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La culture à vapeur en Algérie

J. Scotte, La Nature, N°1698 - 9 décembre 1905

samedi 28 février 2009, par Denis Blaizot


Dans les colonies, la question défrichement, labour joue un rôle énorme, le sol ayant été plutôt gratté que défoncé partout où les indigènes ont essayé de faire de la culture, les sous-sols sont durs, résistants au travail à la main ou au labour avec des animaux et les parties vierges de tout travail ont un tel réseau de racines enchevêtrées où il y a de l’humus que la mise en état de culture demande, dans ces conditions, un travail considérable.

Une autre difficulté surgit, si cependant on veut l’entreprendre, c’est le nombre restreint, le manque d’animaux qui devront entraîner les charrues défonceuses, Il fallait donc, en Algérie, par exemple, qui est un peu le prolongement de notre France, et où se trouvent de vastes plaines très riches en bonnes terres, trouver le moyen de remédier à ces diffi­cultés.

L’idée d’utiliser la vapeur pour les travaux de culture n’est certes pas nouvelle, puisque James Watt, l’inventeur de la machine à vapeur, annonça déjà en 1780, au bureau des brevets, ses intentions dans ce but. Il ne donna cependant pas suite à ses projets et une longue période de temps devait s’écouler avant que les charrues à vapeur fonctionnent convenablement , mais après bien des tâtonnements, des essais, l’un de nos propriétaires Algériens qui est en même temps un excellent constructeur mécanicien, M. Pétolat de Dijon, est parvenu à résoudre très pratiquement ce problème.

Envoyé en mission en Algérie au printemps de cette année, j’ai pu assister à des défrichements ct défoncements exécutés par les machines à vapeur de cette maison française dont les photos ci-jointes ne peuvent en donner qu’une faible idée ; elles sont prises près de Maison-Carré, à 12 kilomètres environ d’Alger, sur le terrain acheté par l’État pour fonder une école d’agriculture.

Accompagné de M. Marès, l’aimable directeur des travaux de cette école, j’ai vu évoluer ces charrues colossales qui soulèvent la terre, les racines, les blocs de pierre aussi facilement que du sable, jusqu’à une profondeur de 0m,80 à 1 mètre ; c’est-à­ dire que le sol bouleversé, par ces engins puissants devant lesquels rien ne résiste, subit un labourage parfait.

Il est ensuite très facile de retirer les racines et les pierres, qui, brisées, n’offrent aucune résistance au râteau à vapeur qui les enlève de la bonne terre.

Deux locomobiles routières de 50 chevaux chacune timbrées à l2 kilogrammes avec moteur à 2 cylindres marchant à 200 tours d’un poids total de 17 tonnes chacune, sont placées vis-à-vis l’une de l’autre à une distance de 4 à 500 mètres environ ; ces locomobiles très trapues, très robustes sont munies d’un treuil à vapeur où vient s’enrouler un câble d’acier ; la charrue qui est à double soc, dont les arrières se regardent, n’a pas besoin d’être retournée lors­ qu’elle est arrivée à l’extrémité de sa course, il suffit de la faire basculer et la partie qui était en terre se lève pour laisser mordre au sol celle qui était en l’air, Deux hommes, indigènes la plupart du temps, et réfractaires aux émanations de cette terre vierge, qui recèle la fièvre, dirigent ces manœuvres avec les deux mécaniciens et un surveillant ; c’est donc une équipe de cinq hommes nécessaire pour ce travail.

Les roues arrière de ces locomotives routières ont un diamètre de1m,60 avec des bancages de 0m,45 de largeur, celles d’avant ont 1m,30 et 0m,40 de largeur ; que le terrain soit nivelé ou de profil difficile, le travail se fait tout aussi facilement, ces appareils munis aux roues de crampons spéciaux peuvent affronter toutes les pentes et passer partout.

Avec une installation de ce genre, on peut défoncer environ deux hectares par journée de dix heures de travail, si l’on descend jusqu’à 0m,80 et 6 à 8 hectares si l’on ne dépasse pas 0m,50 de profondeur, Le prix de ce défonçage revient dans le 1er cas aux propriétaires, à 250 francs l’hectare, tandis qu’à la main et avec des animaux, il revient à 800 francs, c’est donc une économie très appréciable qui facilite ces genres de travaux lorsqu’il s’agit de grandes surfaces comme c’est le cas en Algérie et en Tunisie. La culture à vapeur en Algérie : Retour de la charrue à bout de course

La culture à vapeur, grâce à la profondeur d’ameublissement du terrain et de la préparation de la surface, offre des avantages considérables contre les actions de la sècheresse et de l’humidité.

Par les temps humides, le trop d’eau nuisible pour les plantes pénètre dans le sol profondément ameubli, jusqu’à la couche inférieure, sans influencer la croissance de la plante, tandis que dans un terrain moins profondément remué le trop d’humidité s’accumule peu à peu et noie, pourrit et détruit les racines. Si, au contraire, il y a un temps de sècheresse continue, le terrain à labour profond offre un réservoir naturel d’humidité qui, par la capillarité de la terre sous l’effet du soleil, remonte vers la surface et entretient une fraîcheur bienfaisante pour les racines. Dans les terres moins bien travaillées, l’humidité est vite épuisée, la végétation s’arrête alors et la conséquence est une mauvaise récolte.

Lorsque le travail est terminé dans une propriété, les deux locomobiles sortent des champs pour la route, elles ont quitté les crampons de leurs roues pour redevenir à jantes lisses et elles entraînent derrière elles la charrue montée et relevée sur charriot et la roulotte contenant les approvisionnements et qui sert au personnel pour coucher et vivre dans les pays encore déserts, les tonnes servant au transport de l’eau, Il m’a semblé intéressant de signaler et montrer par des photos, que le colon français est débrouillard et que les difficultés ne le rebutent pas. Aujourd’hui l’Algérie est dotée d’un nombre assez grand de ces engins dont un dépôt a été installé à Alger et qui rayonnent partout où le besoin s’en fait sentir, On défonce plus de 5000 hectares par an rien qu’en Algérie.

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