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Gustave Le Bon (1841-1931)

Jacques Boyer, La Nature N°2873 - 15 janvier 1932

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 6 février 2016

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Né à Nogent-le-Rotrou le 7 mai 1841, le Dr Gustave Bon qui vient de s’éteindre, dans sa 92e année à Marnes-la-Coquette était un profond penseur et un savant. Globe-trotter, esprit curieux, sagace expérimentateur et travailleur acharné, il publia de nombreux ouvrages genres très divers et dans lesquels les idées originales trouvent semées à profusion.

Après avoir soutenu sa thèse de doctorat sur La mort apparente et les inhumations prématurées (1866) ; il fit la campagne de 1870-71 comme médecin-chef d’une division d’ambulances militaires, puis se fixa à Paris. Mais il ne tarda pas à déserter la clientèle pour les spéculations scientifiques. Abordant alors la sociologie, il composa deux gros volumes sur l’homme et les sociétés (1881) ; il y étudiait avec une remarquable hauteur de vues les origines de l’humanité. Il fit plusieurs voyages en Orient, et écrivit trois livres estimés sur la Civilisation des Arabes (1884), les Civilisations de l’Inde (1887) et les Premières civilisations (1888-89).

Au cours de ses randonnées, Le Bon observait toujours en philosophe aussi bien les monuments du passé que les événements du jour. Aussi, quand l’avisé voyageurs s’arrêta, il voulut faire profiter ses contemporains des connaissances variées qu’il avait acquises. Il leur enseigna comment on peut utiliser l’art de Daguerre pour prendre des Levers photographiques en cours de route, il leur exposa les principes de l’Équitation (1892). Mais surtout il déduisit des faits historiques ou de ses constatations personnelles, les Lois psychologiques de l’évolution des peuples (1894), la Psychologie des foules (1895), du Socialisme (1898) et de l’Éducation (1902). Ces livres constituent d’admirables synthèses qu’on relira longtemps encore avec fruit.

La partie la plus neuve de l’œuvre de Le Bon se rapporte à la physique. Dans une série de mémoires, résumés ultérieurement dans son Évolution de la matière (1905) dans son Évolution des forces (1907), il émit des idées entièrement nouvelles et qui, combattues au début, sont admises par tous les physiciens d’aujourd’hui. Bien avant Einstein, il avait cru pouvoir écrire, à la suite d’expériences multiples et dispendieuses, que « la matière est un colossal réservoir d’énergie, l’énergie intra-atomique qu’elle peut dépenser sans rien emprunter au dehors ». Renversant les théories classiques, il pense que « la force et la matière sont deux formes diverses d’une même chose. La matière représente une forme relativement stable de l’énergie intra-atomique. La chaleur, la lumière, l’électricité, etc., représentent des formes instables de la même énergie. » Véritable prophète scientifique, il découvrit avant d’autres chercheurs plus en renom que « la lumière, l’électricité et la plupart des forces connues résultant de la dématérialisation de la matière, il s’ensuit qu’un corps qui rayonne perd par le fait seul de ce rayonnement une partie de sa masse. » Mais, ajoute mélancoliquement Le Bon, dans un article de La Nature paru au lendemain du bruit fait en France par les découvertes d’Einstein : « Nul n’est prophète dans son pays. Les théories venues de loin ont un rayonnement que ne possèdent jamais celles issues de notre propre sol... Et lorsque à la suite d’expériences qui me coûtèrent de longues années de travail, j’énonçai que la matière devait être considérée comme une forme d’énergie nouvelle, la plus colossale de toutes celles de la nature, que j’appelai l’énergie intra-atomique, Je n’eus aucun adepte ».
Pendant le conflit mondial, le philosophe chercha à en scruter les causes dans ses Enseignements psychologiques de la guerre européenne, tandis que dans ses Incertitudes de l’heure présente (1924) il condensa sous forme d’aphorismes quelque peu amers, les origines profondes et multiples du désarroi de l’époque actuelle.

Toutefois si l’infatigable polygraphe se sentait désabusé au soir de sa longue vie, il conserva sa lucidité d’esprit jusqu’à ses derniers jours et il publia encore, en 1931, un Essai d’une psychologie de l’histoire, qui ne manque pas d’intérêt.

Il cherche, en particulier, à y prouver que, dans l’évolution des peuples, les causes affectives et mystiques dominent toujours les forces rationnelles, qui semblaient, a priori, devoir conditionner les progrès de la civilisation.

Jacques Boyer