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La liqueur d’absinthe

La Nature N°860 — 23 novembre 1889

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 19 février 2010

Lors d’une des dernières séances de l’Académie de médecine, MM. Cadéac et Albin Meunier ont présenté une note qui tendrait à détruire l’idée accréditée jusqu’ici de la toxicité de l’absinthe. Mais on va voir plus loin qu’il ne faut pas se hâter de conclure.

D’après ces praticiens, dans la liqueur d’absinthe, il y a trois choses à considérer : l’alcool, !’essence d’absinthe et différentes autres essences ajoutées à cette dernière pour donner un goût plus agréable, le bouquet, et aussi pour mettre moins d’essence d’absinthe qui coûte trop cher. C’est ainsi qu’on joint à celle-ci des essences d’anis, de badiane, de fenouil, d’hysope, de coriandre, L’alcool employé est à 70° ; le plus souvent, il est dilué, par le client, avec de l’eau pour pouvoir boire la liqueur. Dès lors, il reste un liquide à 8 ou 10 % d’alcool, titre, se rapprochant de celui du vin ordinaire. Si la liqueur est prise avec modération et diluée, l’alcool ne pourrait donc exercer des effets fâcheux, s’il est de bonne nature ; et, cependant, combien d’accidents graves surviennent à la suite de l’absorption quotidienne de 2 ou 3 verres d’absinthe diluée. MM. Cadéac et Albin Meunier ont incriminé les différentes essences combinées à celle d’absinthe, et en particulier celle d’anis. Pour eux, ce qu’on est convenu de nommer l’absinthisme, est dû à l’action de l’essence d’anis, et ils proposent de le nommer l’anisisme.Les essences d’absinthe et d’anis ne seraient que des correctifs à cause de l’excitation vive, gaie et continue qu’elles produisent ; celle due aux autres essences n’ayant qu’une durée fort courte, D’après eux, il faut donner amnistie entière à l’essence d’absinthe ; et un homme pourrait en absorber à jeun pendant plusieurs jours de suite, sans danger, la quantité nécessaire à la fabrication d’un litre de liqueur. Ayant expérimenté toutes ces essences chez des animaux, ces deux auteurs ont trouvé à l’autopsie, après l’injection d’essences autres que celle d’absinthe, les lésions du foie, des reins, du bulbe, du cerveau, semblables à celle de l’alcoolisme ,(il est bien entendu qu’ils ne se sont pas servis de teintures alcooliques). Pour éviter tous les graves inconvénients de l’absinthisme, de l’anisisme, si vous voulez, MM. Cadéac et Meunier proposent de supprimer les essences d’anis, de badiane, de fenouil, ou,tout au moins de les diminuer et d’augmenter la quantité des essences pour eux bienfaisantes : absinthe et coriandre.

Le travail de MM. Cadéac et Meunier était fait pour attirer l’attention ; mais M. Laborde, rapporteur de ce travail, a présenté le résultat de nouvelles expériences qui paraissent concluantes et qui contrediraient absolument l’opinion des auteurs précédents. D’accord avec M. Magnan, M. Laborde a montré qu’une injection hypodermique de 1 gramme d’essence d’absinthe chez un cobaye, produit, au bout de quelques minutes, des accès convulsifs subintrants, ayant tous les caractères de l’état de mal épileptique, l’animal mourant 40 minutes après environ. Si, d’autre part, on injecte à un cobaye, dans les mêmes conditions, la même quantité d’essence d’anis, il ne présente qu’un peu de somnolence, d’abattement, mais aucun phénomène convulsif.

Nous ajouterons qu’il se trouve dans le commerce, à l’usage des distillateurs, différentes espèces d’essences d’absinthe. Les unes, d’un prix élevé, contiennent surtout de l’absinthe ; les autres sont essentiellement formées d’essence de fenouil et d’anis. Les premières, injectées à des animaux, donnent lieu à des accidents épileptiformes, ce qui ne survient pas avec les dernières. Contrairement aux conclusions de MM. Cadéac et Meunier, les absinthes à bon marché et falsifiées seraient moins redoutables que celles dont l’absinthe est le constituant fondamental.

Nous nous permettrons de conclure, d’après les documents qui précèdent, que la liqueur d’absinthe, comme ses succédanés, est une liqueur dangereuse dont on ne saurait trop s’abstenir.

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