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Le moteur Drott et l’huile de palme

I. LAzennec. Sciences et Voyages N°204 — 26 juillet 1923

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 24 septembre 2010

L’AFRIQUE ne dispose pas, actuellement, de ressources importantes comme combustible utilisable à la production de la force, et c’est là un sérieux obstacle au développement industriel des colonies.

La Société belge de l’ « Omnium africain », actuellement la Compagnie générale du Congo, vient de faire procéder à des essais d’utilisation d’huile de palme avec un moteur semi-Diesel à deux temps, le moteur Drott.

L’utilisation de l’huile de palme, pour rem­placer le pétrole servant à alimenter les moteurs à explosion des tracteurs, figure depuis quelque temps à l’ordre du jour. C’est en effet pour la force motrice, appliquée à l’agriculture et aux transports, que l’huile de palme trouverait un débouché rémunérateur, là où le charbon et le pétrole font défaut. Actuellement, c’est le bois vert coupé dans la forêt et le pétrole importé, qui servent à alimenter les machines à vapeur et les moteurs. Mais, d’une part, cette coupe de bois entraîne une main-d’œuvre coûteuse et d’autre part, l’importation d’huiles miné­rales grève également cette matière première.

Les colonies de l’Ouest africain produisent abondamment de l’huile de palme, provenant des fruits d’un arbre connu sous le nom d’Elaeïs Guineensis, dont les fruits ont la dimension d’une grosse prune. La pulpe de ce fruit, qui représente environ 50% de son poids total, est extrêmement oléagineuse et fournit, par l’extraction faite par les indi­gènes, une huile, comestible et combustible, nommée huile de palme. Elle est consommée sur place en grande quantité, .mais une autre quantité très considérable sert à la fabrication des savons et des bougies.

L’huile de palme se présente sous une forme pâteuse, rougeâtre ; elle possède une valeur calorifique considérable, d’environ 10 000 à 11 000 calories et, de ce fait, elle peut être assimilée au pétrole. Théoriquement, donc, aucun obstacle ne se posait à l’emploi de ce combustible dans les moteurs. Malheureuse­ment, si les moteurs aux huiles minérales ont passé par la phase expérimentale, il n’en est pas de même pour les, moteurs spéciaux destinés à utiliser des huiles végétales comme l’huile de palme. Si on connaît parfaitement, aujourd’hui, les huiles minérales au point de vue de leur manière de se comporter dans les moteurs, on n’est pas documenté sur les huiles végétales. Il était à craindre, particulièrement ici, que les parties les plus volatiles de cette huile alimentant le moteur, les parties les plus lourdes, formant des produits visqueux, ne viennent encrasser tôt ou tard les organes de ce moteur.

La Société angle-belge de construction navale, après une série d’essais, emploie actuellement des moteurs à huile de palme, du type semi-Diesel, de 10, 25 et 50 HP.

Les avantages de ces moteurs peuvent se résumer ainsi : employés aux colonies, on a la possibilité incontestable de pouvoir s’appro­visionner sur place à des conditions certaine­ment plus avantageuses que les approvision­nements de pétrole nécessités quand ces moteurs marchent avec ce produit. Cet approvisionnement sur place entraîne avec lui d’autres avan­tages : facilité de transport, facilité d’emploi résultant du combustible trouvé sur place.

L’huile de palme, que l’on a utilisée pour les essais, a été choisie à dessein dans un lot d’huiles de qualité très ordinaire, contenant beaucoup d’impuretés, riche en acides gras. Il est à remarquer ici que ces acides gras brûlent très bien et ne corrodent pas les cylindres.

Les essais entrepris avec le moteur Drott utilisant l’huile de palme ont donné des résultats très satisfaisants. On peut en conclure qu’à puissance égale, ces moteurs, quand ils fonc­tionnent à l’huile de palme, consomment 20 % de combustible de plus que quand ils fonctionnent au pétrole. Mais si l’on songe­ que ce combustible revient à 180 francs les 100 kilogrammes à la côte occidentale d’Afrique et que l’huile de palme n’est guère payée que 75 francs les 100 kilogrammes aux indigènes, on voit déjà quelle économie résulterait de l’emploi de l’huile de palme dans les moteurs. L’utilisation de cette huile végétale à la pro­duction de force motrice peut rendre des ser­vices fort considérables aux territoires colo­niaux d’Afrique ; non seulement, elle trouve son emploi aux moteurs des bateaux fluviaux, mais elle peut aussi servir à créer des stations électriques ou des industries traitant sur place les matières premières de la colonie. L’existence d’un tel combustible à pouvoir calorifique voisin de celui du pétrole, et qu’on peut obtenir en abondance à prix relativement bas, apportera donc un élément de prospérité à nos colonies
d’Afrique occidentale.

I. LAZENNEC.