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Dictionnaire de Physiologie, par CH. RICHET. Tome IV

Causerie bibliographique, laRevue Scientifique 30 nembre 1895

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 26 juin 2009

Dictionnaire de Physiologie, par CH. RICHET. Tome IV, - Un vol. gr. in-8° de 1050 pages ; Paris, Alcan, 1895.

Le premier volume du Dictionnaire de physiologie de M. Ch. Richet, vient de paraître, et, comme nous n’en avons ici pas encore parlé, il sera, pensons-nous, utile d’indiquer rapidement le sens de cet ouvrage. On nous excusera si, pour des raisons faciles à comprendre, nous ne formulerons ni critiques, ni éloges. Il nous suffira d’établir quel est le plan de l’ouvrage, et pour quelles raisons l’auteur a entrepris, avec le concours des principaux physiologistes contemporains de France et de l’étranger cette œuvre considérable.

D’abord il n’existait pas [encore de dictionnaires de physiologie, ou plutôt il y en avait un, et un seul, mais tellement bizarre qu’il n’a jamais été mentionné dans un ouvrage scientifique : c’est un livre qui fait partie de l’encyclopédie théologique, et qui est conçu comme un chapitre de théodicée (1861). Il est probable que la plupart des savants qui font de la physiologie en ignorent l’existence, et ils ont raison, car il s’agit presque uniquement, dans ce livre déjà ancien, de l’animisme, de l’immortalité de l’âme, et de l’âme pensante des bêtes. Donc il n’y avait pas de dictionnaire de physiologie.

Pourquoi cette lacune ? Car enfin la forme alphabétique, celle d’un dictionnaire, est extrêmement commode pour l’étude et pour la recherche. Actuellement, il y a bien près de deux ou trois cents laboratoires où se pratique la physiologie expérimentale, et, à chaque instant, on a besoin de trouver un fait, un chiffre, une date, un renseignement bibliographique, une donnée technique ou instrumentale. Rien en pareil cas ne peut remplacer un dictionnaire, et l’ouvrage de M. Ch. Richet satisfait à presque toutes ces exigences.

Nous signalerons surtout le point suivant, c’est que la physiologie, au lieu d’y être traitée dans son sens exclusif, a été comprise de la manière la plus large. Toutes les sciences qui touchent à la biologie par l’expérimentation y sont représentées ; la botanique et la psychologie, la physique et la médecine ; l’anatomie et la chimie. Mais, bien entendu, c’est toujours au point de vue physiologique quc les .questions ont été traitées. Ainsi M. Heim, dans l’article Algues, ne s’est occupé que de la physiologie des algues. M. Plateau, dans l’article Arachnides, n’a fait que la physiologie des arachnides, sans la morphologie et sans la classification ; mais, sur la physiologie des araignées, il a pu donner quantité de détails intéressant tous les physiologistes qui ne se trouvent pas dans les traités classiques. De même, une place .importante a été faite à la médecine, non pas à la médecine clinique évidemment, mais à l’élément physiologique qui se mêle de plus en plus à la science médicale pour la guider, et la conduire au progrès. Le temps est bien loin ’où les médecins étaient fiers de ne pas connaître la physiologie. Aujourd’hui ils en rougiraient, et leur préoccupation constante est d’être en accord avec les faits de la physiologie et de la pathologie expérimentales. Par exemple, pour l’asphyxie, l’ anesthésie et l’anémie, trois articles écrits par M. Ch. Richet, peut-on décider s’il s’agit là de physiologie ou de médecine ! N’est-ce pas plutôt à la limite des deux sciences ? Se peut-il qu’un médecin consente à ignorer toutes les expériences qui ont été faites à ce sujet par les physiologistes ? M. Charrin a écrit les articles : Atténuation et Antitoxine ; M. Trouessart, l’article Antisepsie ; M. Macé, l’article Bactéries. Ces questions .ont été assurément abordées par leur côté physiologique et expérimental ; mais ce sont maintenant des chapitres qui doivent prendre place dans les traités de médecine ou de chirurgie.

Une place assez grande a été faite à la toxicologie, ou pharmacodynamie, ou encore thérapeutique expérimentale, toutes sciences connexes, et qui ont pris depuis quelques années tant de développement, que la thérapeutique ne peut subsister sans elles ; de sorte qu’il y a maintenant, dans les Facultés de médecine, des laboratoires de thérapeutique, et ceux qui professent la thérapeutique, ont la légitime prétention d’être expérimentateurs, ou au moins de connaître la physiologie. On trouvera l’histoire physiologique :de ’ces diverses substances disposées dans l’ordre alphabétique, si propice il la recherche. Certains de ces articles sont de vraies monographies, très détaillées, comme par exemple Aniline et Arsenic, par M. Wertheimer.

La bibliographie, malgré l’énorme difficulté qu’elle présente, à cause de la multiplicité toujours croissante, des livres, notices, mémoires qui paraissent devenir chaque jour plus nombreux, a été faite avec soin, encore qu’il y ait certes des lacunes et des imperfections qui disparaîtront sans doute dans les volumes consécutifs. Nous signalerons à ce propos une innovation ; c’est la notice bibliographique des travaux de physiologie effectués par les principaux auteurs de ce siècle, vivants ou décédés. Ce sera, nous n’en doutons pas, une ressource précieuse ; car souvent on est fort embarrassé pour retrouver l’indication exacte d’une notice dont on connaît cependant l’auteur.

Il est inutile de dire que la physiologie proprement dite, malgré le développement donné aux sciences voisines, n’a pas été négligée. L’article Audition, par Gellé, constitue une belle monographie de près de 100 pages ; , et les articles Absorption, par Henrijean et Corin ; Aliments, par Lapique et Ch. Richet, Albuminoïdes et Amylacés, par Abelous, sont traités avec autant de détails que dans les traités les plus modernes de physiologie.

Primitivement, M. Ch. nichet avait pensé que ce dictionnaire de physiologie formerait cinq volumes ; mais il est probable que six volumes seront nécessaires. Si la publication continue avec la même régularité, c’est-à-dire un fascicule tous les quatre mois, l’ouvrage entier sera terminé en cinq ans. Tout nous fait croire qu’il en sera ainsi, car les premières difficultés, les plus redoutables, ont été surmontées, à savoir, d’intéresser à cette collaboration les principaux physiologistes de France, d’Italie, d’Angleterre et d’Allemagne, de manière il en : faire une œuvre en quelque sorte impersonnelle et internationale qui présente exactement l’état de la science, physiologique d’aujourd’hui.