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Appareil pour saisir les dépêches au passage des trains

La Science Illustrée 30 Octobre 1876

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 5 avril 2010

On a souvent signalé le progrès récemment réalisé aux États-Unis par le train-éclair de New-York à Chicago, qui prend les dépêches préparées sur son passage sans arrêter ni même ralentir son cours rapide.

Un plus grand progrès pourrait être actuellement réalisé en France par la belle et ingénieuse invention de M. Cacheleux, dont l’appareil est de beaucoup supérieur à celui des États-Unis, en ce que d’abord il permet aussi bien de déposer des correspondances que d’en prendre, et qu’ensuite il fonctionne automatiquement, sans nécessiter la surveillance et le travail d’un employé comme dans le système américain.

Dans cet ingénieux système, le train-poste saisit au passage le sac de dépêches préparé, suspendu à un poteau sur la voie. Le sac pris par le train ouvre lui-même la porte du wagon-poste, y entre et vient se placer de lui-même à côté de l’employé des postes, qui n’aura qu’à allonger le bras pour le prendre. Pendant ce temps-là le train continue son cours sans s’être ralenti. La même manœuvre substitue au sac de dépêches à prendre le sac de dépêches à déposer.

Les soins que l’inventeur a apportés à son système ont été appliqués à tous les détails qui peuvent rendre son fonctionnement pratique, simple et facile. L’appareil fixé au wagon, destiné à saisir au passage le sac du poteau, se trouve toujours en dedans du gabarit (voie libre), tandis que l’appareil du poteau qui tend le sac au train et le retire se trouve toujours en dehors ; l’inventeur a tenu compte, dans la disposition de son système, de l’écart de roulis possible pour le wagon, et même de l’ouverture fortuite ou . volontaire des portières. Le poteau auquel les dépêches sont suspendues peut au choix garder son bras horizontal, ou reprendre entièrement la position verticale aussitôt que le sac déposé par le train est. décroché — et même immédiatement si on le désire.

En un mot, ce système présente tous les avantages reconnus par une longue, laborieuse et coûteuse étude du problème, sans donner lieu à aucun inconvénient.

On peut se rendre compte de la manœuvre par nos deux figures. Sur la première, on voit le wagon arrivant, derrière l’appareil, au moment où il va déposer un sac de dépêches et en prendre un autre. L’anneau A du sac à laisser va s’imbriquer sur le crochet 0, où le crochet B le retiendra (voyez en même temps la fig. 2), et restera suspendu au poteau Z ; le contre-poids T peut aussi, si l’on veut, faire basculer la branche supérieure du poteau et la redresser. En même temps, le petit appareil H, fixé au wagon, saisit au passage l’anneau C du sac à prendre et le retient sur la petite branche D par le crochet E ; de plus, la position et le mouvement sont combinés de telle sorte que le sac vient non-seulement frapper à la porte du wagon pour se faire ouvrir, mais l’ouvre lui-même et vient automatiquement se placer à l’intérieur du wagon.

L’avantage d’un pareil système ne peut être. une question pour personne : il réalise tout d’un coup un immense progrès dans la rapidité des transports de dépêches.

Devant ce perfectionnement M. de Libon, directeur général des postes, si connu pour chercher à réaliser toutes les améliorations possibles, a prié une compagnie (la compagnie de Lyon) de faire, aux frais de l’inventeur qui s’y est offert, l’essai de cet ingénieux système. Mais après avoir depuis six mois donné de vagues promesses, les ingénieurs de cette compagnie ont répondu que, d’une part, on ne pouvait pas adopter le système sans l’avoir essayé, et que, d’autre part, l’essai était impossible.

Il n’y a rien d’étonnant dans ce refus. Règle générale, lorsqu’un esprit laborieux propose un progrès important à accomplir dans une branche quelconque des connaissances humaines, on dit d’abord : C’est impossible ; puis, lorsqu’à force de persévérance, lui (ou un autre) arrive à réaliser ce progrès, on dit : Ce n’était pas malin, tout le monde pouvait en faire autant.

C. F.