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E.-T. Hamy (1842-1908)

J. Denicker, La Revue générale des sciences pures et appliquées — 15 Janvier 1908

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 8 mai 2011

Avec le Professeur Hamy, disparaît l’une des figures importantes du monde scientifique. Quarante années durant, il a travaillé avec acharnement à augmenter nos connaissances dans les domaines les plus variés : Anatomie, Anthropologie, Ethnographie, Géographie, Archéologie, Histoire des Sciences et des Arts ; et, dans tous ces domaines il a déployé un talent profond et mis à profit une érudition des plus riches.

Né à Boulogne-sur-Mer, le 22 juin 1842, Théodore-Jules-Ernest Hamy manifesta, encore collégien, un goût prononcé pour les études archéologiques et historiques ; mais, suivant la volonté de ses parents, il alla à Paris étudier la Médecine. L’époque à laquelle il commença ses études médicales, qu’il poursuivit avec succès jusqu’en 1868 où il prit le diplôme de docteur, était particulièrement favorable à l’éclosion des vocations anthropologiques. Sous la puissante impulsion donnée par P. Broca, la jeune Société d’Anthropologie était alors le centre où l’on discutait avec ardeur les questions les plus passionnantes se rapportant aux théories transformistes, à l’ancienneté et à l’origine de l’Homme, à la place de l’Homme parmi les êtres organisés, etc. Aussi, sous l’influence de Broca, qui l’attacha plus tard à son laboratoire d’Anthropologie à l’École des Hautes Études, Hamy inaugura la série de ses travaux scientifiques par une modeste Communication à la Société d’Anthropologie (1865) sur les silex taillés trouvés aux environs de sa ville natale. En relisant cette communication, on peut y trouver, comme en germe, les qualités maîtresses du génie scientifique de Hamy : précision dans les détails, scrupule de la vérité scientifique, préoccupation constante d’évoquer le témoignage de l’Histoire et de l’Ethnographie pour éclaircir les questions anthropologiques et préhistoriques. Bientôt, le domaine de ses recherches s’élargit. Il entreprend des travaux sur les particularités anatomiques qui rapprochent ou éloignent l’Homme des autres animaux : sa thèse sur la signification de l’inter-maxillaire de l’Homme (1868), ses communications à la Société d’Anthropologie sur l’épine nasale dans l’ordre des Primates, sur la longueur de l’avant-bras, relativement plus considérable chez le nègre que chez le blanc, et tant d’autres ont fourni des faits et des conclusions, dont plusieurs gardent encore toute leur valeur.

Ayant eu l’occasion de faire un voyage en Égypte, Hamy établit scientifiquement, dès 1869, l’existence de l’Homme paléolithique en Égypte, existence confirmée depuis par les fouilles de Flinders Petrie, de Morgan. de Schweinfurth et de tant d’autres savants. Un an après, il publie son Précis de Paléontologie humaine, modèle d’un résumé de l’état des connaissances à cette époque, ouvrage que, aujourd’hui encore, on consulte avec fruit.

Nommé en 1872 aide-naturaliste au Muséum, Hamy entreprend, avec son maître A. de Quatrefages, un travail colossal qui ne fut achevé que dix ans plus tard : le grand volume des Crania Ethnica, mine inépuisable de documents craniologiques sur les peuples du monde entier, depuis les temps quaternaires jusqu’à nos jours.

Toute une génération d’anthropologistes français et étrangers a vécu, s’appuyant sur les données puisées chez les savants auteurs des Crania Ethnica. Dans ce grand Ouvrage, comme dans les nombreuses Notes sur les crânes des populations préhistoriques ou encore existantes à la surface du Globe, Hamy se préoccupait moins de la valeur des caractères morphologiques au point de vue général, que de la recherche des caractères qui puissent établir la parenté ou la diversité des races humaines.

Mais d’autres préoccupations hantaient aussi l’esprit actif de Hamy. Chargé d’organiser à l’Exposition Universelle de 1878 la Section anthropologique et ethnographique, il se passionne pour l’Ethnographie pure, et, à peine l’Exposition passée, il profite de l’occasion pour réunir les objets offerts gracieusement à l’État par nombre d’exposants et créer le noyau d’un Musée ethnographique, qu’il cherche ensuite à caser dans un bâtiment quelconque. Heureusement, le Trocadéro est là, inoccupé pour le moment. Il fait démarche sur démarche, et obtient la création du premier Musée ethnographique en France. En 1882, il en fut nommé directeur. Il arrange alors en quelques mois la belle galerie américaine, que tout le monde connaît et dont il a décrit les pièces les plus remarquables dans un beau volume publié en 1897.

Le travail muséologique mène Hamy à un nouveau champ de recherches qui se révèle aussi fertile que les autres par lui cultivés. Il se passionne pour l’ « Américanisme », et, non content de publier de nombreux Mémoires (Décades américaines), etc., ayant trait aux populations précolombiennes et actuelles de l’Amérique, il provoque, grâce au concours généreux de Mécènes comme L. Augrand et le duc de Louba, la création d’une « Société des Américanistes », d’un prix spécial pour récompenser les meilleurs ouvrages sur l’Ethnographie américaine, enfin d’une chaire d’Américanisme au Collège de France.

Au retour d’une exploration ethnographique dans le Sud de la Tunisie, Hamy avait été élu en 1890 membre libre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et, deux ans après, il avait succédé à de Quatrefages à la Chaire d’Anthropologie du Muséum. Dans ses leçons, très brillantes, il savait toujours donner cette nuance ethnographique qui faisait la nouveauté et le charme de son enseignement.

Tout en continuant cet enseignement, Hamy revint petit à petit aux études favorites de sa jeunesse, à l’histoire de la science. Il avait d’abord entrepris d’écrire l’Histoire du Muséum, et les fragments de cette Histoire qui ont paru montrent sur quelle vaste échelle il a établi le plan de son œuvre. Malheureusement, sa mort laisse cette œuvre inachevée. En même temps, il s’était fait historiographe d’un grand nombre de savants et surtout des artistes et des voyageurs scientifiques. Bien préparé par ses nombreuses recherches dans le domaine de la Géographie, il a écrit, dans ses dernières années, plusieurs volumes gui mettent en relief les figures de Geoffroy Saint-Hilaire, de Humboldt, de Bompard, de Dombey et de tant d’autres voyageurs-naturalistes,

D’ailleurs, ce n’est pas seulement au point de vue rétrospectif que Hamy s’est occupé des explorateurs. Il n’a cessé d’être en relation avec un grand nombre de nos voyageurs, depuis l’époque, déjà lointaine, où, grâce à son initiative, Désiré Charnay et Alphonse Pinart nous révélaient les premiers aspects de l’Ethnographie américaine, jusqu’à ces derniers jours où il classait les riches collections ethnographiques rapportées par Desplagnes de l’Afrique et par le Dr Rivet de l’Équateur.

Dans ses nombreuses fonctions, au Muséum comme au Trocadéro, dans les Commissions du Ministère comme aux Sociétés d’Anthropologie et de Géographie, dans les Congrès nationaux ou internationaux qu’il a si souvent présidés, partout Hamy a su conquérir l’estime et l’affection de ceux qui rapprochaient. Grâce à sa force de travail et à son énergie opiniâtre, il a su créer, avec des ressources minimes, comme il n’arrive que trop souvent malheureusement dans notre pays, des institutions scientifiques de premier ordre ; et, non content de faire des recherches personnelles, il a su provoquer des voyages scientifiques d’une réelle valeur.

J. Deniker, Bibliothécaire au Muséum national d’Histoire naturelle.

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