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Interview de Vincent Albouy

Mai 2018

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 27 mai 2018

Nous avons eu le plaisir d’interviewer Vincent Albouy Vincent Albouy Ancien attaché au laboratoire d’entomologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, Vincent Albouy s’intéresse depuis près de 30 ans aux insectes communs et à leur protection, notamment au travers des jardins. Auteur de nombreux ouvrages grand public sur les insectes – dont Nos abeilles en péril en collaboration avec Yves Le Conte – il est actuellement président d’honneur de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie). , dont nous avons chroniqué plusieurs ouvrages sur ce site.

1- Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Parisien d’origine vivant en province depuis trente ans, je suis entomologiste, c’est-à-dire spécialiste des insectes, par passion, et auteur de livres documentaires de profession.

2- Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’entomologie ?
Dès mon plus jeune âge, je me suis intéressé à la nature et à toute la vie qui grouillait dans le grand jardin de banlieue parisienne de mes parents. Mais je me suis plus spécialement intéressé aux insectes à la lecture des « Souvenirs entomologiques » de Jean Henri Fabre que j’ai découverts vers l’âge de dix ans à la bibliothèque municipale. Cette passion de jeunesse est restée intacte au fil des ans.

3- Quel autre domaine de la nature vous passionne ?
L’étude des insectes ne peut se faire sans connaître un minimum la flore, les interactions étant constantes entre les deux groupes. Plus généralement, je m’intéresse à la nature ordinaire, notamment à cette nature qui résiste à l’homme ou qui profite de ses actions et qui arrive à survivre, voire à pulluler aussi bien dans les villes que dans les campagnes intensément cultivées. En nombre d’espèces, cette nature ne représente pas grand-chose mais malheureusement c’est peut-être la seule biodiversité qui survivra demain. Mais mon principal sujet d’étude depuis quelques années sont les abeilles mellifères, les abeilles des ruches, vivant à l’état sauvage.

4- Comment en êtes-vous venu à écrire des ouvrages de vulgarisation ?
C’est un hasard de la vie. J’ai connu à la Ligue de Protection des Oiseaux, où j’ai travaillé quelque temps dans les années 1990, l’ornithologue Philippe Dubois. Il travaillait dans l’édition chez Gallimard Jeunesse et lorsqu’il a eu besoin d’un entomologiste pour écrire un livre sur la faune des maisons, il a pensé à moi. Ce livre « Petites bêtes de la maison » ayant obtenu le Totem du livre documentaire au Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil en 1995 m’a mis le pied à l’étrier.

5- Quel est votre objectif, avec tous ces livres ?
Écrire étant ma profession, je traite le plus souvent de sujets commandés par les éditeurs. Mais quand il s’agit d’ouvrages dont j’ai eu l’idée, ils peuvent être classés en trois catégories : la découverte des insectes (essentiellement ceux de nos régions), la découverte de la nature ordinaire (petites bêtes et herbes folles encore communes), le jardinage naturel (notamment comment favoriser la vie sauvage, végétale et animale, chez soi). J’essaie par ce biais de transmettre ce que j’ai appris et de sensibiliser à la nécessaire protection par chacun de ce petit patrimoine naturel qui souffre beaucoup des évolutions de l’agriculture, de la sylviculture, de l’urbanisation et de bien d’autres activités humaines.

6- Comment choisissez-vous le thème d’un livre ?
Je ne choisis pas le thème d’un livre. Une idée me vient soit parce qu’un livre que j’aurais aimé avoir dans ma bibliothèque n’existe pas (par exemple « Les insectes, amis de nos jardins » publié en 1995 sur la protection des insectes au jardin, ou « Sur les traces des petites bêtes » qui vient de paraître), soit parce que je souhaite traiter de manière originale un sujet existant (par exemple le « Guide du curieux de nature » avec l’illustratrice Claire Felloni en 2005). Après, ce sont les éditeurs qui choisissent de publier ou non le projet. J’en ai un depuis plus de 20 ans dans mes cartons, qui n’en a séduit aucun jusqu’à présent : le « Guide de la faune écrasée des bords des routes », destiné à sensibiliser sur cette hécatombe !

7- D’où est venue l’idée du livre « Des insectes au menu » ?
C’est un livre de commande des éditions Quae, dans une collection associant sur un sujet d’actualité un chercheur et un journaliste pour faire passer auprès du grand public des informations pointues. Je ne suis pas journaliste, mais entomologiste et habitué à écrire pour le grand public, je convenais pour ce titre, associé au spécialiste en nutrition de l’INRA Jean-Michel Chardigny. L’éditeur a été inspiré par les prévisions d’experts de la FAO (l’organisation des Nations Unis pour la nourriture et l’agriculture), qui indiquaient en 2009 que l’humanité, étant donné sa croissance prévisible, devrait recourir pour se nourrir aux protéines issues des insectes d’ici le milieu du siècle. Ce type de projet sur un sujet neuf est toujours très intéressant car j’apprends beaucoup de choses en me documentant, alors qu’écrire un énième livre sur les papillons peut être très ennuyeux.

8- Avez-vous un autre projet de livre ?
Je travaille actuellement sur une « Histoire naturelle des abeilles mellifères à l’état sauvage ». L’abeille mellifère, c’est l’abeille des ruches, élevée par les apiculteurs. Mais c’est aussi une espèce sauvage en Europe. Si la presse et la littérature scientifique regorgent d’informations et de chiffres sur ces abeilles d’élevage et sur les problèmes de survie qu’elles rencontrent, nous ne savons presque rien des populations existant à l’état sauvage. Les seules études approfondies ont été menées soit en Amérique du nord, soit en Australie, deux régions du monde où l’abeille mellifère a été introduite avant de se répandre dans les milieux naturels. Pour revenir à une question précédente, c’est typiquement le genre de livre que j’écris faute d’avoir pu le trouver en librairie.

9- Un dernier mot pour conclure ?
Je vous remercie de m’avoir donné la parole. Écrire est un acte solitaire, et j’ai rarement l’occasion de m’exprimer, et même de réfléchir, sur les aspects de mon travail sur lesquels vous m’avez interrogé.

Merci à Vincent d’avoir accepté de nous répondre !