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Les Somalis au jardin d’acclimatation de Paris

Prince Roland Bonaparte, La Nature N°903 — 20 Septembre 1890

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 7 août 2012

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Depuis quelques semaines les Parisiens peuvent voir au Jardin d’Acclimatation une exhibition ethnographique des plus curieuses : c’est une caravane composée de vingt-six Somalis, hommes, femmes et enfants. Grâce à l’amabilité bien connue de M. Geoffroy Saint-Hilaire, nous avons pu examiner de près et en détails ces échantillons d’une race humaine qu’on n’a pas souvent l’occasion devoir à Paris. La description, que nous en donnons ici, est rédigée d’après le plan invariable que nous nous sommes fixé pour nos descriptions ethnographiques.

Le pays. - Tous les Somalis du Jardin d’Acclimatation proviennent de cette partie de la côte africaine qui se trouve exactement au-dessus d’Aden, ils appartiennent aux tribus Habr-Auel, Habr-Junis, Habr-Gerhadjis, Habr-Toldjaleh, Dolbohanta, etc. Mais les Somalis, en général, occupent un territoire beaucoup plus vaste, car ils sont répandus sur toute la surface de cette pointe nord-est du continent africain, qui touche, d’un côté au golfe d’Aden, et de l’autre à l’océan Indien.

Au nord, ils vont jusqu’à l’Abyssinie ; au sud, ils s’étendent jusqu’au territoire du sultan de Zanzibar ; vers l’ouest, le pays étant mal connu, les limites sont indécises. De plus, les Somalis sont continuellement en guerre avec les Gallas, leurs voisins de ce côté.

La région habitée par nos Somalis peut se diviser en trois parties : 1° le littoral, où on trouve quelques gros villages auxquels on donne le nom de villes ; 2° une longue chaîne de montagnes calcaires qui longent cette première zone ; 3° le plateau intérieur, couronné de hautes montagnes, où vivent les nomades. On peut dire, en général,. que le pays est peu arrosé.

Actuellement, les pays Somalis sont sous le protectorat de l’Angleterre, qui a quelques postes dans les bourgades principales de la côte.

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L’homme. - Les habitants de la région Somal se donnent à eux-mêmes le nom de Somalis, que quelques auteurs, pour des raisons philologiques assez discutables, veulent écrire Çomalis. Les Somalis racontent qu’ils sont originaires d’Arabie. On trouve chez eux deux types bien distincts, qui avaient déjà été observés par les anciens Égyptiens. Le premier se rapprocherait de celui des populations dites Kouschites, tandis que l’autre, sans être véritablement nègre, appartient à un type plus ou moins négroïde. C’est cette double origine des populations Somalis qui explique les variations de couleur de la peau, que l’on observe sur les individus du Jardin d’Acclimatation. La couleur de la peau varie, en effet, depuis le ton chocolat clair jusqu’à un ton noir assez foncé.

Le second de ces types est caractérisé par un front lisse, arrondi et oblique, des narines massives et dilatées, des lèvres épaisses, un menton fuyant. Ces quelques caractères tendent à rapprocher ce type des nègres, mais il s’en éloigne cependant par l’ensemble de la physionomie. Quant au premier type, il a, au contraire, le front haut et droit, une mâchoire supérieure très peu prognathe, le nez un peu busqué et fin. Les pommettes sont peu visibles, les lèvres sont d’épaisseur moyenne. Le profil de ce type a beaucoup de ressemblance avec celui des Bedjahs de la Nubie.

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Les femmes sont souvent atteintes de stéatopygie.

Alimentation. - La nourriture des gens de la côte se compose principalement de riz, de dattes, de moutama. Les nomades vivent généralement de laitage et de bétail. Pour les grands voyages, ils emportent des calebasses, renfermant des morceaux de mouton grillé, noyés dans du beurre fondu. Ils mangent les gazelles, mais jamais les oiseaux. Au Jardin d’Acclimatation, ils veulent tuer eux-mêmes les moutons devant servir à leur nourriture. Ils sont, en général, très gloutons. Ils boivent du lait et de l’eau, jamais de liqueurs spiritueuses. Les nomades se procurent du feu, en frottant deux morceaux de bois l’un contre l’autre. Les ustensiles de cuisine sont assez grossiers, ce sont des vases en terre noire sans ornements, les cuillères et les plats sont en bois.

Habitations. - Les demeures somalis consistent en des « gourguis », faits de nattes et de peaux ; elles sont transportables. Sur la côte, il existe des cabanes plus spacieuses ; elles sont carrées et renferment plusieurs pièces. L’ameublement de ces cabanes consiste en un tabouret en bois ou en un lit formé de montants supportant un châssis en cordes.

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Habillement. - Le costume des deux sexes est assez peu compliqué, on se drape dans une pièce d’étoffe. Les femmes l’agrafent sur l’épaule gauche, laissant parfois un sein à découvert. Elles se forment une espèce de jupe en se ceignant d’une ceinture.

La chaussure consiste en une espèce de sandale. Les nomades ont le même costume ; seulement il est en peau. Au cou ils portent un petit sachet de cuir renfermant une prière du Coran. Comme ornements, les femmes portent des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets aux coudes et aux poignets. Leurs cheveux sont enfermés dans une coiffe. Les enfants ont la tête en partie rasée, à l’exception de deux bandes de cheveux qui se coupent à angle droit sur le sommet de la tête. Le Somalis s’occupe beaucoup de sa chevelure. Plus elle est longue et rougeâtre, plus le propriétaire en est fier. La couleur rouge s’obtient à l’aide de l’eau de chaux.

Les armes sont : le petit bouclier rond fait en peau d’antilope, la massue et les deux lances qu’ils projettent au loin avec une grande vigueur.

Les nomades ont de plus un arc avec lequel ils lancent des flèches empoisonnées et une fronde. Sur la côte ils ont quelques fusils.

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Agriculture. - Les cultures n’existent pas, cela tient, dit M. Révoil, aussi bien à la paresse incarnée des indigènes, qu’à la nature du sol qui manque de terre végétale.

Caractères moraux. - L’hospitalité entre indigènes se donne, surtout sur la côte, assez généreusement.

Le vol et le brigandage, exercés avec audace, ont quelque chose de méritoire pour le Somalis.

En signe d’amitié, ils se serrent la main. Le serment s’emploie souvent, mais ils n’y attachent pas grande importance, si ce n’est lorsqu’il s’agit de « vendetta » : celui-là, on le tient.

Les Somalis ne possèdent pas d’instruments de musique : en dansant, ils s’accompagnent de la voix et des mains.

L’islamisme est la seule religion des Somalis. Ils sont fort peu superstitieux. Il y a cependant de nombreuses légendes qui ont cours chez eux ; il est question des serpents qui, parfois, dit-on, poursuivent les voleurs jusqu’à ce qu’ils aient abandonné les objets volés.

Institutions sociales. - Les jeunes Somalis ne peuvent se marier avant l’âge de 15 ans ; les riches seuls ont plusieurs femmes, mais ils ne peuvent en avoir qu’une sous le même toit. Les cérémonies des mariages sont très simples. Le divorce se pratique assez souvent, la femme redevient alors complètement libre de ses actes.

Les femmes ne portent pas de voile comme les Arabes. Les morts sont enterrés suivant le rite musulman : le corps est cousu dans un linceul de peau ou de toile, on le porte à la mosquée, où l’on dit les prières d’usage ; il est ensuite conduit en terre.

Au point de vue social, les Somalis se divisent en trois classes : la première est celle des riches propriétaires, la seconde celle des Bédouins, et enfin la dernière celle des midgans. Les esclaves sont peu nombreux.

Telle est, à grands traits, la description de ce peuple Somalis qui habite un pays si affreux et si désolé, que M. Révoil le caractérise en disant que le « seul champ que l’on y cultive, est le champ des morts [1] ».

Prince Roland Bonaparte

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[1Nous accompagnons cette notice des reproductions de deux photographies que M. Maurice Bucquet a bien voulu exécuter spécialement pour La Nature (fig. 1 et 2) et de quatre autres (fig. 3, 4, 5 et 6) que M. le prince Roland Bonaparte a faites pour sa belle collection anthropologique, et qu’il nous a autorisé à reproduire. - Nous ajouterons que les Somalis ont apporté avec eux au Jardin d’Acclimatation, des Méharis ou chameaux coureurs, et de petits chevaux de course de leur pays, qu’il est très intéressant de voir manœuvrer. G. T.

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