Sisymbres

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°540 — avril 1898
Mardi 8 septembre 2009 — Dernier ajout mardi 30 janvier 2018

Les sisymbres sont des crucifères très communes en France et dans les régions tempérées. Ce sont des plantes à fleurs peu apparentes, dépourvues pour la plupart d’odeur, et rien, sur elles, n’attire l’attention. Leurs feuilles sont le plus souvent, profondément découpées ; leurs corolles, qui n’ont que quelques millimètres de diamètre, sont jaunâtres ou blanches. Leurs fruits sont des siliques, parfois très allongées.

L’espèce la plus répandue en France est le Sisymbre officinal ou Herbe-aux-chantres (Sisymbrium officinale). De mai en septembre, on rencontre au bord des chemins ses longs rameaux grêles portant d’abord de petites fleurs jaunes, puis des siliques velues, appliquées contre la tige. Ses feuilles sont très découpées et se terminent en fer de hallebarde. Une remarque curieuse : l’analyse des cendres de cette plante, faite par Wicke, a montré qu’elle contient de petites quantités de cuivre.

Le Sisymbre sagesse ou sagesse des chirurgiens (S. sophia), également très commune aux environs de Paris et dans toute la France, croît sur les murs et les décombres, tandis que le Sisymbre Irio affectionne le bord des eaux.

On trouve en France huit espèces de ce genre ; outre les trois que nous venons de citer, il convient de signaler encore le Sisymbre de Hongrie (S. p annonicum), trouvé seulement à Mutzig, en Lorraine, sur les collines de grès ; le Sisymbre d’Autriche (S. austriacum), qui croit dans le Jura, les Alpes, les Pyrénées et dans le département de la Charente-inférieure [1], l’un des plus favorisés au point de vue de la flore, sans doute à cause de sa situation et de sa grande longueur ; enfin le Sisymbre raide (S. strectissimum), des Alpes de la Savoie et du Dauphiné, remarquable par ses feuilles toutes entières ou dentées, ses fleurs odorantes d’un jaune brillant, ses fruits écartés de la tige et sa grande taille ; il atteint parfois plus d’un mètre et demi.

Le Sisymbre blanc (S. album), dont nous donnons une belle reproduction, est une plante de l’Europe orientale et de l’Asie ; elle est très commune en Russie et en Sibérie.

Sa racine, pivotante, est très forte, dure ; ses tiges sont dressées et terminées par des fleurs disposées en grappes simples. Les feuilles sont alternes, très divisées ; les fleurs sont blanches, relativement grandes, à pétales entiers, à anthères jaunes. Quant aux fruits ils sont visibles, sur la figure, à la partie inférieure des grappes, la floraison ayant lieu toujours de bas en haut chez les crucifères.

Les sisymbres n’ont guère d’applications. On les trouve trop insignifiants pour les faire figurer dans les parterres et les corbeilles ; d’autre part, ni les arts, ni l’industrie, n’en ont jamais rien tiré.

On leur accorde néanmoins quelques propriétés médicinales ; le sisymbre sagesse est encore utilisé quelquefois comme astringent, vulnéraire et fébrifuge. Quant au sisymbre officinal, il a eu pendant longtemps une grande réputation pour la guérison des maux de gorge.

Nous n’en voulons pour preuve que quelques passages de la correspondance échangée entre deux grands hommes du grand siècle : Racine et Boileau.

Ce dernier, atteint d’une extinction de voix, était allé aux eaux de Bourbon ; la cure n’avançant guère, Racine lui écrit ceci :

« J’ai trouvé chez M. Nicole un médecin qui me paraît fort sensé … Il m’a assuré que si les eaux de Bourbon ne vous guérissaient pas, il vous guérirait infailliblement. Il m’a cité l’exemple d’un chantre de Notre-Dame à qui un rhume avait fait perdre entièrement la voix depuis six mois, et, qui était près de se retirer ; ce médecin l’entreprit, et, avec une tisane d’une herbe qu’on appelle, je crois, Erysimum (l’herbe aux chantres était désignée autrefois sous le nom d’Erysimum, qui lui a été conservé par Linné ; depuis, ce genre a été scindé), il le tira d’affaire en telle sorte que non seulement il parle, mais il chante et il a la voix aussi forte qu’il l’ait jamais eue. J’ai conté la chose aux médecins de la cour ; il avouent que cette plante est très bonne pour la poitrine. »

Boileau répondit : « Au pis aller, nous essayerons cet hiver l’Erysimum. Mon médecin et mon apothicaire, à qui j’ai montré l’endroit de votre lettre où vous parlez de cette plante, ont témoigné tous deux en faire grand cas. Mais M. Bourdier (le médecin) prétend qu’elle ne peut rendre la voix qu’à des gens qui ont le gosier attaqué, et non pas à un homme qui a, comme moi, tous les muscles embarrassés. Peut-être, si j’avais le gosier malade, prétendrait-il que l’Erysimum ne saurait guérir que ceux qui ont la poitrine attaquée. »

Voilà un joli trait pour finir, et, si Molière l’a lu, il a dû en être satisfait.

F. FAIDEAU

[1actuelle Charente-maritime

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