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L’Œuvre de madame CURIE (1867 -1934)

Jacques Boyer — La Nature N°2934, 1er Aout 1934

dimanche 15 février 2009, par Denis Blaizot

Portrait de Marie Curie

Étrange et cruelle destinée : Madame Curie qui s’éteignit, le 4 juillet 1934, dans un sanatorium de Sancellemoz près de Sallanches, a été tuée par sa découverte ! Atteinte depuis plusieurs années d’une profonde anémie, causée par les émanations du radium dans l’ambiance desquelles elle vivait, elle était venue demander au tonifiant climat de la Haute-Savoie le rétablissement de sa santé. Mais hélas la mort la guettait comme si les terribles rayons voulaient se venger de la téméraire chercheuse qui avait dévoilé le secret de leur mystérieuse nature !

Nous avions connu l’illustre savante quand elle s’appelait encore Marie Sklodowska, jeune Polonaise fraîchement débarquée dans la Capitale pour préparer sa licence ès sciences à l’Université de Paris. On était alors en 1890 et comme notre future physicienne naquit à Varsovie, le 7 novembre 1867, elle avait donc 23 ans. Dans ces temps déjà lointains, l’élément féminin n’occupait pas la moitié des amphithéâtres de la Sorbonne. Si j’ai bonne mémoire, aux cours du perspicace mais distrait Lippmann, du vénérable Friedel à la barbe blanche et du débonnaire Troost que nous suivions ensemble, se trouvaient seulement deux représentantes du beau sexe : une Française (qui, je crois, abandonna ultérieurement la science pour la musique) et une étrangère Marie Sklodowska. Les deux étudiantes s’asseyaient l’une à côté de l’autre pour se sentir les coudes et comme cette dernière ne saisissait pas encore très bien les nuances de notre langue, elle éprouvait une certaine difficulté pour prendre les leçons des professeurs. Aussi ses camarades lui passaient leurs cahiers afin qu’elle pût corriger les passages incorrects ou mal compris. Mais grâce à sa vive intelligence et à son labeur opiniâtre, elle put passer brillamment son examen à la fin de l’année scolaire. Pourvue de son diplôme de licenciée, elle entra peu de temps après au laboratoire de Pierre Curie, à l’École de physique et de chimie industrielle de la Ville de Paris. L’éminent professeur l’associa alors à ses recherches et l’épousa en 1895.

Dès l’année suivante, Henri Becquerel découvrait les rayons uraniques et en les considérant comme un « phénomène de l’ordre d’une phosphorescence invisible » de longue durée, il avait ouvert de nouveaux horizons aux physiciens. On sait aujourd’hui que ces rayons accompagnent une transformation profonde et spontanée des atomes de la substance étudiée. Rutherford démontra, en 1899, la complexité des dits rayons uraniques, qui déchargent les corps électrisés, par l’intermédiaire des ions produits et il les partagea en deux catégories dis­tinctes : les rayons alpha aisément absorbés par la matière et les rayons bêta doués d’une plus grande puissance de pénétration. En 1900 P. Villard reconnut l’existence de rayons gamma encore plus pénétrants que ces derniers. Entre temps, Madame Curie et son mari avaient entrepris une série de recherches afin de se rendre compte si d’autres minéraux naturels pouvaient, à l’instar de l’uranium, émettre un rayonnement sans excitation extérieure. Toutefois au lieu d’utiliser le procédé photographique et purement qualitatif de Becquerel, les savants expérimentateurs de la rue Lhomond eurent l’idée de s’adresser à une méthode électrique quantitative en mesurant les courants d’ionisa­tion au moyen du quartz piézoélectrique. Au cours de ces remarquables expériences, Marie Curie découvrit que deux roches : la pechblende (oxyde d’uranium) et la chalcolite (phosphate double de cuivre et d’uranyle) sont beaucoup plus actives que ne saurait le faire supposer leur teneur en uranium. Ils en conclurent que ces substances minérales renfermaient une matière infiniment plus active que l’uranium.
Marie Curie

Cette hypothèse ne devait pas tarder à trouver sa confirmation expérimentale. Le 18 juillet 1899 Pierre et Marie Curie annonçaient, dans une note à l’Académie des Sciences de Paris, l’existence d’une nouvelle substance radioactive : le polonium, qu’à la suite d’un grand nombre de dissolutions et de précipitations fractionnées, ils étaient parvenus à retirer de la pechblende. Ils se guidaient sur l’intensité du rayonnement ionisant ou « activité », qu’ils observaient à l’aide d’un électromètre très sensible.

G. Bérnont, chef de travaux à l’École de Physique et de Chimie, prêta ensuite son concours pour les traitements chimiques ultérieurs et, le 26 décembre 1898, une note très courte, signée par les trois savants collaborateurs, annonçait à l’Académie des Sciences de Paris la découverte du radium. Le fractionnement du chlorure de baryum leur avait permis d’aboutir à un nouveau produit 900 fois plus actif que l’uranium bien qu’il ne renfermât qu’une trace de radium. Malgré son rayonnement colossal et durable, qui constituait un puissant instrument de travail pour les physiciens, cette découverte ne fit pas grand bruit. Après l’uranium, le thorium et le polonium, les spécialistes eux-mêmes ne virent alors dans le radium qu’un élément radioactif de plus.

Mais le Gouvernement autrichien ayant mis à la disposition de Pierre Curie et de sa femme des résidus de fabrication des sels d’uranium extraits de la pechblende des célèbres mines de Joachimstal (Bohême), A. Debierne fut chargé de les traiter et il y décela la présence de l’actinium, nouvelle substance radioactive qui précipitait avec les métaux du groupe du fer. On connaît actuellement 38 radioéléments, qu’on divise en 3 familles rattachées chacune à un radio-élément primaire : l’uranium, le thorium et le troisième, encore ignoré, dans la catégorie duquel on range l’actinium.

Quoi qu’il en soit, M. et Mme Curie au cours de ces mémorables travaux finirent par obtenir, en quantité appréciable, des sels de radium qui leur permirent d’ observer que toute matière, séjournant dans le voisinage de ceux-ci, acquiert une radioactivité induite, mais diminuant très rapidement et disparaissant même au bout de quelques heures. La savante physicienne, continuant à approfondir le sujet, détermina le poids atomique du radium, soutint brillamment sa thèse de doctorat, partagea le prix Nobel avec son mari (1904) et à la mort de ce dernier, qui périt écrasé par un camion sur le quai Conti près du Pont-Neuf (1906), elle lui succéda à la Sorbonne d’abord comme « chargée de cours », puis comme professeur titulaire (novembre 1908). Cette chaire fut transformée ultérieurement en Institut du radium qui, installé rue Pierre-Curie, fonctionne depuis avril 1919 et qu’elle sut diriger avec autorité.

La brusque disparition de Pierre Curie n’arrêta pas, du reste, la production scientifique de sa brillante collaboratrice. Aidée de M. Debierne, elle parvint, en 1910, à isoler le radium par électrolyse de son chlorure, en employant une cathode de mercure. Par une distillation dans le vide, les expérimentateurs chassaient de l’amalgame le prestigieux métal qui blanc, brillant, fondant à 700 degrés et très altérable à l’air, ressemblait au baryum. A cette époque, elle condensa ses travaux et ceux de ses émules sur le sujet dans les deux volumes de son magistral Traité de radioactivité et en 1922 elle fut élue à l’Académie de médecine de Paris en remplacement d’Edmond Perrier. Mais toujours modeste, Marie Curie ne tirait pas vanité de ces honneurs mérités. Elle continuait ses recherches originales, perfectionnant la technique expérimentale, donnant des conférences, guidant ses élèves et en particulier sa fille Irène, mariée à un physicien de talent F. Joliot qui semble vouloir marcher sur les traces de son illustre initiatrice.

En 1925, elle proposa de substituer au radium lui-même, les émanations des radioéléments : le radon, le thoron et l’actinon dont les propriétés scientifiques ainsi que les applications thérapeutiques paraissent extrêmement importantes. Elle écrivit, en outre, une attachante biographie de son mari, un érudit ouvrage sur l’Isotopie (1924) dans lequel elle indique l’évolution de cette notion fondamentale et résume nos connaissances actuelles sur la structure des atomes.

L’illustre épouse de Pierre Curie, récemment inhumée dans le calme petit cimetière de Sceaux, le 7 juillet 1934 et qui a voulu, selon les termes mêmes de son testament, « descendre dans la tombe en silence », rendit « d’éminents services à la Science et à l’Humanité » comme le dit fort justement un communiqué du Gouvernement français. Aussi notre pays, qui s’honore d’avoir été sa seconde patrie, ne saurait-il oublier cette physicienne aussi géniale que modeste.
Marie Curie

Jacques Boyer

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