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Édouard Bornet

L. Mangin, la Revue Générale des Sciences Pures et Appliquées — 15 janvier 1912

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 30 mars 2011

Édouard Bornet, le savant éminent, l’homme modeste et bon, si accueillant pour les travailleurs, vient de s’éteindre après une courte maladie.

Son œuvre considérable est caractérisée par deux découvertes qui, dépassant les Iimites de la science il laquelle elles s’appliquaient, ont eu un grand retentissement en orientant les recherches dans des voies nouvelles et fécondes : ce sont la découverte de la fécondation chez les Floridées, en collaboration avec G. Thuret, et celle de la symbiose chez les Lichens.

Avec son ami G. Thuret, dont il fut le collaborateur pendant vingt-trois ans, E. Bornet avait compris l’intérêt pratique des essais d’acclimatation dans la région méditerranéenne. C’est dans le beau jardin de la villa Thuret, à Antibes, que furent entreprises les nombreuses plantations d’essences les plus variées, dont la réussite dépassa toutes les espérances.

Observateur d’une rare sagacité, Ed. Bornet avait un beau talent de dessinateur et les résultats de ses observations sont consignés dans un grand nombre de dessins, réunis aujourd’hui en dix volumes légués au Muséum. Ce travail monumental, source précieuse de documents pour les chercheurs, excite l’admiration par la représentation la plus délicate et la plus csrupuleuse, alliée au sens artistique le plus vrai.

Au cours de leurs excursions au bord de la mer à Saint-Vaast, à Cherbourg, au Croisic, à Biarritz, à Antibes, G. Thuret et Ed. Bornet ont rassemblé les matériaux d’un herbier que Bornet, demeuré seul, a continué à enrichir. Il constitue aujourd’hui l’une des plus belles collections d’Algues du monde.

Non content de contribuer par ses travaux à la rénovation des études algologiques en France, Ed. Bornet communiqua sa passion à de nombreux élèves français ou étrangers : Farlow, Woronine, Rosanoff, Gomont, Guignard, Hariot, Flahault, Sauvageau, etc.

Esprit indépendant, il n’occupa aucune situation officielle et ignora les rivalités d’école ; d’une rare modestie, il ne consentit jamais à parler en public, et cependant sa renommée était telle que la plupart des Académies et des sociétés savantes se disputèrent l’honneur de le compter parmi leurs membres, Son appartement du quai de la Tournelle était le rendez-vous des savants étrangers qui venaient consulter l’herbier Thuret ou sa riche bibliothèque et demander au maître vénéré de précieux conseils.

Il ya deux ans, il avait dû interrompre, à cause de son grand âge. la série de ses remarquables travaux, mais il restait toujours le conteur charmant et humoristique, le conseiller au jugement droit que ses admirateurs et ses élèves prenaient plaisir à entendre et à consulter en lui confiant leurs espoirs.

Maintenant, cette intelligence est éteinte, cette grande et généreuse bonté a disparu, Les lecteurs de la Revue, se souvenant qu’Ed. Bornet fut l’un de ses premiers protecteurs, qu’il encouragea ses débuts et applaudit à ses succès, se joindront aux amis du maitre éminent pour adresser à sa vaillante compagne, avec l’expression de leur vive douleur, l’hommage de leur profonde admiration pour celui dont la mort met la science française en deuil.

L. Mangin, Membre de l’Institut. Professeur au Muséum d’Histoire naturelle.