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William Armstrong

Jacques Boyer, La Nature N°1442 - 12 janvier 1901

dimanche 23 janvier 2011, par gloubik

L’illustre inventeur anglais William-George Armstrong, qui naquit à Newcastle-sur-Tyne le 25 novembre 1810, est décédé en son château de Craigside, près de Rothbury, le 27 décembre dernier (1900). Après avoir fait ses études de droit à Cambridge et à Oxford, il commença par être « solicitor » dans sa ville natale ; mais, dès 1847, il abandonna cette profession pour celle d’ingénieur, dans laquelle ses facultés créatrices ne tardèrent pas il se révéler. Il fonda d’abord un atelier de construction pour le matériel d’artillerie ; puis, reprenant les idées du major italien Cavalli et du suédois Wahrendorf (1846), il parvint à réaliser son fameux canon qui, adopté par l’armée anglaise à la suite d’essais officiels, rendit son nom célèbre dans le monde entier. Comme c’est le principal titre de gloire d’Armstrong, nous emprunterons au Times de 1860 la description et les procédés de fabrication de cet engin de guerre, qui paraissait aux contemporains le summum du genre. À la vérité, grâce à sa légèreté, à sa force et à sa précision mathématique, le système inventé par le sagace technicien constituait pour l’époque un remarquable spécimen d’ouvrage en fer forgé. Pour le fabriquer, on chauffait les barres métalliques à blanc et on les enroulait sur un cylindre de diamètre égal à celui du tube de la pièce qu’on désirait obtenir. Une fois l’enroulement effectué, on enlevait le ruban et on dressait le cylindre sur une de ses extrémités. Celui-ci présentait alors l’aspect d’un énorme tire-bouchon. On le réchauffait ensuite et on le plaçait sous un marteau-pilon qui réduisait sa longueur.

Il fallait plusieurs de ces tubes pour former un canon entier. Dès que ces derniers étaient soudés ensemble, on les conduisait à l’atelier des tours pour les aléser intérieurement et les tourner extérieurement jusqu’à 1/10e de pouce de leur véritable diamètre, afin qu’on puisse découvrir la plus légère fissure. Après cela, sur la jonction du premier et du deuxième tube on disposait une massive ceinture de fer sur laquelle se mettaient les tourillons. Puis tandis que l’ensemble préalablement porté au rouge cerise se refroidissait, des tuyaux remplis d’eau fonctionnaient à l’intérieur de manière à empêcher une contraction trop vive. Là se terminait la fabrication du tube ; mais, pour compléter le canon, il fallait y adjoindre la culasse, constituée par différentes pièces de fer forgé en forme de coins et disposées comme les douves d’un tonneau. Ces parties étaient réunies en une seule masse sous le marteau à vapeur. On livrait alors le canon ainsi ébauché aux mesureurs qui, à l’aide du micromètre, s’assuraient de l’exactitude mathématique de l’ensemble.

Le canon passait ensuite sous une machine à forer. Cette opération durait six heures, et lorsqu’elle avait été reconnue parfaite, on commençait le rayage qui exigeait cinq heures. Les rayures très fines, chacune entaillée sous un angle particulier, et de 1/8 de pouce de profondeur, étaient au nombre de quarante. Aussitôt après, on pratiquait un trou carré dans la partie supérieure de la culasse, à la place de la lumière des anciens canons, et à l’extrémité l’on fixait une vis à filets profonds qui se dévissait rapidement ; aussi, quand on voulait tirer, la poudre et le boulet conique s’introduisaient aisément dans la chambre. Derrière celle-ci, un obturateur en acier revêtu de cuivre s’enfonçait par l’ouverture supérieure et fermait de la sorte le canon. Un simple tour de vis suffisait pour la retenir ; la manœuvre pour chaque coup demandait à peine une minute.

Le canon Armstrong lançait un projectile de 5 kg 1/2 avec une charge de poudre de 900 grammes. C’était un cylindre creux en fonte terminé par un cône et disposé de façon à se séparer, au moment de l’explosion, en 42 morceaux. Durant les guerres de Crimée et de Chine le nouvel engin fit merveille et le Gouvernement anglais signa avec son inventeur un contrat par lequel il s’engageait à lui servir une pension annuelle de 50000 fr. Mais, en 1863, Armstrong rompait son traité afin de diriger pour son propre compte la manufacture d’Elswick. En 1859, il avait été nommé chevalier de l’Ordre du Bain et, à l’occasion du Jubilé de la reine Victoria (1887), élevé à la dignité de pair d’Angleterre avec le titre de baron. Depuis plus d’un demi-siècle, il faisait partie de la Société Royale de Londres.

Parmi les autres inventions, distinguons encore une nouvelle machine hydraulique employée avec succès dans le percement du Saint-Gothard. Indépendamment d’assez nombreux mémoires scientifiques, Armstrong a laissé deux ouvrages : A visit to Egypt (1873) et Electric movement in air and water (1897). Enfin, il consacra les loisirs de ses dernières années à la formation d’une riche colleection artistique dans laquelle figurent entre autres tableaux remarquables plusieurs chefs-d’œuvre de Millais.

Jacques Boyer

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