| Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+

Accueil > Biographies de Scientifiques > Anthropologues, Anatomistes, Physiologistes et Médecins > Gerhard Armauer Hansen

Gerhard Armauer Hansen

Dr H.-P. Lie, la Revue Générale des Sciences Pures et Appliquées — 15 avril 1912

samedi 9 avril 2011, par gloubik

Le 12 février dernier, mourait le Dr Gerhard Armauer Hansen, célèbre par sa découverte du bacille de la lèpre. Il était né à Bergen le 29 juillet 1841, et, à part le temps passé à Christiania pour ses études, il ne quitta guère sa ville natale. En 1866, à l’âge de vingt-cinq ans, il prit son doctorat en médecine à l’Université de Christiania, et, après avoir fonctionné peu de temps comme médecin aux pêcheries des Lofoten, il fut nommé en 1868 médecin de l’hôpital des lépreux n° 1. et assistant du célèbre léprologue D.-C. Danielsen à l’hôpital de Lungegaards à Bergen. Dans cette ville, il pratiqua aussi quelque temps comme médecin ordinaire ; mais, en 1875, il fut nommé officiellement médecin pour la maladie de la lèpre et il conserva cette position jusqu’à sa mort, consacrant ainsi toutes ses forces à la lutte contre cette redoutable maladie.

Le premier travail scientifique de Armauer Hansen fut une thèse sur les glandes lymphatiques normales et pathologiques (1869). II s’y montre partisan enthousiaste des idées pathologiques, anatomiques et bactériologiques formulées par les travailleurs de récole de Virchow et de Pasteur. Darwin fit aussi une profonde impression sur le jeune savant, et laissa à partir de ce jour une empreinte marquée sur toute sa vie et ses pensées scientifiques. Vers 1870, il s’était tourné spécialement vers l’étude de la lèpre, et d’abord de son anatomie pathologique ; il décrivit alors son apparition dans les organes internes, comme le foie, etc., où il trouva partout de petites formes étranges, d’une couleur jaune brun, qu’il appela des corps bruns ; ils sont identiques à ceux des cellules de la lèpre (cellules de la lèpre de Virchow et globes de Neisser).

La lèpre était pour Hansen quelque chose d’étrange, et il commençait à comprendre qu’il se trouvait en face d’une affection spécifique, toujours produite par une certaine cause, alors que l’opinion courante dans les cercles scientifiques faisait de la lèpre une dyscrasie héréditaire, non spécifique.

Après un long séjour d’études à Bonn et à Vienne entre 1870-1871, Hansen démontra que les maladies spécifiques ne sont pas héréditaires au sens scientifique, Comme il pressentait aussi dans la lèpre une maladie spécifique, il devait exister une autre cause de propagation de cette affection : c’était la contagion. Il commença alors à étudier les premiers stades de la maladie, dans les provinces et dans les familles lépreuses. II reconnut que l’affection était plus liée à certaines localités qu’à certaines familles ; dans des lieux où la maladie était à peine connue, il ne pouvait être question d’hérédité, mais bien des circonstances expliquaient la contagion. Il fit voir aussi que, chez les descendants de lépreux émigrés dans les villes ou en Amérique, la maladie ne se montrait presque pas, comme on aurait dû s’y attendre si elle était héréditaire. L’explication de ce fait se trouve ici dans les meilleures conditions hygiéniques, qui l’empêchaient de s’étendre par la contagion. Enfin, il démontra que deux cas de lèpre observés à une des léproseries de Bergen ne pouvaient être causés que par Ia contagion. Son mémoire capital sur ce sujet : Les recherches concernant les causes de la lèpre parut en 1874, mais il est peu connu à l’étranger, n’ayant été publié qu’en norvégien. Ses résultats sont identiques à ceux qu’on trouve dans le livre de Drognat Landré : La contagion, seule cause de la lèpre (Paris, 1869).

Déjà avant cette publication, Armauer Hansen avait commencé la recherche de la bactérie spécifique de la lèpre ; et, en 1873, il réussit pour la première fois à voir ce bacille. À cause des méthodes incomplètes de coloration qu’on possédait alors, il était difficile de donner une démonstration concluante, mais il y arriva également après un travail opiniâtre. Sur les conseils de Robert Koch, il parvint à colorer le bacille en 1879, et celui-ci fut bientôt reconnu unanimement comme la cause de la lèpre, bien que l’on n’ait pas encore réussi à le cultiver et à développer la lèpre d’une manière expérimentale. Les idées d’Hansen se répandirent rapidement dans sa patrie, et sa position officielle à la tête de la lutte contre la lèpre lui permit d’élaborer : différentes propositions de loi sur cette question. En 1877, le Parlement vota une loi pour éviter que les lépreux pauvres fussent envoyés d’un lieu à l’autre pour être secourus, et organisant la désinfection des vêtements des lépreux, etc. En 1885, la loi actuelle pour l’isolement des lépreux dans des hospices spéciaux fut acceptée en Norvège, et, vers 1890, une loi analogue était promulguée en Islande. Aujourd’hui, les principes de la lui norvégienne sont reconnus et acceptés dans tous les pays qui ont commencé à combattre cette épouvantable maladie.

Armauer Hansen s’intéressait aussi beaucoup aux questions zoologiques ; il a été président de la Direction du Musée de Bergen, depuis la mort de M. Danielsen en 1894, et il a étudié une partie des riches matériaux du musée. D’autre part, son activité d’homme de science s’est toujours doublée de celle de vulgarisateur, et nombreux sont les articles qu’il a écrits dans la presse politique, dans l’Intention d’utiliser les résultats scientifiques au bien des masses populaires.

Armauer Hansen était honoré comme très peu de savants norvégiens ; il avait reçu de nombreuses distinctions honorifiques étrangères, et était membre de plusieurs sociétés médicales, en particulier correspondant de l’Académie de Médecine de Paris.

Pour son soixantième anniversaire, un Comité international avait lancé une souscription publique pour lui élever un buste dans le jardin du Musée de Bergen. Sa place était toujours une des premières dans les congrès et conférences internationaux. Il fut vice-président du premier Congrès international de la lèpre à Berlin en 1897, et président de la seconde Conférence internationale de la lèpre à Bergen en 1909. Après la mort de Virchow, il fut élu président d’honneur du Comité international de la lèpre.

Ses nombreux amis en tous pays apprendront avec tristesse la nouvelle de sa mort, et garderont longtemps le souvenir de ce grand homme dont le caractère était si noble, si franc et si loyal.

Dr H.-P. Lie.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.