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Les Achantis au jardin d’acclimatation de Paris

La Nature n°746 — 17 septembre 1887

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 15 février 2012

Pendant le cours de leurs guerres africaines, les Anglais ont rencontré les plus vives résistances de la part d’un peuple énergique de l’Afrique occidentale, les Achantis. Ce sont les représentants de ces curieuses populations que l’on peut voir actuellement au Jardin d’Acclimatation de Paris, où se sont succédé depuis quelques années les Nubiens. les Esquimaux, les Galibis, les Kalmoucks, les Fuégiens, les Gauchos, les Lapons, les Araucaniens, les Peaux-Rouges et les Cinghalais [1].

Les Achantis sont grands, bien taillés et vigoureux. Leur corps, couleur de bronze, est sans cesse assoupli par des ablutions et des frictions huileuses. Leur costume est des plus simples : une large ceinture en peau de bêtes avec un peu d’étoffe aux vives couleurs, est attachée à leur taille. De nombreux colliers et bracelets ornent leur cou, leurs bras et leurs jambes ; les coquillages, les griffes on les dents d’animaux forment les éléments de fabrication de cette joaillerie bizarre. La chevelure de l’Achanti est noire et crépue ; sa coiffure ne manque pas de grâce. Le guerrier a unue couronne de peau sur la tête, avec deux grandes cornes fixées sur le côté du front. Les autres Achantis ont sur la tête une touffe de plumes assujettie au moyen d’une monture de coquillages.

Les femmes sont moins bien faites que les hommes, et leur costume est tout aussi primitif. Elles aiment les bijoux à la passion. Dans son pays, la femme sans être tenue en servage comme dans un grand nombre de régions de l’Afrique barbare, elle reçoit souvent de son mari le soin de diriger les affaires du ménage. Elle peut être vendue cependant.

Les grands personnages du pays des Achantis ont plusieurs femmes et le roi en compte 3333, chiffre fatidique qui ne varie jamais. Les Achantis sont très sanguinaires, et les sacrifices humains rentrent dans les pratiques habituelles de leurs croyances. Quand un Grand du royaume meurt, on enterre avec lui un certain nombre de ses esclaves, et souvent aussi quelques-uns de ses parents et amis, C’est alors une fuite générale dans les champs et les forêts, mais les fugitifs sont presque toujours pris ; ils sont décapités et leur corps accompagne le défunt à la tombe.

Le gouvernement du peuple Achanti est absolument tyrannique. Le roi, qui habite la capitale, Coumassie [2], dispose d’un pouvoir qui n’a d’autre règle que celle qu’il tire de sa volonté ou de ses caprices. Il est maître de la vie et des biens de ses sujets. Non seulement il confisque à sa guise les biens des grands, mais il peut même leur enjoindre l’ordre de se suicider. Il envoie, à celui qu’il veut faire disparaitre, du poison ou un glaive, et si le courtisan refuse d’obéir, il est noyé en compagnie d’un chien.

Coumassie, où se trouve la résidence royale, est une ville importante qui ne compte pas moins de 100000 habitants ; on se rappelle qu’en 1873, la défense organisée contre l’armée anglaise y fut tout à fait héroïque. On rencontre çà et là dans la cité des pyramides de crânes humains régulièrement disposées.

Les Achantis habitent les contrées voisines de la côte d’Or, dans la Guinée. Leur pays abonde en gisements aurifères et en pépites souvent volumineuses. Ils soumettent l’or à la fusion, et transforment le métal fondu en grenaille en le jetant dans l’eau. La grenaille leur sert de monnaie.

Le royaume des Achantis est décrit, par les voyageurs qui l’ont parcouru, comme un des plus beaux que l’on puisse citer par ses richesses et la magnificence de la nature [3]. La canne à sucre et les dattiers, l’oranger et l’ananas y prospèrent ; le cocotier, le bananier s’y trouvent en grande abondance. Le millet, le maïs, le manioc, l’igname, le riz, le coton, le caféier, le palmier, l’arbre à beurre, l’arbre à lait, etc., prodiguent aux habitants les produits alimentaires ou utiles.

Fruits, plantes, animaux, abondent dans le royaume des Achantis ; les forêts y sont nombreuses, et les éléphants y pullulent. A côté de l’or se trouve l’ivoire qui est l’objet d’un commerce important. Là, l’éléphant africain est sans Cesse traqué au milieu des forêts vierges, où se rencontrent abondamment les lions, les panthères et les chacals, et un jour viendra où l’homme aura détruit sa race, qui ira rejoindre, dans l’histoire du globe, le mastodonte et le mammouth.


[1La caravane du Jardin d’Acclimatation comprend vingt Achantis, douze hommes, huit femmes et jeunes filles.

[2Kumasi, actuellement dans le territoire du Ghana

[3Voy. Ramseyer. Captivité chez les Achantis. 1 vol. In-8°, Zurich. — Élisée Reclus. Géographie universelle, tome XII. — Gros. Captivité de Jean Bounat chez les Achantis. etc.

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