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Les alliages dans l’antiquité

Alfred Ditte, La Revue Scientifique 12 décembre 1903

Mis en ligne par Denis Blaizot le jeudi 27 novembre 2014

Les civilisations les plus anciennes ont connu l’usage des métaux ; on en reconnaît l’image dans les tombeaux de l’Égypte antique, dans les chambres des Trésors des temples, dans les offrandes faites aux Dieux. Les inscriptions qui figurent sur les monuments les classent dans un ordre déterminé selon qu’ils étaient regardés comme plus ou moins précieux, mais les anciens, incapables de distinguer les métaux purs qui, à première vue, ne présentent aucun caractère spécifique, d’avec les alliages qu’ils considéraient comme des métaux d’une nature particulière, les désignaient par le même nom. C’est ainsi que nul dans l’antiquité n’a connu le cuivre comme un élément qu’il fallait isoler avant de l’associer à d’autres, et tout alliage rouge ou jaunâtre , altérable au feu, s’appelait indistinctement cuivre, bronze, ou airain, dont on distinguait seulement des variétés d’après le lieu de provenance. De même tout alliage blanc, fusible, altérable au feu se nommait plomb à l’origine, et, seulement plus tard, on distingua le plomb noir, qui était du plomb véritable, quelque fois de l’antimoine, et le plomb blanc qui comprenait, avec l’étain, certains alliages d’argent et de plomb.

Les inscriptions hiéroglyphiques font mention de deux groupes d’alliages qu’elles désignent toujours par les mêmes mots ; chomt : le cuivre et ses alliages, airain, bronze ; asèm : des alliages d’or et d’argent. Occupons-nous du bronze tout d’abord.

Bronze. — Les Égyptiens comprenaient sous une même dénomination, chomt, le cuivre pur et ses alliages obtenus plus facilement que lui par le traitement métallurgique des minerais ; toutes ces matières sont représentées de la même façon sur les monuments : ce sont, comme dans le trésor de Ramsès III à Médinet-Abou, de grosses plaques appuyées les unes contre les autres, des briques parallélépipédiques fondues, des fragments bruts n’ayant pas subi la fusion et, dans les peintures, ces substances sont caractérisées par la couleur rouge ; pourtant on rencontre quelquefois, à Dendérvah par exemple, l’expression de cuivre noir qui paraît désigner le cuivre pur, par opposition à la couleur plus claire que présentent le bronze et ses autres alliages ; on distingue aussi d’une façon spéciale le bronze d’Asie, variété à laquelle on attachait un grand prix : c’est ainsi qu’à Thèbes, sous Taharka, il est parlé des portes de Sycomore recouvertes de bronze d’Asie et que la même expression de « portes de bois ornementées de bronze d’Asie » se retrouve à Edfou ; mais rien ne nous dit ce qu’avait de particulier le bronze d’Asie ni ce qu’il était.

S’il est incontestable que l’emploi du cuivre pur a précédé celui du bronze, il n’en est pas moins certain qu’en Chaldée, aussi bien qu’en Égypte et dans leur voisinage, on parait avoir très vite appris à durcir le cuivre en le mélangeant avec une certaine quantité d’étain. Comment a-t-on été conduit à constater que l’addition de ce métal au cuivre, dans une proportion assez faible, en fait l’alliage précieux que nous appelons bronze ? On l’ignore. Nous ne savons pas davantage où les premières expériences ont été faites, mais dans le mobilier funéraire que nous révèle la plus : ancienne civilisation de la Mésopotamie, on trouve déjà plus de bronze que de cuivre pur. La présence d’arsenic et d’étain dans quelques-uns des outils les plus anciens, leur absence dans d’autres indiquent que les populations qui vivaient à ces époques reculées savaient déjà modifier à volonté les propriétés de leurs métaux par l’introduction de certaines substances étrangères, et c’est peut-être de la Chine que les Égyptiens reçurent leurs premiers enseignements ; les mines du Sinaï ne fournirent jamais une quantité de cuivre répondant aux besoins de leur consommation et c’est de l’Asie qu’ils tiraient à l’origine la majeure partie de ce métal dont ils faisaient usage. Nous ne savons pas du reste d’où leur venait l’étain, dont on n’a pas trouvé de gisement dans les contrées d’où sortent le Tigre et l’Euphrate, mais celui que renferment les alliages de la IIIe dynastie, prouve d’une manière certaine, par sa présence même, que les premiers Égyptiens entretenaient avec l’Asie des relations suivies et, en ce qui concerne l’invention du bronze, c’est en Asie centrale, vers la Chine méridionale, qu’il convient d’en chercher le foyer. Il n’était pas possible aux Égyptiens des premiers âges de recevoir l’étain d’Espagne, d’Angleterre, de l’Europe centrale non plus que des régions de Malacca ou du Cap de Bonne Espérance ; au Le siècle avant notre ère, les métaux n’étaient pas connus encore dans ces divers pays, alors que l’Égypte et la Chaldée qui, dans’ leurs débuts, paraissent avoir été liées par une communauté d’origine et qui étaient alors les seuls détenteurs de la civilisation, les connaissaient déjà, vraisemblablement par des relations avec des régions qui leur avaient apporté les métaux en même temps que leur civilisation. La Chaldée et l’Elam sont encore peu connus au point de vue archéologique et la Perse, l’Afghanistan, le Pamir, l’Asie centrale ainsi que la Chine cachent encore bien des mystères.

Si l’Égypte et la Chaldée possédaient le bronze bien avant que Sidon et Tyr aient pris quelque importance, les relations étroites que les Phéniciens eurent de bonne heure avec ces peuples firent que, dès le premier éveil de sa civilisation, la Phénicie fil un grand usage de cet alliage. Ce n’est pas elle qui ouvrit à l’étain les premières routes par lesquelles il arriva dans les vallées de l’Euphrate et du Nil, mais elle n’en a pas moins rendu un très grand service à la civilisation, en cherchant et en trouvant des gisements nouveaux de ce métal, puis en lui frayant des chemins plus rapides et plus sûrs, ceux de la mer. A partir du moment où les Phéniciens ont commencé à naviguer dans le bassin occidental de la Méditerranée, c’est ce peuple qui a fourni aux nations policées du monde entier l’étain qu’elles mirent en œuvre. De toutes les anses : où ils faisaient escale les vaisseau de Phénicie rapportèrent des lingots d’étain qui venaient s’entasser en hautes piles sur les quais de Kition, de Tyr, de Sidon, de Carthage d’où le commerce les répartissait ensuite chez tous les peuples plus ou moins civilisés ; le bronze était sans cesse nécessaire à ceux-ci, pour renouveler la décoration de leurs édifices, pour les remplir de vases et de meubles et surtout pour façonner leurs armes et se mettre en mesure de résister à l’ennemi.

Le bronze a été vraisemblablement fabriqué tout d’abord en introduisant de l’étain dans du cuivre et cela avec une parcimonie d’autant plus grande qu’on se procurait le métal blanc plus difficilement et à plus haut prix. On faisait usage aussi de vieux bronze que l’on refondait ; c’est ainsi qu’opéraient les fondeurs indigènes sardes comme on a pu le constater lors de la trouvaille de Forraxi-Noi dans laquelle on a recueilli beaucoup d’objets usés ou même brisés en morceaux qui paraissent avoir été rassemblés là et préparés pour une fusion nouvelle. Les Phéniciens rapportaient en outre du minerai d’étain sous la forme d’une pierre très pesante qu’on a recueillie à Téti en tout petits fragments dont l’aspect permet de reconnaître aisément qu’elle a été soumise à une torréfaction (ce n’est autre chose que de la cassitérite calcinée). Les ouvriers fondeurs de la Sardaigne ne savaient pas dégager l’étain de son minerai, mais ils avaient appris par la pratique, qu’en mêlant dans un creuset, une certaine quantité de cette pierre avec du cuivre plus ou moins pur, il en sortait du bronze après la fusion opérée. Nous prenons ici sur le fait les procédés d’une industrie qui paraît avoir été très active mais qui, exercée par des ouvriers malhabiles, incapables de séparer et de doser les différents métaux constituants de l’alliage, en était réduite aux tâtonnements et à l’à peu près.

La préparation du bronze se faisait souvent avec du cuivre fort impur. Dans le dépôt de Téti on a trouvé des pains de cuivre rosette, pesant 2 kilos environ et contenant cuivre, 78,4 ; fer, 9,6 ; plomb, 1,8 ; soufre, 2,5 ; silice, 6 %. Les bronzes de l’antiquité ont d’ailleurs des compositions très variables ; un anneau découvert à Dahschour , dans le mastaba d’un prêtre de la pyramide de Snéfou, le premier roi de la IVe dynastie (XIe siècle environ), contient : cuivre, 76,7 ; étain, 8,2 ; un autre fragment datant de la VIe dynastie renferme : cuivre, 86,2 ; étain, 5,7 ; des objets d’usages divers datant de la XIIe dynastie sont constitués par des alliages contenant de 68 à 85 de cuivre pour 16 à 5 % d’étain. Ces bronzes, destinés à des emplois très différents, ont, selon toute apparence, été intentionnellement préparés avec des proportions variables d’étain, tandis que d’autres objets de la XIXe à la XXVe dynastie, analysés par M. Berthelot, renferment de 77 à 81 de cuivre pour 15 à 10 d’étain ; et, ici, ces bronzes, quoique destinés à des usages identiques, paraissent devoir leurs compositions variables plutôt à l’inexpérience des fondeurs.

Le travail du bronze se faisait souvent par coulage et moulage, et l’art de mouler en bronze remonte très haut. Les mines de cuivre du Sinaï, les plus anciennes dont l’histoire fasse mention et qui ont été exploitées depuis les temps de la IIIe dynastie (5000 ans avant notre ère), comprenaient de petites usines avec des fours rudimentaires dont M. de Morgan a retrouvé les traces à Wadi-Magarah et au pied des montagnes de Serabit el Khadem ; il y a rencontré des débris de moules employés pour couler des lames de bronze et, autant qu’on en peut juger par les fragments qu’il a rapportés, les parois des fours semblent avoir été construites à l’aide de blocs des grès qui constituent les principales roches de ces localités, et les creusets avec un sable quartzeux cimenté par de l’argile. Quant au combustible, c’était, ou bien du charbon de bois dont on trouve d’abondants morceaux sur l’emplacement des usines antiques, ou bien du bois dont on rencontre des fragments à divers degrés de carbonisation et qui vraisemblablement était apporté d’une certaine distance, le Sinaï n’étant pas boisé. Les Égyptiens fondaient le bronze par certaines quantités et les tableaux du tombeau de Ti, à Saqqarah, nous montrent des ouvriers attisant la flamme ou soufflant dans de longs tuyaux pour la projeter sur le bloc de métal qu’il s’agit de ramollir et de fondre. Cette sorte de chalumeau élémentaire est encore employé chez certaines tribus à demi sauvages.

Plus tard, le roi de Tyr avait établi des fourneaux dans la vallée du Jourdain en un point voisin de Jérusalem, là où il avait trouvé l’argile dont il avait besoin pour ses briques et le sable qui lui était nécessaire pour dresser ses moules. Ce fiat de ces ateliers que sortirent quelques pièces, qui, par leur grandeur, la richesse de leur décor ou la complication de leur mécanisme, paraissent avoir singulièrement surpris et charmé les Israélites, jusque-là restés étrangers aux choses de l’art.

Le bronze semble bien avoir été la matière première de tous les outils, instruments et armes de tous les Égyptiens antiques, au moins jusqu’à ce qu’ils aient été en possession du fer, dont la préparation était bien plus difficile et dont l’emploi fut pendant longtemps d’une extrême rareté. Quoi qu’ils aient dû se servir tout d’abord du cuivre pur qu’ils pouvaient tirer du Sinaï, ou d’autres mines à leur portée, il suffit de citer la virole du sceptre de Pépi Ier (VIe dynastie), qui est au Musée Britannique, pour être convaincu que, dès la Ve ou la VIe dynastie, ils connaissaient le secret du précieux alliage, et Chabas fait remarquer qu’on trouve mention d’objets de bronze dans un texte qu’on peut rapporter à des temps antérieurs à la construction des grandes pyramides. Il n’a jamais été établi cependant que les Égyptiens d’alors surent lui donner une trempe, grâce à laquelle sa dureté se rapprochât de celle de l’acier. En tout cas, à force de tremper le bronze et de l’aiguiser à neuf, on a pu, dans quellques ouvrages en pierre dure du nouvel Empire, découper au ciseau le contour des hiéroglyphes, mais, de la Ve dynastie aux Ramessides les outils n’ont pas changé ; c’est toujours la même tige de bronze aiguisée et le même marteau en forme de poire à l’aide duquel on tape à petits coups sur le ciseau. Le secret perdu a été recherché par la science moderne, mais en vain, quoique cependant le bronze Uchatius, grâce à l’introduction d’une certaine quantité de phosphore, ait une dureté bien supérieure à celle du bronze ordinaire.

Le bronze était employé à des usages de toute espèce. Les instruments métalliques les plus anciens que l’on connaisse sont de petits outils de bronze trouvés dans les tombeaux archaïques d’Abydos, El-Amrah, etc., ils sont fort rares, proviennent de sépultures renfermant, en même temps qu’eux, des silex taillés, et ils semblent y avoir été déposés à titre d’objets fort précieux. Ce sont de petits couteaux courbes, des poinçons dont une extrémité est pointue, tandis que l’autre est garnie d’une tête formée, comme celle de nos épingles, par l’enroulement de la tige, des ciseaux, des hameçons, des pinces, etc., href, des outils fort petits dénotant de la part de ceux qui en faisaient usage une grande économie de la matière. Au moyen Empire, les instruments de bronze deviennent plus nombreux que sous les premières dynasties ; on en trouve dans un grand nombre de localités, Hurarah, Dahschour, etc. ; les musées renferment des miroirs, serrures, clefs, cuillers, clous, seaux, vases sacrés munis de cuillers à longs manches, compas, etc., objets de toute nature dans lesquels la composition du bronze est assez variable. Pendant le nouvel Empire, l’usage du bronze est courant pour la. fabrication d’ustensiles de tous genres ; le travail des vases, des objets votifs, des bijoux qui les accompagnent datas les sépultures, montre à quel haut degré de civilisation les Égyptiens étaient parvenus.

Il en est de même en Chaldée et il n’y a pas lieu d’en être surpris, les civilisations chaldéenne et égyptienne étant à peu près au même niveau, si bien qu’on peut regarder les monuments égyptiens comme représentant, à quelques détails près, l’outillage industriel des Chaldéens contemporains. Là aussi, l’emploi du cuivre a précédé celui du bronze, le fait ressort d’analyses faites sur des objets datant de 40 siècles avant notre ère, et l’usage de ce dernier est un peu postérieur ; on peut même ajouter que les procédés de fabrication et de moulage ont été les mêmes que pour les bronzes préhistoriques de l’Europe et de la Sibérie. Les Chaldéens faisaient servir le bronze à toutes sortes d’usages domestiques, comme le montrent des coupes, bracelets, attaches de patères, manches de miroirs, fourchettes, cuillers, longues épingles à cheveux, etc., retrouvés à Ninive ainsi que les objets recueillis par M. Layard et qui forment à Nimroud (Kalach), dans une chambre du palais d’Assournazirpal, la collection la plus riche et la plus variée d’ustensiles de bronze : casques, cuirasses, timons de char, clochettes destinées à être suspendues au cou des chevaux, etc. ; les clochettes sont même constituées par un bronze à 15 % d’étain environ, alors que le métal des autres objets n’en. renferme que 10 %, l’augmentation de l’étain dans le bronze des clochettes avait pour but de fournir un alliage plus sonore et d’un timbre plus clair.

Longtemps avant l’histoire, aux époques reculées où les Égyptiens se servaient encore des armes de bois ou de pierre, dont on a retrouvé les restes, le cuivre était un métal rare et précieux. Quand ils remplacèrent ces armes primitives par d’autres en métal, celles-ci gardèrent la forme des anciennes auxquelles elles succédaient et furent fabriquées d’abord avec du cuivre, puis, un peu plus tard, avec du bronze dont l’usage se répandit peu à peu, à mesure que l’étain était apporté de contrées lointaines. Dans les tombes égyptiennes qui font transition de la pierre au métal, on a découvert quelques armes assez importantes, telle qu’une tête de lance trouvée dans la nécropole de Saghel-el-Baglieh ; elles deviennent plus nombreuses au moyen Empire que sous l’ancien, et leur travail devient très perfectionné, comme le montrent, par exemple, un poignard de bronze à pommeau d’ivoire, provenant de la pyramide du roi Ousertesen III (XIIe dynastie) et celui que renfermait la tombe de la princesse Ita. Le Musée de Gizeth renferme un grand nombre d’armes, recueillies dans des localités d’ailleurs inconnues ; le type de hache qui semble le plus ancien est un lingot allongé de bronze, qui a peut-être été moulé sur une hache de pierre polie. La forme la plus fréquente au temps de la XIIe dynastie présente une lame élargie à son tranchant, évidée sur les côtés, dans la partie médiane, et munie de deux forts ailerons destinés à l’emmanchement. Aux époques archaïques, les têtes de lance sont composées d’une simple lame de bronze entrant dans l’extrémité de la hampe, tout comme s’emmanchait un silex taillé, mais dès le moyen Empire on voit apparaître la douille et, dès lors, les lances prennent des formes analogues à celle de l’âge du bronze européen. Il en est de même des pointes de flèches qui sont, du reste, postérieures à la XIIe dynastie, elles affectent les mêmes formes représentées dans l’antiquité préhistorique ou historique des autres pays : les unes son t en feuille de saule ou en losange, d’autres sont triangulaires et dépourvues de douille ; les plus abondantes cependant étaient destinées à recevoir l’extrémité du bois et non à le pénétrer.

Les ouvriers de ces époques lointaines ne reculaient pas devant la fabrication de pièces massives en bronze, telles que les trépieds sur lesquels se posaient les réchauds employés dans les sacrifices, ou de pièces de grandes dimensions, comme la lance gigantesque découverte à Telloh (Lagash) par M. de Sarzec, et les mers d’airain qu’on dressait devant les sanctuaires et qui étaient destinées à recevoir soit les libations, soit les liquides servant à la purification des fidèles. Le roi Our-Nina, de Lagash, avait ainsi établi une grande et une petite mer et le mot abzou ou zouab qu’il emploie pour les désigner est le même que celui qui sert à nommer l’Océan céleste au sein duquel le monde repose. Il s’agissait donc de vases de dimensions considérables, et du reste Sayce a fait ressortir le rapprochement que l’on doit faire entre ces abzou, fréquents dans les temples de la Chaldée antique, et la mer d’airain du temple de Salomon ; or on sait ce qu’était cette dernière : elle accompagnait, avec une dizaine de bassins moindres, l’autel- des holocaustes, vaste massif de pierre, de 20 coudées de côté sur 10 de haut, revêtu de plaques de bronze ; dans les bassins, les familiers du Dieu lavaient les pièces des victimes ainsi que les chaudrons, couteaux, cuillers, pinces, pelles, et tous les ustensiles du sacrifice. La mer d’airain était un de ces vastes réservoirs qui avaient leur place marquée dans le péribole de tout temple sémitique ; elle avait été coulée en bronze et ses dimensions étaient 5 coudées (2,625 m) de hauteur et 10 coudées (5,25 m) d’un bord à l’autre ; le bord, semblable à celui d’une coupe, se repliait à l’intérieur et était chargé d’ornements coulés dans le bronze ; la vasque, soutenue par 12 figures de bœufs en bronze creux, plus grands que nature, contenait au moins 400 hectolitres ; des robinets disposés vers le bas de la cuve permettaient d’y prendre l’eau ; dont on employait de si grandes quantités pour les cérémonies du culte.

Dans des édifices très soignés, le bronze a remplacé parfois la brique ou la pierre ; le Musée Britannique possède un énorme seuil de bronze trouvé par M. Rassam dans les ruines d’un temple de Borrsippa. il a 1,52 m de long, 0,52 m de large et une épaisseur de 9 centimètres ; la surface supérieure est décorée de rosaces et une inscription de Nabuchodonosor gravée sur la tranche montre que cette lourde dalle d’airain en fonte pleine n’est que la moitié de l’ancien seuil. Il a fallu des ouvriers habiles pour manier et mettre en place une masse semblable, et surtout pour la couler, opération qui, même aujourd’hui, ne laisserait pas de présenter quelque difficulté. On sait, d’autre part, qu’on pénétrait dans le temple de Salomon par un portique situé entre deux colonnes creuses de bronze ciselé mesurant 18 coudées (9,45 m) de hauteur, 12 de circonférence et 4 doigts ou 1/6 de coudée (0,086m) d’épaisseur ; elles étaient surmontées d’un chapiteau d’airain de 5 coudées de haut entouré d’un treillage et de grenades également d’airain. Les fondeurs dans les ateliers desquels on a coulé des pièces de ce volume n’ont pas eu plus de peine à en fournir d’autres moindres, comme des chambranles, ou les cornets de bronze qui chaussaient le pied de la pièce tournante du vantail des portes du temple de Borsippa à laquelle des clous de bronze les fixaient.

Le bronze avait d’ailleurs d’autres emplois dans les constructions que celui de ces pièces considérables. La Chaldée, qui ne possédait pas de pierre et qui était singulièrement pauvre en bois de construction, avait au contraire toute facilité pour se procurer du métal ; les versants méridionaux du Zagros, à trois ou quatre journées de Ninive, lui en fournissaient en abondance. Dans le Kurdistan on a exploité, même depuis une époque très reculée, des mines qui livraient les métaux en quantités et là où les travaux sont abandonnés, les gisements et la trace des anciennes galeries se laissent aisément reconnaître ; comme le métal se découpe en fils flexibles et en longues bandes minces que l’on peut aisément clouer sur le bois et sur la brique, l’architecte qui, en Chaldée, était condamné,par la force des choses, à ne faire usage dans les constructions que d’argile, crue ou cuite, ou de mauvais bois ; qui, en Assyrie, s’y était volontaire ment astreint, rachetait ce désavantage par l’habile et savant usage qu’il faisait du métal ; il a masqué avec un somptueux revêtement métallique mat ou poli, travaillé au marteau, au ciseau ou au burin, l’insuffisance et la pauvreté des matériaux dont était compassé le corps même des édifices. Ainsi Hérodote, racontant comment était construite l’enceinte de Babylone, termine sa description en disant : « Il y avait dans cette muraille cent portes de bronze, les jambages et les linteaux étaient faits de la même matière ». Sans doute ces derniers ne pouvaient être qu’en bronze massif pouf ne pas être écrasés par le poids qu’ils avaient à supporter, mais il est bien vraisemblable que les vantaux qui, faits de métal massif, auraient été presque impossibles à mouvoir sur leurs gonds, étaient formés d’épaisses planches de bois recouvertes d’une solide feuille de bronze qui les dissimulait aux regards. On ne tarda pas à répandre sur ces larges surfaces de métal nu quelques ornements qui en diversifiaient l’aspect ; puis peu à peu les feuilles de bronze se couvrirent de nombreuses figures travaillées au repoussé du genre de celles que M. Hormuzd Rassam découvrit en 1878 à Balawat (Imgour-Bel) auprès de Mossoul. Ce sont des bandes de bronze de 0,26 m de haut divisées en deux registres par un étroit bandeau orné de rosaces qui serpente au-dessus et au-dessous ; elles sont décorées partout de bas reliefs et de personnages de 6 à 8 centimètres de haut dans lesquels le sculpteur a retracé en un travail au repoussé les campagnes et les. victoires de Salmanasar III (895 à 825 avant Jésus-Christ) ; elles étaient appliquées sur les vantaux d’une porte de bois de 6 à 8 mètres de haut et fixées avec des clous de bronze de 8 centimètres de longueur environ ; ces bandes métalliques courbées, arrondies au marteau par un de leurs bouts, enveloppaient le pivot cylindrique auquel était assujetti le vantail dont elles faisaient partie, et qui se mouvait dans des cornets de bronze retrouvés au même endroit (portes de Balawat).

C’est ainsi que, d’une façon ou d’une autre, le bronze tenait une grande place dans le système de clôture des Assyriens ; là où il ne formait pas tout ou partie des chambranles, là où il ne protégeait ni n’ornait les vantaux, il servait au moins à fixer les montants des portes tout en leur conservant la mobilité nécessaire. En dehors de la clôture, on l’employait aussi pour la décoration des édifices.

M. Place a recueilli, en effet, à Khorsabad (Dour-Saryoukin) dans les ruines du palais de Sargon, des fragments considérables d’une pièce de bois de cèdre, ronde, presque aussi grosse que le corps d’un homme ; elle était enveloppée d’une feuille de bronze très oxydée, présentant une série de saillies ovales, imbriquées, dont le métal était traversé par de nombreux clous également en bronze. Le sommet de cette espèce de mât, en forme de palmier, devait s’élever à 10 ou 11 mètres au-dessus du sol ; sur le pavé, à peu de distance du tronc brisé, se trouvait une feuille d’or présentant les mêmes oves que la feuille de bronze. Ses dimensions, sa forme, etc., tout autorise à la rattacher au palmier et elle devait être appliquée sur le bronze, comme pour en dorer la surface.

Les colonnes du sanctuaire de Sippara étaient, elle aussi, constituées vraisemblablement de la même manière ; la longue inscription cunéiforme qui recouvre la stèle n’étant qu’une énumération des dons faits au temple par le souverain régnant et par ses prédécesseurs, fait comprendre en effet la richesse de ce double revêtement de bronze et d’or.

Cet emploi du bronze se retrouve de même dans les palais de Persépolis : à côté des revêtements de terre émaillée, dès plaques de bronze ornées de dessins repoussés au marteau couvraient et protégeaient le bois ; l’or et l’argent venaient encore égayer la sévérité de ces plaques qui se laissaient aisément fixer à l’aide de clous, soit sur les madriers de la toiture, soit sur les ais de ces grandes portes qui fermaient l’entrée de l’enceinte royale, Ce sont aussi des feuilles de bronze qui recouvraient les huisseries d’une porte par laquelle, à Suse, on accédait à l’enceinte où se dressait le palais d’Artaxerxès Mnénon. Ici le revêtement était constitué par un blindage de plaques carrées d’un pied de côté,et dont le milieu est orné d’une double marguerite repoussée au marteau. Comme il fallait river ces lames de bronze et les relier aux ais, on les entoura d’une rangée de clous à tête ronde , et on fixa des clous semblables au sommet des pétales de la marguerite ainsi qu’au centre de l’ovaire. Il n’est pas jusqu’aux oreilles et aux cornes des têtes de taureaux qui surmontaient les colonnes qui ne dussent être en bronze, car les fragments exposés au Louvre laissent voir les mortaises dans lesquelles étaient insérées ces pièces de rapport : le bois était trop fragile pour les constituer et le bronze prenait rapidement cette belle patine verte qui recouvre les figurines trouvées en Chaldée.

On trouvait d’ailleurs dans le commerce le bronze tout préparé pour en faire des revêtements ; on en vendait couramment, au poids ou au mètre, des bandes ornées de dessins repoussés au ciseau pour en faire l’usage qui serait jugé convenable ; ces bandes appliquées ou clouées sur une armature de bois, elle-même recouverte de cuir, servaient pour l’ornement et même pour la défense, car on les utilisait à recouvrir des boucliers dans lesquels le cuir et le bois formaient la vraie défense, tandis que la lame mince de bronze constituait un ornement.

Ce bronze en feuilles minces semble avoir joué un grand rôle dans l’architecture légère qu’a fait connaître l’architecture simulée des décorations funéraires ; les colonnes feintes offrent des formes où l’on ne peut guère voir que des appliques de découpures ou circonvolutions de la feuille de bronze ; en admettant cette explication, il n’y a plus rien de surprenant dans l’étrangeté de ces motifs ni dans la gracilité extrême de certains d’entre eux. On sait que les chapiteaux des colonnes de la partie du temple de Louksor construite sous Aménotpou III étaient couvertes de feuilles de bronze auxquelles le marteau avait fait suivre les contours et les formes de la pierre et qui avaient ensuite été peintes ; de grands morceaux de ces feuilles ont été retrouvés, partie encore suspendues aux chapiteaux, partie parmi les décombres ; par là se trouve établi le fait que l’Égypte a revêtu de métal certaines parties des monuments construits en pierre.

Les revêtements de bronze se faisaient même sur un autre métal, et certains objets, qu’au premier abord on pourrait croire en bronze massif ; sont en réalité constitués par une âme de fer revêtue d’une couche mince de bronze. Le fer a été couramment employé assez tard en Égypte, quoique, d’après M. Maspero, il fût connu dès la IVe dynastie, puisqu’il en a trouvé dans la maçonnerie des pyramides ; mais on ne le rencontre ensuite qu’au Xe siècle avant notre ère dans un cercueil de la XXIIe dynastie, provenant de la nécropole de Gournah, et dont les différentes parties étaient reliées entre elle, par des chevilles de fer. Ces objets extrêmement rares en Égypte montrent que ce métal, difficile à obtenir, n’y était employé que d’une manière exceptionnelle. Il n’en était pas de même en Assyrie où des fragments d’anses, de cercles, d’ustensiles brisés provenant de Nimroud (Kalach) ou de Kouïoudjick, laissent voir le fer à la cassure. On tenait à l’enveloppe de bronze d’un ton plus agréable à l’œil et se prêtant mieux à la décoration, mais c’était sur le fer qu’on comptait pour donner à l’objet résistance et solidité ; l’adhérence entre le fer et le bronze est d’ailleurs si parfaite, qu’il est bien probable que ce dernier avait été coulé autour d’un noyau de fer. Le bronze était réservé pour les objets que devaient avoir un caractère de beauté et de luxe et, dans la collection découverte à Nimroud par M. Layard, il a rencontré des cuirasses et des casques de fer incrustés de bronze ornant leur surface.

L’airain qui servait à faire des incrustations, pouvait en supporter à son tour ; il a été trouvé à Thèbes, probablement à Médinet-Habou, un étui parallélépipédique creux, formée d’un bronze dur, compact, peu ductile contenant 49,3 de cuivre ; 4,5 d’étain ; 2,8 de plomb. Cet étui qui porte le nom de la reine Shapanepit, fille de Piankhi, et qui remonte au règne de Psammétik Ier , premier roi de la XXVIe dynastie, c’est-à-dire vers le milieu du VIIe siècle avant notre ère, est orné de filets et porte des inscriptions incrustées ; une partie des ornements est faite avec du fil d’argent couvert d’une pellicule d’or, une autre par un alliage d’or et d’argent, une troisième enfin par du platine provenant, vraisemblablement, d’un minerai exceptionnel et confondu par les Égyptiens avec de l’argent. Dans une statuette appartenant au musée d’Athènes, et représentant la dame Takoushit, le détail des étoffes et des bijoux est dessiné en creux à la surface du bronze et relevé par un fil d’argent incrusté qui simule une broderie ; Mariette mentionne des bronzes où des creux gardent la trace d’émaux ou de morceaux de pierre dure qui y avaient été enchâssés ; signalons aussi des coupes de bronze recueillies à Nimroud par M. Layard, et incrustées à leur intérieur d’or et d’argent formant des inscriptions ou des ornements ; des armes damasquinées, et deux cubes de bronze sur lesquels un fil d’or incrusté figure un scarabée aux ailes étendues.

Dans la fabrication des meubles (lits, tables, sièges, etc.), le bois formait la charpente et souvent le bronze servait de revêtement donnant lieu à diverses ciselures et incrustations. Dans la chambre de Nimroud, qui semble avoir été le garde meuble du palais dAssournazirpal, M. Layard a retrouvé le trône royal et, tout près de lui, le tabouret où le roi posait ses pieds ; les côtés du trône étaient ornés d’appliques de bronze clouées sur panneaux de bois, et à l’endroit où les traverses s’assemblaient avec les montants, des tubes de métal enveloppaient le bois et protégeaient la jointure. Ce ne sont pas seulement les fauteuils royaux qui se montrent ainsi ornés, les tabourets, qui en sont le complément nécessaire, le sont de même ; l’escabeau, comme le trône d’Assournazirpal est garni aux quatre angles de têtes de bélier et le pied offre un chapiteau à feuilles tombantes, pendant que des volutes décorent les traverses et retiennent les. montants. Aux tons du bronze se mêlaient d’ailleurs ceux de l’or ou de l’ivoire, et des pierres fines, ainsi que les pâtes de verre brillant et coloré, y sont enchâssées. La National Galery de Londres possède les éléments de plusieurs de ces ensembles, et Flandin a retrouvé, au milieu des décombres, des petites têtes de taureau en métal repoussé parfaitement ciselées, à l’intérieur desquelles restaient encore quelques morceaux de bois pourri. La Phénicie fournissait à l’Égypte beaucoup de meubles ainsi incrustés ou garnis de métal, et on a retrouvé à Chypre, dans une des chambres du Temple de Curium, des trépieds, des manches de miroirs, des candélabres, des pieds de meubles et des appliques de bronze ciselé. Ou fabriquait aussi avec ce métal des tablettes votives du genre de celles que M. Place a retrouvées dans une des pierres d’angle du palais de Sargon à Khorsabad ; là se trouvait enfermé un coffre de pierre contenant les tablettes votives destinées à rappeler la fondation de l’édifice en 706 avant notre ère ; l’une d’elles, fortement altérée, contient : cuivre, 85,2 ; étain, 10,0 ; oxygène, 4,9, composition qui est celle d’un bronze jaune d’or qui a servi à fabriquer un grand nombre d’objets antiques.

Le bronze a naturellement servi aussi à faire des statuettes, et les premiers bronzes égyptiens représentant la figure humaine remontent très haut. Deux statuettes de la collection Posno, sont d’un art certainement antérieur au moyen Empire, et l’une d’elles, la plus vieille image de l’homme exécutée en bronze que nous connaissions, rappelle fort exactement les sculptures en pierre faites sous la Ve ou la VIe dynasties. Le petit nombre de ces statuettes qui nous sont parvenues semblent d’ailleurs, prouver que l’emploi du métal, en cas pareil, était tout à fait exceptionnel, et qu’on employait beaucoup plus volontiers le bois et surtout la pierre, l’usage du bronze étant plutôt réservé par les Égyptiens des premiers âges à la confection d’armes ou d’outils ; ils ne le mirent en œuvre par grandes quantités que plus tard, lorsque cet alliage dur devint une matière assez commune ; on a trouvé, par exemple, en soulevant le dallage de la chambre de l’angle nord-ouest du temple de Ramsès III, à Médinet-Habou, près de mille statuettes de bronze représentant toutes Osiris, et ce fait témoigne de l’habitude qu’on avait, lorsqu’on commençait la construction d’un temple, d’en sanctifier l’aire en la parsemant d’images divines enfouies dans le sol.

Une des statues les plus anciennes qui soient arrivées jusqu’à nous est une figurine trouvée dans la nécropole de Méir et appartenant à la XIe dynastie : l’art de mouler en métal des représentations artistiques est donc fort ancien. Une autre statuette très intéressante, appartenant au Musée de Berlin, représente Ramsès il sous la figure d’Osiris ; elle est écrasée aujourd’hui, mais elle était moulée en creux et elle présente un des rares exemples d’un bronze coulé en creux à une époque aussi reculée que le XIVe siècle avant notre ère. Les tombeaux et les temples nous ont conservé un grand nombre de représentations en bronze de dieux, d’animaux sacrés et d’emblèmes, parmi lesquels la triade d’Abydos — Osiris, Isis, Horus — est très fréquente.

À la fin de l’époque thébaine, on avait depuis longtemps employé le bronze à des usages funéraires, et on en coulait des amulettes, des images des dieux et des particuliers, ainsi que des répondants. La plupart de ces figures mignonnes n’étaient que des objets de commerce journalier fabriqués à la centaine sur les mêmes modèles et jetés peut-être dans les mêmes moules depuis des siècles pour l’édification des dévots et des pèlerins ; aussi manquent-ils d’originalité et ne se distinguent-ils pas plus les uns des autres que les milliers de statuettes coloriées dont nos marchands d’objets de sainteté garnissent leurs étalages. Ce n’est que fort rarement qu’on rencontre une pièce offrant un caractère prononcé d’originalité.

En relations étroites avec cette Égypte et cette Chaldée qui, de si bonne heure, ont su allier l’étain au cuivre et fondre le bronze, la Phénicie a dû, dès l’origine de sa civilisation, faire un très grand usage de ce métal. Certains bronzes, qu’il y a tout lieu de croire phéniciens, remontent, d’une manière non douteuse, aux débuts mêmes de l’industrie métallurgique : telle est une pièce du musée du Louvre qui a été trouvée près de Tortose, et qui représente un guerrier dans l’attitude du combat ; le double jet de la fonte subsiste encore sous les pieds, présomption de haute antiquité, car plus tard, quand on saura manier la lime, les doubles jets seront détachés une fois la pièce refroidie et ne laisseront plus de trace ; d’autres bronzes, d’un travail déjà moins rude, appartiennent encore à la période ancienne et sont contemporains des derniers Achéménides et des Ptolémées.

Il n’est pas de substance que le monde antique ait employée en aussi grande quantité que le bronze à tous les usages de la guerre ou de la vie domestique, et les Phéniciens qui s’étaient mis en relations commerciales avec les sources de l’étain, en fabriquaient dans leurs ateliers d’énormes quantités ; ils en exportaient dans l’Égypte des Ramessides, dont l’industrie était très développée à cette époque, et c’était tout profit pour un petit peuple de servir d’intermédiaire entre elle et les nations du dehors ; les gens de Tyr et de Sidon produisaient tant de ce précieux alliage, qu’Homère qualifie Ide riche en bronze, πολνχαλχος la ville de Sidon (Odyssée XV, 425). Outre la fabrication de coupes, vases, meubles, etc. dont, pendant des siècles, ils eurent presque le monopole, les Phéniciens s’adonnèrent avec beaucoup de goût et de succès là l’industrie de l’armurier ; ce peuple, très peu belliqueux, qui ne se battait que par nécessité, a été durant des siècles celui qui façonnait les armes les plus riches et les meilleures, et déjà du temps d’Homère, la réputation de ses ateliers était bien établie ; après l’armure d’Achille, ouvrage d’un dieu, la plus belle et la plus impénétrable aux traits que possède un héros sous les murs de Troie, est celle d’Agamemnon ; or c’était, dit le poète, un présent de Kinyras, et dans la tradition grecque, Kinyras était l’élément phénicien de la population cypriote. Bien des siècles plus tard, c’était un roi de Kition qui donnait en présent à Alexandre l’épée que le conquérant préférait à toute autre et qu’il portait sur le champ de bataille d’Arbèles. Les Phéniciens savaient d’ailleurs donner au bronze une trempe d’une qualité supérieure et leurs rasoirs de bronze, trouvés dans des tombes de Sardaigne, devaient avoir autant de réputation que leurs épées.

Au voisinage de la Phénicie, l’industrie syrocappadocienne des Hétéens faisait aussi un grand usage du bronze ; elle avait le cuivre à sa portée dans l’Asie Mineure même et dans les montagnes de l’Arménie ; l’étain lui vint de la Chaldée d’abord, de la Phénicie plus tard et le bronze fournit à ce peuple les armes qui lui servirent à conquérir l’Asie Mineure, puis à faire des images de ses divinités ; quand ils franchirent la chaîne des Olympes, les Khiti avaient sur les peuplades environnantes un avantage qui mettait de leur côté toutes les chances : ils possédaient les métaux et savaient les travailler. L’un des groupes qui constituaient la nation hétéenne avait-il apporté sur l’Oronte celte industrie des hautes vallées de l’Halys ou de l’Euphrate où la tradition antique plaçait un des berceaux de la métallurgie ? Le nouveau peuple apprit, il ces métiers à l’école des Chaldéens et des Égyptiens ? On ne sait, mais il est certain que, de très bonne heure, le bronze fut d’un usage courant chez les Hétéens, qui en faisaient une grande consommation ; il entrait dans la fabrication de ces chars de guerre qu’ils opposèrent devant Kadesh, à ceux des Égyptiens de Ramsès II et lors des furieux assauts que les frontières de l’Égypte eurent à subir sous Ménéphtah et Ramsès III, tandis que leurs gens de pied, armés de la lance et d’une courte dague, formaient une masse profonde aussi bien ordonnée que la phalange égyptienne. C’est grâce à ces armes qui assuraient un avantage marqué à ceux qui en avaient le monopole, que les Hétéens occidentaux se constituèrent très vite en un royaume indépendant.

Asèm ou Electrum. - À côté du bronze, mais en quantité bien plus limitée, les anciens faisaient usage de l’alliage d’or et d’argent désigné par le mot asèm dans les inscriptions égyptiennes, et que l’on connaît également sous les noms de ηλεχρ&omicrcon;ν ou Electrum.

L’or se trouve dans la nature associé à d’autres métaux dont les anciens ne savaient pas le séparer ; le plus pur avait une belle teinte jaune qu’on estimait par dessus tout, mais l’asèm, alliage d’or et d’argent, était encore recherché. Il était exploité dans les « pays à or », c’est-à-dire dans les montagnes de l’Éthiopie. On le trouve représenté sur les monuments en même temps que l’or et à côté de lui, soit en anneaux, soit dans des bourses. À cette époque lointaine où les procédés de séparation étaient à peine ébauchés, il fut tout d’abord regardé comme un métal particulier du même ordre que l’or et l’argent, mais distinct d’eux. Les propriétés de ce prétendu métal variaient notablement suivant les doses, d’or et d’argent qu’il renfermait, mais la chose ne paraissait pas plus surprenante que les variations de propriétés du métal appelé chomt, et qui, comme nous le savons, comprenait, avec le cuivre pur, les alliages de ce métal. L’asèm se produisait aisément dans le traitement des minerais qui renferment les deux métaux simples, leur fusion le procurait de premier jet ; et comme, d’autre part, on pouvait le reproduire en fondant ces deux métaux en proportions convenables, que suivant les traitements qu’on lui faisait subir il pouvait fournir de l’or ou de l’argent purs, c’est-à-dire être changé en apparence en ces deux matières, il se trouvait être à la fois un métal naturel et un métal factice ; il était la substance originelle d’où l’on pouvait tirer les deux autres et dans ce rapprochement se trouve l’une des idées qui ont conduit les alchimistes à tenter de fabriquer artificiellement l’or et l’argent.

L’asèm remplaçait donc l’or et l’argent et était employé à de nombreux usages ; toutefois cet emploi est presque exclusivement limité aux temps très anciens ; quand les procédés de séparation de l’argent avec l’or devinrent plus connus et d’une exécution plus facile, l’alliage fut de moins en moins usité et bien qu’on s’en soit servi longtemps encore après qu’on eut appris à en séparer les éléments, on n’en trouve presque plus de traces sous les Psammétik.

On l’employait cependant en quantités notables, comme en font foi les 1500 livres citées dans une inscription du tombeau de Thotmès Ill, et cela à des usages divers ; Ra couleur jaune laiton plus ou moins clair, tournant au blanc dès qu’il renfermait 40 % d’argent environ, le rendait plus brillant que l’or et c’est peut-être là une des raisons qui le faisaient employer à revêtir l’extrémité des obélisques. On lit, en effet, dans les annales de Thotmès III, que ce roi dédia à Ammon de Thèbes, par devant les pylônes du temple, deux obélisques de granit rose aux pyramidions recouverts d’asèm.

Le mélange de l’argent à l’or rendait ce dernier moins dense, plus léger et plus dur, de sorte qu’il se prêtait mieux que l’or à certains usages ; les battants des portes offerts par Ramsès II à Osiris, dans son temple d’Abydos, étaient en asèm, ou recouvert de ce métal, et sous Ramsès III, à Medinet-Habou, il est aussi question de battants de porte couverts de bronze et ornementés d’asèm. Les bijoux analysés par M. Berthelot (Annales (7) 4.546-575) et qui proviennent de la pyramide de Dahschour (XIIe dynastie), renferment de l’argent dans leur or, comme si les Égyptiens de cette époque lointaine n’avaient pas su préparer l’or tout à fait pur ; les perles du collier de la princesse Noub-Hobpou contiennent : or 83 ; argent 16,5 ; cuivre 0,5 ; les feuilles d’or qui recouvraient le cercueil du roi Hor-fou-ab-Ra renferment : or 85,9 ; argent 13,8 ; cuivre 0,3 ; une feuille métallique, trouvée par Mariette au Sérapéum de Memphis et qui a servi à faire un masque de momie actuellement au Louvre, attribué par ce savant à Kha-em-Ouas et qui date du XIVe siècle avant notre ère, contient environ 86,6 d’or contre 13,4 d’argent ; c’est là encore la composition d’une feuille de métal jaune d’origine assyrienne, provenant du palais de Sargon.

En 1876, on a trouvé à Palestrina, l’ancienne Préneste, dans une fosse très probablement funéraire, un trésor renfermant quantité d’objets d’or, d’argent, de plaqué d’or et d’électrum, et en Grèce, près de Sparte, on a recueilli une tête de taureau, appartenant à une figure de taureau couché, exécuté au repoussé : cet objet qui a été attribué à la Perse, mais qui peut être phénicien ou grec archaïque, est encore en électrum.

L’électrum, d’une valeur marchande inférieure à celle de l’or, mais plus grande que celle de l’argent et du bronze, a servi dans l’antiquité à faire des monnaies. Partout le commerce a commencé par des échanges directs de produits, mais dès que les transactions se multiplièrent, on sentit le besoin d’avoir à portée de la main un instrument d’échange qui pût, servir toujours et partout, à solder le prix de n’importe quel achat ; cet instrument ce furent les métaux nobles qui le fournirent : or, argent, électrum, et, dans une certaine mesure, le bronze ; ils étaient commodes à transporter et à manier, et avaient une valeur intrinsèque universellement acceptée. On les employa d’abord en poudre et en morceaux irréguliers, puis en barres, en anneaux, en plaques dont les tailles graduées répondaient aux différents degrés, même les plus faibles, de l’échelle pondérale ; chez les peuples policés de la vallée du Nil et de l’Asie antérieure, les inscriptions font sans cesse mention de ces lingots de poids exact et fixe, qui sont souvent représentés sur les monuments, mais on n’était jamais sûr qu’ils ne continssent pas plus d’alliage qu’il ne convenait, ni que quelques-uns ne fussent pas trop légers. L’innovation féconde qui transforma en monnaie ce numéraire encore si imparfait, enfin l’adoption d’une marque constante, apposée au nom du souverain sur les lingots, vint par sa présence, lever tous les doutes : l’état garantissait au public leur titre et leur poids. Celte innovation fut tardive ; elle ne remonte guère au delà de la première moitié du VIIe siècle, avant notre ère. Les premières monnaies d’or ont été fabriquées par les rois de Lydie, celles d’argent ont été frappées au type de la tortue dans l’île d’Égine, dont Phidon roi d’Argos, était le maître ; aucune des séries monétaires connues ne présente un aspect aussi ancien que celui des pièces d’argent d’Égine ou ’de certaines pièces d’electrum attribuées aux rois de Lydie, et recueillies aux environs de Sardes. L’électrum était pat’ excellence le métal lydien, or ce métal, que fournissaient les sables aurifères du Tmolos, n’avait pas un titre fixe ; celui que les monnayeurs lydiens ont mis en œuvre contenait environ 73 d’argent pour 27 d’or , et c’est certainement une présomption de haute antiquité que l’emploi d’un alliage dont le titre était forcément variable, puisque les pépites passées au creuset n’avaient pas toutes la même composition. Aussi semble-t-il que, dès le règne de Crésus, On ait pris l’habitude d’affiner l’or destiné à la frappe, quoique les espèces attribuées aux règnes de Gygès et d’Ardys soient toutes en électrum. Les Grecs de Cymée, de Milet, d’Ephèse, de Phocée, s’étaient bien vite emparés de l’invention nouvelle dont ils avaient senti tous les avantages et ils avaient frappé, d’abord l’électrum, puis ensuite l’or, comme les Lydiens. Crésus qui, du vivant d’Alyatte, avait gouverné la Mysie et résidé ainsi auprès de Phocée, où l’on avait déjà commencé à frapper des monnaies en or pur, avait pu se rendre compte des avantages et de la faveur que rencontrait une monnaie dont le titre était mieux défini que celui des pièces en électrum émises par ses prédécesseurs. Aussi, après son avènement, il cessa de monnayer l’électrum et mit en circulation de nouvelles espèces d’argent et d’or ; il régla le poids du statère d’argent, de façon telle que dix de ces pièces équivalussent à un des statères d’or que l’atelier de Sardes fournissait.

Autres alliages. - Le chomt et l’asèm ; le bronze et l’électrum, ont été, dans les civilisations anciennes, les alliages les premiers et les plus fréquemment usités ; mais en Égypte, comme en Babylonie, il existait un ensemble de connaissances pratiques fort anciennes, de procédés industriels très perfectionnés, relatifs à la fabrication des métaux et des alliages, connaissances d’ailleurs communes aux Phéniciens et aux populations syriennes intermédiaires entre l’Égypte et la Chaldée, et sur lesquelles nous ne possédons malheureusement que fort peu de renseignements. Les papyrus grecs de Leide, découverts à Thèbes dans une momie, sont actuellement les plus anciens manuscrits connus, traitant les questions de chimie ou d’alchimie Alchimie  ; ce sont les carnets d’un artisan faussaire et d’un magicien charlatan, qui ne remontent qu’a la fin du IIIe siècle de noire ère ; après avoir échappé aux destructions systématiques des Romains et à des accidents de tous genres pendant quinze siècles, ces papyrus, traduits et étudiés par M. Berthelot, en 1886, nous fournissent aujourd’hui un document sans pareil, pour apprécier tes procédés des anciens relatifs à la dorure, à l’argenture, à la fabrication des alliages, etc. Le papyrus X en particulier, le plus spécialement chimique, témoigne d’une science fort subtile et fort avancée des alliages et de la coloration des métaux, science qui avait pour but la fabrication et la falsification des matières d’or et d’argent. Les recettes qui s’y trouvent contenues, relatives à la manipulation des métaux, portent la trace d’une préoccupation constante, celle d’un orfèvre préparant des métaux et des alliages pour les objets de son commerce, et poursuivant un double but : il cherchait d’abord à donner à ses produits l’apparence de l’or ou de l’argent, soit par une teinture superficielle, soit par la fabrication de mélanges ne renfermant ni or ni argent, mais susceptibles de faire illusion à des gens inhabiles ou même, comme il le dit expressément, à des ouvriers exercés ; ensuite il visait à augmenter le poids de l’or et de l’argent par l’introduction de métaux étrangers sans en modifier l’aspect, opération qui n’est pas inconnue du reste à certains orfèvres de nos jours. Tantôt le fabricant se bornait à tromper le public sans se faire illusion sur ses procédés : c’est le cas de l’auteur des formules du papyrus X, tantôt il ajoutait à son art l’emploi de formules magiques, de prières, d’incantations, et il devenait alors la dupe de sa propre industrie.

Nous avons déjà dit qu’au point de vue de l’imitation de l’or et de l’argent, l’alliage le plus important était l’asém que l’on rencontre dans la nature : on pouvait le fabriquer artificiellement à l’aide de ses deux composants ; on pouvait aussi le falsifier, et le papyrus X offre à cet égard beaucoup d’intérêt, en raison des recettes multipliées d’asèm qu’il renferme et qui avaient pour objet de le fabriquer en associant d’autres métaux , cuivre, étain, plomb, zinc, arsenic qui en faisaient varier la couleur et les autres propriétés, Le papyrus X ne contient pas moins de 28 à 30 recettes relatives à I’asèm, parmi lesquelles un certain nombre de procédés pour le fabriquer de toutes pièces ; il y en a pour faire un asèm noir correspondant à ce que nous appelons l’argent oxydé, c’est un alliage noirci par des sulfures métalliques ; d’autres enseignent à fabriquer l’asèm avec des alliages d’argent et d’étain, de plomb et d’argent ; avec un alliage de cuivre et d’étain, sorte de bronze où l’étain dominait ; avec un alliage d’argent, d’étain et de cuivre ; avec un amalgame d’étain ou un amalgame d’étain et de cuivre ; avec un alliage de cuivre, d’étain et d’asèm naturel, avec un alliage de plomb, cuivre, étain et zinc, rappelant notre métal anglais ou l’alliage indien ; en somme le papyrus présente douze alliages distincts, désignés sous le nom d’asèm et renfermant or, argent, cuivre, plomb, étain, zinc et arsenic en différentes proportions ; leur caractéristique était de former transition entre l’or et l’argent dans la fabrication des objets d’orfèvrerie. Cette confusion était éminemment propre à favoriser la fraude, aussi a-t-elle été soigneusement entretenue par les opérateurs et les ouvriers habitués à composer les alliages simulant l’or et l’argent avec tant de perfection que parfois, ils s’y trompaient eux-mêmes, et qu’ils avaient fini par croire à la possibilité de fabriquer effectivement ces métaux, par des procédés artificiels ; de là les nombreuses recettes inscrites au papyrus de Leide, et dans. d’autres manuscrits, pour obtenir un bronze ayant exactement la couleur de l’or.

On raconte qu’on trouvait dans le Trésor des rois de Perse un alliage semblable à l’or, qu’aucun procédé d’analyse, sauf l’odeur, ne permettait de distinguer ; l’odeur propre de ces alliages, pareille à celle des métaux primitifs, paraît avoir frappé les opérateurs, et il leur semblait qu’il n’y eut qu’un pas à faire, une ou deux propriétés à modifier, pour obtenir la transmutation complète et la fabrication artificielle de l’or et de l’argent. Vint cependant un temps où l’électrum disparut de la liste des métaux et où son nom, par une transition singulière, tirée sans doute de l’analogie de coloration, passa même à un autre alliage couleur d’or, le laiton.

Indépendamment des alliages composés dans une intention de fraude, les anciens en ont connu quelques autres, préparés dans le but de modifier certaines propriétés des métaux ou de leur donner des qualités nouvelles ; c’est ainsi qu’on blanchissait le cuivre au moyen de l’arsenic comme on fabrique aujourd’hui le cuivre blanc et le tombac blanc. M. de Morgan a trouvé dans une sépulture extrêmement ancienne de Négadah, des objets de cuivre à peu près pur, mais renfermant des quantités généralement fort petites d’arsenic sans trace d’étain, de plomb ou de zinc. L’introduction de l’arsenic donnait une certaine dureté au cuivre et le rendait apte à fabriquer des outils ; une pointerolle trouvée au Sinaï, à Wadi-Magarah,dans les restes des habitations des mineurs et qui a été fondue dans un moule relativement grossier est constituée par du cuivre exempt d’étain, mais fortement arsénical, tandis qu’un fragment de burin découvert au même endroit est formé d’un bronze très pauvre en étain, mais exempt d’arsenic ; or les alchimistes égyptiens savaient que l’arsenic comme l’étain durcit la cuivre, et la présence dé ces corps dans certains outils, rapprochée de leur absence dans d’autres, indique qu’ils savaient déjà dans ces temps reculés modifier à volonté les propriétés de leurs métaux en y introduisant certaines substances étrangères (C. R. 123,372). Une hachette ou herminette, trouvée encore emmanchée par M. de Sarzec dans ses fouilles de Telloh au-dessous des constructions anciennes du roi Our-Nina, est formée par du cuivre dépourvu d’étain, de plomb et de zinc, mais contenant de petites quantités d’arsenic et de phosphore ; le cuivre semble y avoir été durci par le concours de ces deux éléments, mais comme on ne connaît pas le minerai employé à fabriquer les outils chaldéens, on ne peut pas affirmer, comme pour ceux faits avec le cuivre du Sinaï, que la présence de ces corps résulte de l’addition d’une substance étrangère au minerai de cuivre proprement dit.

Ce qui se faisait pour le cuivre, se pratiquait également .pour d’autres métaux ; les Égyptiens de la XIIe dynastie laissaient toujours un peu d’argent dans leur or, tandis que les bijoux trouvés à Dahschour, quand ils sont en argent, ne renferment pas d’or en quantité appréciable. En revanche ils contiennent toujours un peu de cuivre, ajouté à dessein et ayant pour objet de durcir l’argent, comme nous le faisons de nos jours ; un tube d’argent, trouvé parmi les bijoux de la princesse Nouh-Hotpou, contient 49,9 d’argent pour 2,18 de cuivre.

L’alliage du cuivre avec le zinc était également usité et l’on trouve le laiton dans une patère phénicienne du musée d’Athènes.

— On a rencontré quelquefois aussi des alliages ternaires ou multiples, peut-être accidentels.

L’analyse de quelques objets : bronze d’un palais à Ninive (A) ; pointe de lance de Chypre (B) ; lame d’un couteau égyptien (C) a donné :

Cuivre Étain Arsenic Plomb Fer Antimoine Or
A 88,0 0,18 0,60 3,30 4,10 3,90 "
B 97,2 traces 1,30 0,10 1,30 " 0,30
C 97,1 0,24 2,30 «  0,40  » traces

Les bronzes sardes, également, ont à peu près la composition des autres bronzes antiques, mais comme les ouvriers, maladroits, peu habiles, étaient incapables de séparer les différents métaux et de doser rigoureusement leurs alliages, leur inexpérience se trahit dans la composition de leurs produits ; les bronzes de leurs statuettes et de leurs armes contiennent du plomb, du fer, quelquefois du zinc, et le plomb même qu’ils employaient pour fixer les bronzes sur leurs socles est un plomb aigre qui n’a été ni coupellé ni raffiné.

Il ressort, on le voit, de cette élude, que le bronze et l’asème ou électrum, connus de très bonne heure, ont joué un rôle considérable dans l industrie des civilisations les plus anciennes, mais qu’ils sont à peu près les seuls parmi les alliages, les autres ont été surtout des accidents apportés par les impuretés des minerais, des mélanges essayés dans un but de fraude ou dans l’espérance d’arriver à la fabrication des métaux nobles ; l’intérêt qu’ils offrent ne saurait, à aucun point de vue, être comparé à celui qui appartient aux mélanges d’or et d’argent ou aux alliages de cuivre et d’étain.

Alfred Ditte, de l’institut.

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