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Nécrologie : le Dr Tarnier

Dr A. Vermey, La Science Illustrée N°527 - (1er janvier 1898)

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 14 juin 2017

Celui qui fut pendant de longues années un des chefs de l’école obstétricale française, le Dr Tarnier, vient de s’éteindre brusquement, enlevé à l’âge de soixante-dix ans, par une hémorragie survenue dans le cours d’une maladie dont il souffrait depuis peu de temps.

Dans l’apogée de sa réputation, ce professeur était considéré non seulement comme un médecin-accoucheur hors ligne, mais aussi comme le savant le plus expérimenté du monde médical, et à la Maternité, où il enseigna de 1866 à 1888, il sut former une nombreuse génération de sages-femmes auxquelles il donna une instruction active, et eut pour élèves la plupart des accoucheurs actuellement connus, le Dr Budin, à la Charité ; Pinard, qui lui succéda, à la Maternité, Champetier de Ribes, Bar, Auvard, Ribemont-Desaignes, etc.

Tarnier, Étienne (dit Stéphane), était né à Aiseray (Côte-d’Or) le 28 avril 1828 : interne des hôpitaux en 1852, il fut reçut docteur en 1857, et sa thèse inaugurale, De la fièvre puerpérale observée à la Maternité, est une œuvre qui le fit de suite remarquer. Nommé agrégé en 1860, il publia quelques années après, en collaboration avec MM. Lenoir et Sée, un Atlas d’accouchements et un important mémoire sur l’Hygiène des hôpitaux de femmes en couches ; chargé en 1866 du cours des élèves sages-femmes, à la Faculté, il fit paraître une de ses plus belles œuvres, L’Hygiène des maternités. Dès lors sa réputation devint si grande, sa compétence et son savoir furent tellement appréciés de tous, qu’en 1872 il était élu membre de l’Académie de médecine et qu’en 1888 une chaire de clinique obstétricale était spécialement créée pour lui à l’École de médecine.

Nous pouvons encore citer, parmi ses travaux les plus importants, une étude sur le régime lacté dans l’albuminurie de la grossesse et dans L’éclampsie ; Physiologie et hygiène de la première enfance considérées au point de vue de l’alimentation ; - et en 1888 : Allaitement et hygiène de la première enfance : Couveuse et Gavage.

Mais un des plus beaux titres de gloire de ce regretté professeur, c’est l’introduction de l’antisepsie dans la pratique des accouchements ; ce qu’avait fait Lister pour la chirurgie, Tarnier le pratiqua pour l’obstétrique, et, du fait de cette transformation dans l’hygiène et la thérapeutique des accouchées et des nouveau-nés, la fièvre puerpérale, cette affection si mortelle qui faisait alors tant de victimes dans les maternités, disparut presque complètement ; de même que ces mesures prophylactiques diminuèrent d’une manière considérable cet autre fléau des maternités, l’ophtalmie purulente des nouveau-nés ; grâce à ces pratiques antiseptiques, on arriva, en effet, à conserver la vue à de très nombreux enfants.

C’est à ce double titre que le nom de Tarnier doit rester impérissable, et que ce maître peut être considéré, lui aussi, comme un véritable bienfaiteur de l’humanité.

Deux autres découvertes servirent encore à le rendre populaire : son forceps et sa couveuse ; son instrument, employé par presque tous les accoucheurs, est l’amélioration la plus ingénieuse que l’on ait faite à l’instrument primitif ; quant à la couveuse, universellement connue, et nommée Couveuse Tarnier, elle consistait en une boîte couverte d’une glace, boîte chauffée à l’aide de boules d’eau chaude placées dans un compartiment inférieur et dans laquelle on plaçait l’enfant né avant terme ; de plus en plus perfectionnée, on peut affirmer que cette couveuse a sauvé la vie à un très grand nombre d’enfants, condamnés d’avance à une mort inévitable.

L’œuvre de Tarnier a donc fait époque, et partout où il a passé il a laissé des traces profondes de ses découvertes et de son enseignement ; sous son impulsion, la Maternité est devenue un service modèle, l’instruction scientifique des élèves sages-femmes passe pour être une des premières de l’Europe, et la Clinique de la rue d’Assas a pris une tout autre allure, surtout sous le rapport de l’enseignement des élèves.

Et cependant, ceux qui ont autrefois suivi les leçons données dans cette même clinique - et nous nous honorons d’avoir été de ceux-là — par son prédécesseur le professeur Pajot, ne pourront jamais oublier l’enseignement de ce maître vénéré, à l’allure si noble, à la taille si droite, à la figure si spirituelle et si malicieuse et dont les leçons cliniques étaient si claires et si méthodiques !

Quel contraste, quelle différence entre ces deux hommes ! ainsi que le constatait le Dr Laveyssière. Tamier, en effet, était tout l’inverse ; de haute et large taille, laid comme un grand savant qu’il était, avec sa grosse tête mu traits rudes, sa barbe trop l’are, son nez trop gros où chevauchait un lorgnon mal équilibré, par-dessus lequel il regardait, ce maître aux mains trop grasses, mais si habiles, avait la parole lourde, embarrassée ; son style était sans prétention et sans aucune recherche ; mais, au lit du malade, quand il pratiquait une opération, l’homme changeait : sa figure s’animait, son intelligence apparaissait il tous dans les explications si pratiques et si lucides qu’il avait donné aux assistants, et on devinait en lui un patient, un méthodique, un savant, un de ceux, en un mot, dont la réputation ne fera que grandir et dont la mort sera considérée comme une grande perte pour la science française.

Le Dr Tarnier avait été décoré de la Légion d’honneur en 1872, fait officier en 1882 et nommé commandeur en juillet 1886. Ses obsèques ont eu lieu le 26 novembre 1897 à la Madeleine. Suivant sa volonté expresse aucun discours n’a été prononcé, seuls quelques mots d’adieu ont été dits, à Dijon, où il a été transporté.

Dr A. Vermey

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