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Emmanuel Liais

Nécrologie publiée par W. de Fonvielle dans la Science Illustrée N°645 - ( 7 avril 1900)

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 14 février 2009

L’astronomie française, vient de faire une perte sensible dans la personne de M. Emmanuel Liais. Ce savant est mort au commencement du mois de mars dans la ville de Cherbourg, où il était né en 1826, et où il exerça pendant longtemps, jusqu’à la fin de sa vie, les fonctions de maire. En signe de deuil, les navires du port et tous les établissements municipaux ont mis leurs pavillons en berne.

A peine au sortir du collège, M. Emmanuel Liais fut présenté à Arago par son compatriote Le Verrier, et admis à l’observatoire en qualité de travailleur libre. A la mort d’Arago, Le Verrier l’attacha à l’établissement comme astronome adjoint et le chargea des observations météorologiques..

Frappé dès lors du parti que l’on pouvait tirer du télégraphe électrique pour avertir les points menacés par la tempête, le jeune Liais signala au directeur de l’observatoire la corrélation entre la perte du Royal Charles dans le canal Saint-Georges, et celle du Henri IV sur les côtes de la Dobrutschka, trois ou quatre jours plus tard.

Le Verrier comprit l’importance de la remarque, il présenta à l’Académie des sciences le mémoire où Liais établissait que ces deux évènements avaient été occasionnés par la même tempête. Le maréchal Vaillant soutint le directeur de l’observatoire impérial, et malgré l’opposition de Biot, de Regnault et d’autres notabilités académiques, le service des prévisions météorologiques fut créé. Toutes les nations se sont hâtées de l’imiter, il est aujourd’hui universel. Malheureusement on l’a détaché en France de l’observatoire où il a pris naissance, pour lui donner une indépendance contraire à la nature des choses. En effet, les prévisions météorologiques n’ont de sens, que si les astres agissent d’une façon quelconque sur l’état du temps, que si ces grands corps subissent les modifications de l’état du soleil. En élevant notre voix contre la mutilation de l’œuvre de Le Verrier, nous accomplissons une promesse que nous avons faite à l’illustre astronome quelques jours avant qu’il ne rendît le dernier soupir.

Tout en s’adonnant avec patience à la météorologie, Emmanuel Liais n’avait point abandonné les observations astronomiques. En 1858 une belle éclipse totale de soleil se montrait dans les provinces méridionales du Brésil. Le gouvernement français, fidèle à l’exemple donné par la République de février chargea une mission scientifique de l’observer. Liais fut choisi pour la diriger. Il fut naturellement mis en rapport avec l’empereur don Pedro II, auquel il plut beaucoup et qui lui offrit de le charger de l’organisation de l’observatoire de Rio. Liais accepta et se fixa au Brésil, où il resta jusqu’en 1873, remplissant cette fonction avec le concours de sa femme à laquelle il était profondément attaché. Emmanuel Liais ne songea à revenir en France que lors de nos malheurs.

Il fit de nombreuses observations, au Brésil, qui ont été relatées dans l’Espace céleste son principal ouvrage, publié à la librairie Garnier où il arriva à une seconde édition.

Il y observa d’autres éclipses totales, et la grande comète de Donatien à propos de laquelle il émit des idées fort originales, et qui ont marqué dans l’histoire de la science.

Il cultivait, avec l’aide de sa femme, l’histoire naturelle et ses ouvrages renferment également des observations précieuses sur la flore, la faune, et le climat des riches régions où, avec la protection d’un souverain libéral, et ami des sciences, il passa des années fécondes. Plus heureux que son chef, il n’avait pas à épuiser ses forces dans des luttes incessantes, engendrées par la coalition de médiocrités envieuses et jalouses.

Lorsqu’il revint en France, ce fut pour protester patriotiquement contre les accusations de nos vainqueurs qui proclamaient la déchéance de notre nation. Il publia un livre admirable intitulé : La supériorité intellectuelle de la France.

Quoique l’Académie des Sciences ait accueilli un grand nombre de ces travaux, Liais avait peu de goût pour cette corporation qui prétend avoir le monopole du génie et de la science, et qui ne justifie que très modérément des ambitions plusieurs fois séculaires.

Enfant de Cherbourg, et possesseur d’une grande fortune, il se consacra au développement de sa ville natale. C’est à la société académique et à la société d’histoire naturelle de Cherbourg, qu’il consacra les loisirs que lui laissait son opulence.

C’est en faisant du bien, et en donnant le bon exemple à ses concitoyens qu’il répondit à la confiance qu’ils lui avaient montrée en lui conférant les fonctions de maire.. Le bien qu’il a fait de son vivant, il a cherché le continuer par un testament rédigé avec soin, et dans lequel il emploie la majeure partie de son avoir à des créations philanthropiques et scientifiques. La société d’histoire naturelle de Cherbourg recevra à la suite de ces dons un nouveau lustre, et deviendra une des plus brillantes de la France et des colonies françaises.

La Science illustrée devait envoyer un dernier salut à un savant, auquel, maintes fois, elle a rendu hommage de son vivant, et qui mérite une place sérieuse dans l’histoire de la science car il fut savant par patriotisme, et patriote par la science, sans devenir chauvin et sans cesser d’être humanitaire..

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Emmanuel Liais
Portrait placé en Frontispice de la deuxième édition de L’Espace Céleste de Emmanuel Liais - Garnier-Frères, Libraires-éditeurs

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