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Le Ciel, par Amédée Guillemin

C.B., La Nature N°271 — 10 août 1878

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 7 novembre 2010

Déjà nous avons eu l’occasion de rendre compte dans la Nature d’un volume de M. Guillemin : les Comètes (5e année, 1875, 1er semestre, p. 65). Le Ciel est un autre ouvrage d’astronomie, devenu actuellement classique et parvenu à sa cinquième édition. Un semblable succès n’est point commun, mais l’auteur a tout fait pour le mériter. La science se transforme si vite que, depuis la première édition, grâce à l’analyse spectrale, notamment, elle a été entièrement renouvelée. Le livre a suivi la marche de l’astronomie, il présente son dernier bilan. L’auteur indique sincèrement ce que l’on ignore après avoir décrit ce que l’on sait. Il est incontestable que, voir terminer l’exposé d’une séduisante théorie par cette réflexion chagrine : « Il ne faut pas se fier aux apparences, si, ingénieuse et plausible qu’elle soit, l’hypothèse peut être sans fondement, » cela refroidit singulièrement l’enthousiasme et dépite les esprits superficiels ; mais M. Guillemin sait que la méthode scientifique ne permet point d’affirmer sans preuve, et que le seul moyen d’astreindre la pensée à la recherche est de dire ouvertement ce que l’on ne sait pas. Le merveilleux s’évanouit, le rêve s’efface au contact de cette sincérité rigide ; mais le raisonnement se fortifie, l’esprit cesse de se contenter de mots, et l’ouvrage devient véritablement un livre d’éducation. Ce volume, qui inspire le plus vif intérêt par l’attrait suprême de la réalité, a revêtu la forme luxueuse du kepseake, et il parle aux yeux autant qu’à l’intelligence. Pour tous les astres dont le diamètre a été mesuré, par exemple, d’artistiques figures donnent leur rapport de grosseur avec la Terre. Nous reproduisons les satellites de Jupiter comparés à notre globe et à la Lune ; on voit, qu’à l’exception du deuxième, ils sont tous plus gros que celle-ci, et que le troisième dépasse, même notablement, les dimensions d’une grande planète, Mercure.

Quelle différence avec ces singuliers satellites de Mars : Deimos, tournant en 50 heures 18 minutes à 5876 lieues de 4 kilomètres du centre de Mars (5031 lieues de la surface), et dont le diamètre n’est que de 9600 mètres, moins de deux lieues et demie ; c’est le plus petit corps céleste dont on ait calculé le diamètre ; Phobos, plus extraordinaire encore, un peu plus gros, 11 200 mètres de diamètre, et qui tourne autour de Mars, a 2338 lieues de son centre et 1513 lieues de sa surface en 7 heures 39 minutes 30 secondes, moins du tiers et plus du quart de la durée de la rotation de la planète. Si récente que soit la publication du volume, cette découverte n’a pu y prendre place, elle sera réservée pour la sixième édition, et prouve une fois de plus la prodigieuse rapidité avec laquelle le champ de la science est chaque jour agrandi. Si, pour l’édition nouvelle, les additions seront heureusement nombreuses, les corrections en revanche le seront très peu. Citons seulement, - pour faire œuvre de critique, - le chapitre sur Saturne dont les chiffres relatifs à la superficie, au volume, à la densité, à la durée de rotation, au nombre de jours saturniens compris dans l’année saturnienne, sont certainement erronés. La durée de 10 heures 14 minutes 24 secondes, trouvée tout récemment pour la rotation de la planète, par M. Asaph Hall, est presque identique à celle déterminée jadis par Herschell.

Espérons aussi qu’à la prochaine édition le mystérieux Vulcain, qui semble avoir été observé six fois, et que l’on a vainement attendu en 1877, aura été revu. Il ne faudra pas oublier que Le Verrier avait indiqué le passage de 1877 comme seulement possible, et que le premier passage, paraissant certain, n’aura lieu qu’en 1885, Le Verrier n’est plus là pour en calculer les phases, espérons que quelque astronome pieux fera le travail et rappellera en temps utile l’époque des recherches au monde savant. Il y a ainsi, en astronomie, des incertitudes bien curieuses dont Vulcain n’est pas le seul exemple : jadis on a cru voir un satellite à Vénus, dans ce siècle on l’a recherché en vain ; la découverte des satellites de Mars rappelle l’attention sur cette question qui mérite un examen définitif.

Sur tout sujet, l’auteur a tenu compte des dernières recherches, les lecteurs de ce journal ont eu la primeur des observations faites sur l’étoile nouvelle du Cygne, elles ont pu prendre place dans le volume, ainsi que les recherches récentes sur les étoiles doubles, à l’exception toutefois des remarquables travaux de notre collaborateur Camille Flammarion sur cette branche de l’astronomie stellaire. M. Guillemin réparera cette omission lors du prochain tirage de son beau livre, qui offre un échantillon de tous les nouveaux procédés de l’art graphique : planches noires gravées sur bois, planches en couleur, chromolithographies d’une scientifique précision, d’une artistique délicatesse de teintes, gravures sur cuivre, photogravures, photoglyptie, tous les moyens de reproduction ont été mis à contribution. L’éditeur et l’auteur, chacun dans sa sphère, se sont tenus au courant des derniers progrès de l’industrie aussi bien que de la science.

C. B.

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