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Alfred Nobel

Wilfrid de Fonvielle, La Nature N°1230 — 26 décembre 1896

Mis en ligne par Denis Blaizot le jeudi 27 août 2015

Au moment où paraîtront ces lignes, le corps de l’inventeur de la dynamite sera transporté de San-Remo à Stockholm.

Dans son numéro du 10 décembre, l’Aftonbladet de Stockholm, à qui nous empruntons le portrait que nous publions avec cette Notice, annonçait la nouvelle inattendue de la mort d’un des savants et ingénieurs suédois les plus justement célèbres. Un télégramme arrivé le matin de la Côte d’Azur lui avait appris qu’Alfred Nobel venait de rendre le dernier soupir dans sa chère villa de San-Remo qu’il habitait depuis qu’il avait fermé son laboratoire de Paris.

Né à Stockholm en 1833, Alfred Nobel était.dans la soixante-troisième année de son âge, et il semblait destiné à jouir encore quelque temps du fruit de ses grandes découvertes. C’était le plus jeune des trois frères Nobel, fils d’un mécanicien de talent qui s’était établi à Saint-Pétersbourg, où l’homme célèbre dont la Suède pleure aujourd’hui la perte reçut son éducation. C’est encore dans cette ville qu’Alfred Nobel se trouvait en 1860, lorsque son père y fonda une fabrique de nitroglycérine dans laquelle il ne tarda pas à faire une découverte capitale.

Les accidents qui arrivaient à la nitroglycérine sous sa forme liquide se multiplièrent tellement que le gouvernement songeait à interdire cette substance précieuse dont l’industrie moderne ne peut se passer, lorsqu’en 1867 Alfred Nobel trouva le moyen de la solidifier avec une facilité surprenante. L’idée de cette heureuse modification lui fut suggérée par une circonstance fortuite. Une tourie de nitroglycérine s’était fissurée pendant le transport et le liquide s’était répandu dans le sable siliceux qui formait l’emballage. Il s’était amalgamé avec les infusoires dont la microscopique carapace avait été remplie d’une goutte qu’elle retenait captive par un effet capillaire, de manière à constituer une substance d’un aspect analogue à celui de la cassonade ; or cette substance avait toutes les propriétés de la nitroglycérine et elle pouvait être maniée sans danger. La dynamite était inventée, et elle prit le surprenant développement que l’on connaît. L’usage coupable qu’en firent certains conspirateurs insensés n’entrava pas sa vulgarisation dans tous les ateliers de travaux publics. En 1878, Alfred Nobel fit une seconde découverte presque aussi importante. Il parvint à transformer la nitroglycérine en une sorte de gélatine ayant la solidité du coton-poudre, ne se décomposant jamais spontanément et détonant avec une puissance considérable. M. Berthelot estime à 60% l’économie que l’emploi de la dynamite peut apporter dans les travaux de mine. Des statistiques évaluent à 3 millions l’économie annuelle réalisée par l’industrie suédoise et à 8O millions celle que l’industrie universelle doit à Alfred Nobel dans le même temps.

L’inventeur heureux présenta sa grande découverte à l’Académie des sciences dans sa séance du 17 juillet 1861. Son patron fut le vénérable Chevreul. M. Berthelot consacra de nombreuses pages à l’étude de cet explosif dont les propriétés confirmaient si bien ses belles théories. Il fut le premier chimiste de marque à en décrire l’extrême importance. Les Comptes-rendus ont conservé le souvenir d’un débat assez vif, dans lequel M. Berthelot montrait au général Morin que la poudre noire, que celui-ci continuait à lui préférer, était relativement sans puissance balistique.

Le développement de l’industrie du pétrole, à laquelle Nobel s’intéressa vivement, accrut aussi sa fortune dans une proportion considérable, et a fait des Nobel une famille que l’on compte parmi les plus riches.

Pour apprécier l’usage qu’il faisait de ses richesses, nous nous contenterons de rappeler l’histoire de l’expédition Andrée, à laquelle il souscrivit pour la somme de 90000 francs, sous la condition que les 90000 autres qui manquaient seraient trouvés en six mois. Ils le furent en trois jours, grâce à la générosité du roi et du baron Oscar Dickson. C’est donc encore à Alfred Nobel que l’on doit cette tentative hardie qui a déjà excité à un si haut degré l’attention universelle.

La mort de Nobel laissera un vide parmi les grands inventeurs contemporains.
Wilfrid de Fonvielle


Son testament spécifiait que le plus clair de sa fortune (32 millions de couronnes) servirait à créer un prix récompensant des personnalités ayant travailler au progrès de l’humanité : paix ou diplomatie, littérature, chimie, physiologie ou médecine et physique. Une fondation est créée en 1900 pour gérer les fonds et attribuer les récompenses qui seront remises à partir de 1901. Rien n’explique clairement pourquoi Alfred Nobel n’a pas souhaité la création d’un prix de Mathématiques.

Le prix d’Économie créé en 1968 à l’initiative de la Banque de Suède n’étant pas remis par l’Académie des Sciences de Suède n’est pas vraiment un prix Nobel mais l’usage est de le désigner comme tel.

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