans des précautions d’asepsie d’une exécution souvent difficile ? Peu importe : le fait est là, brutal : le lait maternel ,représente pour le nourrisson une promesse de vie que n’égale aucune autre.

Le travail des mères dans les usines a provoqué une diminution considérable du nombre des allaitements naturels en faveur du régime artificiel. Il est à peu près impossible à une mère ouvrière de donner le sein. On l’astreint à des heures de présence régulière. La loi n’impose au patron que l’ « abri décent », local où les femmes peuvent retrouver pour les tétées leur enfant amené du dehors toutes les trois heures. Quelle personne le législateur entend-il charger du soin de ce transport ? L’ouvrière va-t-elle rogner son modeste salaire pour payer une mercenaire ? Elle se résigne plutôt à cesser de nourrir : l’enfant est confié aux bons soins d’une voisine, ou mis en crèche. Tous les bénéfices de l’allaitement maternel disparaissent.

La chambre d’allaitement dans l’usine a été créée pour écarter ce danger. La travailleuse s’occupera elle-même de son poupon : l’usine le lui permettra, l’encouragera ; elle lui facilitera la tâche en mettant à sa disposition un local approprié. Elle ira parfois jusqu’à la favoriser d’une prime.

Quelques années avant la guerre, certains industriels ; principalement dans le Nord, des filateurs de Roubaix-Tourcoing et de Lille, avaient compris l’importance de cette question, capitale dans l’ ?uvre de la protection de l’enfance.La chambre d’allaitement dans les usines

La guerre, avec la succion énorme de personnel féminin qu’ont provoquée les usines multipliées, a ramené l’attention sur l’impérieuse nécessité de rapprocher le bébé de sa mère. Les pouvoirs publics se sont émus (Proposition de loi Engerrand, adoptée par la Chambre.) : une campagne officielle de propagande est aujourd’hui menée auprès de tous les gros fabricants employant la main-d’ ?uvre féminine pour les inviter à installer une chambre d’allaitement dans leurs ateliers.

Que faut-il au demeurant pour la réaliser ? Une dépense de premier établissement qui peut s’abaisser jusqu’à 17fr. par berceau, comme dans l’installation Motte, ou 22 fr., comme dans l’i nstallation Wibaux-Florin, toutes les deux à Roubaix ; des frais d’entretien chiffrant de 0fr,20 à 0fr,50 par jour et par enfant ( [1]).

L’installation ? Un petit local bien aéré, de 10 m. sur 10 : deux cloisons en planches isolant une chambre dans un corps de bâtiment, un atelier d’emballage ou un magasin. On peint en blanc : la poussière doit être visible ; à la chaux, au ripolin si l’on veut faire grandement.

Quelques berceaux, une armoire à linge contenant le trousseau, dix couches par jour et par enfant ; un grand coffre en tôle hermétique où l’on enferme les langes salis, que le blanchisseur prendra chaque matin ; des chaises, une balance, un peu d’eau : voilà plus qu’il n’en faut pour que la mère se trouve à l’aise avec son bébé. Toutes les trois heures elle vient, retrouve l’enfant comme elle l’avait laissé, le change, le nourrit, le caresse un peu : et c’est un joli spectacle que celui des femmes, en vêtements de travail, allaitant leurs poupons roses et souriants, pour retourner ensuite au labeur un instant interrompu. La perte minime de temps consentie par l’industriel se récupèrera en beaux et vigoureux enfants qui rendront au centuple sous forme de main-d’ ?uvre le prêt à longue échéance qui leur aura été consenti.

Dans l’intervalle des tétées, les bébés sont surveillés par une ouvrière âgée : cette femme assure généralement en même temps un autre travail : réparation de sacs, plissage de cartonnage ; pour peu que le chef y prenne peine, il lui trouve toujours une occupation compatible avec la garderie.

Pour obéir aux conseils de l’hygiène, et éviter que la réunion des petits puisse devenir un foyer Infectieux nuisible à tous, on ajoute près de l’entrée un ou deux boxes d’isolement ; la surveillante y fait déposer, en attendant la visite, les poupons malades que son ?il exercé reconnaît bien vite.

Des installations de cette sorte fonctionnent déjà dans plusieurs ateliers, à la commune satisfaction de l’employeur et des employées (Voir Le Bulletin des usines de Guerre : « Les chambres d’allaitement dans les usines de guerre », installations de Levallois-Perret.) ; on ne peut que souhaiter qu’elles se répandent et se développent dans toutes les usines de France où travaillent des femmes, pour le plus grand bien des petits Français, dont la meilleure nourriture est et sera toujours le lait de leur mère.

A. K.


[1Ligue contre la mortalité infantile, La chambre d’allaitement, p. 8.

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