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La machine à statistiques, partie 2

H. Vigneron, La Nature n° 2982 — 1er août 1936

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 12 octobre 2014

Les trieuses de cartes — Les calculatrices

Tous les documents comptables ayant été traduits en cartes perforées, comme il a été expliqué dans l’article précédent, il faut main­tenant extraire de l’ensemble des cartes celles portant les indications correspondant au ren­seignement, ou à l’état comptable, que l’on désire obtenir. Cette opération est réalisée par la Trieuse.
Quel que soit leur principe, ces machines présentent toutes le même aspect extérieur (fig. 1) : un magasin d’alimentation dans lequel on empile les cartes à trier, un méca­nisme d’exploration et, lui faisant suite, une série de douze cases numérotées de 1 à 12 et une case rebut. Les cartes triées sur une colonne déterminée iront, suivant le nombre perforé dans cette colonne, dans la case portant le même chiffre ; les cartes ne portant pas de perforation dans la colonne vont à la case rebut.

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LE PRINCIPE DU TRIAGE
Le principe du triage est extrêmement simple : supposons que dans un ensemble de cartes on veuille extraire celles portant l’indi­catif 127 par exemple inscrit dans les colonnes 17, 18 et 19. On commencera par « trier sur la colonne 17 » et, dans les cases de la trieuse on aura finalement, après pas­sage de toutes les cartes dans la machine, dans la case 1, toutes les cartes ayant l’indi­catif 1... ; dans la case 2 celles ayant l’indi­catif 2... , etc., et dans la case rebut, les cartes n’ayant aucune perforation dans la colonne 17.
On prend ensuite les cartes tombées dans la case 1, les autres cartes étant remises dans les fichiers, et on trie sur la colonne 18. Quand l’opération est terminée, on a, dans la case 1, les cartes ayant l’indicatif 11 ; dans la case 2, les cartes 12, dans la case 3, les cartes 13, etc...
On n’opère plus alors que sur le paquet de la case 2 (indicatif 12) et on trie sur la colonne 19. Dans la case 1 on aura les cartes 121, dans la case 2, les cartes 122, et dans la case 7 les cartes 127 qui nous intéressent spé­cialement.
Nous avons donc en même temps, à l’aide de 3 passages, trié les cartes 120 à 129. Ajoutons que ces opérations peuvent être effectuées plus rapidement à l’aide de cer­tains artifices.
On peut craindre que, s’il s’agit d’un nombre important de cartes sur lequel doit s’opérer le tri (nombre qui dans la pratique peut atteindre 100 000 et plus) le temps néces­saire à l’opération soit très long. Il ne faut pas oublier que, grâce aux perfection­nements des machines, celles-ci fonctionnent couramment à la vitesse utile énorme de 400 cartes à la minute, soit 200 000 pour une journée normale de travail.

LES MACHINES TRIEUSES
Nous allons exposer rapidement les principes de fonctionnement des trieuses.
Les cartes empilées dans le magasin ne sont extraites une à une par une navette munie d’un couteau et animée d’un mouve­ment alternatif. De même qu’un rabot, à chaque alternance, enlève un copeau, le couteau ici « rabotte » une carte du paquet et l’engage sous des rouleaux en rotation, analogues à des rouleaux de laminoir, qui l’amènent sous le mécanisme explorateur.
Celui-ci diffère, suivant que l’exploration s’effectue électriquement (type Hollerith), ou mécaniquement (type Samas-Powers).

La trieuse électrique. - Dans la trieuse Hollerith, les cartes C, horizontalement alimentées, passent direc­tement sous le balai A (fig. 2) et sur le rouleau de laiton B. Elles s’engagent ensuite sous une série de lames numérotées sur la figure 9, 8, 7... 0, 11, 12. Ces lames formées par un ressort élastique se prolongent respecti­vement jusqu’aux cases-réceptacles correspondantes, de telle sorte qu’une carte engagée, par exemple, entre les lames 8 et 9 ira tomber dans la case 9.
Si la carte C est perforée par exemple au chiffre 4, elle avance, comme le montre la figure, sous les lames 9, 8, 7, 6 et 5. À ce moment, le balai A rencontre le trou per­foré dans la carte et vient au contact du cylindre B. Celui-ci, grâce à un frotteur F, communique électrique­ment avec un électro-aimant D de triage dont les bobines se trouvent alors excitées. Elles attirent l’armature E qui s’abaisse alors, et crée une ouverture entre les lames 5 et 4 (fig. 2) dans laquelle s’engage la carte qui est ensuite conduite, par des rouleaux transporteurs, jusque dans sa case. S’il vient à passer une carte blanche, non perforée, dans la colonne explorée, le balai A n’établit pas de contact sur B, l’électro-aimant D n’est pas excité et n’attire pas son armature E vers le bas. En conséquence, la carte se trouve conduite vers la pochette « rebut ». La carte se trouve donc explorée pendant son déplacement, et son mouvement est continu.

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La trieuse mécanique. - Au contraire, dans le système mécanique (type Samas-­Powers), la carte se trouve arrêtée pendant le temps nécessaire à son exploration, puis est ensuite entraînée par des rouleaux trans­porteurs jusqu’à la case correspondante.
La figure 3 montre le principe de fonctionnement d’une trieuse mécanique Samas. Les cartes ne s’engagent pas ici dans des aiguillages formés de lames de ressort comme dans la trieuse Hollerith. Elles se déplacent, sous l’action d’entraînement de roues et molettes, sur un chemin constitué par des trappes mobiles fermant les cases. Quand une carte a été explorée, le mécanisme correspondant à la case dans laquelle elle doit tomber est actionné, et lorsque la carte dans son déplacement arrive devant sa case, la trappe se soulève et la carte tombe de la même manière qu’une lettre dans une boîte aux lettres. Le système d’exploration est très simple ; et en même temps très sûr. La carte sortant du magasin d’alimentation, poussée par des rouleaux d’entraînement, vient s’arrêter contre une butée sous le peigne de sélec­tion formé de 12 aiguilles montées sur un chariot détecteur animé d’un mouvement alternatif de bas en haut et de haut en bas.
Quand la carte s’engage sous le peigne, celui-ci est en position haute ; sitôt que la carte est immobilisée par la butée, le peigne descend. Les aiguilles qui ne rencontrent pas de trous sont arrêtées, tandis que celle qui se trouve en regard d’une perforation traverse le niveau de la carte et vient agir sur un poussoir. Celui-ci, par l’intermé­diaire d’un câble bowden, actionne le mécanisme d’ouver­ture de la case correspondante. Le peigne remonte ensuite, les aiguilles se soulèvent au-dessus de la carte, à ce moment la butée d’arrêt de carte s’efface, et sous l’action des rouleaux d’entraînement la carte se déplace sur le che­min formé par les trappes.

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Dans la figure 3, une carte s’engage dans la case 11, tandis que la carte suivante est explorée et révèle une perforation 7.

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La figure 4 montre le fonctionnement des aiguilles d’exploration. Évidemment, afin d’assurer la poussée des bowdens, il faut que l’aiguille soit « verrouillée » mécaniquement, la puissance du ressort de rappel ne pouvant être augmentée sans crainte de marque ou de crevaison de la carte dans les zones où celle-ci n’est pas perforée.
La figure 4a montre en perspective la dispo­sition mécanique du palpage. La figure 4b montre le verrouillage de l’aiguille après qu’elle a traversé une perforation de la carte, la figure 4c, le cas où l’aiguille n’est pas verrouil­lée, n’ayant pas rencontré de perforation.
L’aiguille qui ne rencontre pas de perfora­tion pivote autour de l’axe a solidaire du chariot et entraîne l’axe mobile c qui, en tournant autour de l’axe b également soli­daire du chariot, entraîne la plaque coudée d, verrou qui verrouille l’aiguille ou les aiguilles ayant traversé la carte.
La carte qui vient d’être palpée, et qui por­tait la perforation 7 par exemple a permis l’enfoncement de l’aiguille 7 et la poussée du bowden correspondant qui commande l’ouverture de la trappe de la case 7. Mais il faut que cette ouverture ne se produise que lorsque la carte, après avoir quitté la position de palpage, aura été entraînée jusqu’aux environs immédiats de la case 7. Il faut donc que le mécanisme d’ouverture de la trappe agisse avec un certain retard, qui dépend d’ailleurs de son numéro, c’est-à-dire de la distance que la carte doit parcourir avant d’arriver à sa case.

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Voici comment ce résultat est obtenu. Sur l’arrière de la machine, parallèlement à la rangée des cases, un arbre actionné par le moteur tourne en entraînant douze disques commandant chacun le pivotement de la trappe de case correspondant. Ces disques, dont la figure 5 représente le principe, comportent chacun six dispositifs identiques ou cames.
Le bowden commandé par l’aiguille de sélection pousse un levier coudé (fig. 5a) qui détermine l’enfoncement d’un piston. Celui-ci rencontre alors la came (fig. 5), pro­voque son basculement et la saillie du galet qu’elle porte.

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Le disque, continuant sa rotation, vient alors soulever le bras de commande de l’axe du couvercle de case (fig. 6) qui provoque l’ouverture de la case. Le linguet que porte la came rencontre ensuite le doigt de désarme­ment porté par le bras de commande, ce qui provoque l’effacement du galet.
On comprend facilement que, suivant la position du piston d’armement de la came, le temps qui s’écoulera entre le moment où il aura fonctionné et celui où le galet ouvrira la trappe pourra être réglé de façon que la carte correspondante soit arrivée devant sa case.

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Naturellement les trieuses, appareils fonctionnant à grande vitesse, sont munies de dispositifs annexes sur lesquels nous ne dirons rien : arrêt de la machine, quand une case est pleine de cartes ou quand le magasin est vide ; compteur donnant le nombre de cartes passées dans la machine ; compteurs individuels pour chaque case, dispo­sitifs de sélection permettant de sortir en un seul passage les cartes portant un indicatif donné 7354 par exemple ; dispositifs de sélection multiple permettant de sortir en un seul passage douze séries de cartes portant des indi­catifs déterminés à l’avance, etc...

Les cartes ayant été triées, il faut maintenant traduire en clair les perforations, imprimer les renseignements indicatifs et totaliser les renseignements additifs. C’est le travail de la tabulatrice, ou calculatrice dont nous allons maintenant étudier les principes de réalisation. Nous examinerons d’abord les mécanismes d’impression, qui transcrivent les indications de la carte, puis les mécanismes de compteurs qui effectuent les totalisations désirées.

LES TABULATRICES MÉCANIQUES
La figure 7 montre le schéma de fonctionnement du mécanisme d’impression d’une tabulatrice mécanique Samas-Powers. La carte, prise mécaniquement dans le magasin, est amenée sous le bloc de palpage. Dans le cas d’une carte de 45 colonnes par exemple, ce bloc est consti­tué par deux plaques perforées chacune de 45 X 12 = 540 trous, comme dans la perforatrice automatique. La plaque supérieure porte 540 petits câbles bowden dont les autres extrémités aboutissent, par groupes de 10 cor­respondant chacun à une colonne donnée de la carte, à une réglette disposée sous les stops correspondant à une colonne d’impression.
Au-dessous de la plaque inférieure se trouvent 540 aiguilles d’exploration, contenues dans une boîte qui est animée d’un mouvement de bas en haut. Quand la boîte monte, les aiguilles d’exploration qui rencontrent des perforations, soulèvent les stops correspondants par l’intermédiaire des bowden qui les surmontent. Les secteurs qui étaient au repos de telle manière que leur talon se trouvait au niveau du stop 0 sont alors libérés et, sous l’action de leurs ressorts, s’avancent vers l’avant jusqu’au moment où leur talon bute contre le stop levé.
Les marteaux sont à leur tour actionnés, frappent le caractère qui se trouve à leur niveau et l’impriment sur une feuille de papier portée par un rouleau de machine à écrire (non représenté sur la figure).
Les secteurs sont ensuite ramenés par un râteau à leur position de départ, dès que la boîte porte-aiguille descend, que la carte libérée est évacuée et remplacée par une nouvelle prise dans le magasin. Mais le but de la tabula­trice n’est pas de traduire simplement en clair les indica­tions de la carte. Il est d’obtenir des états comptables dans lesquels n’entrent que certains des renseignements de la carte, d’une part et, d’autre part de totaliser cer­tains de ces renseignements. Par exemple, si on se reporte à la carte type représentée figure 1 de notre premier article, pour établir les commissions d’un représentant 310, il suffira, sur l’état, de faire figurer le numéro de
la facture, le numéro du client et le montant de cette facture, les montants devant être totalisés en fin d’état.
À cet effet, entre les bowdens sortant du bloc supé­rieur de palpage et les bowdens aboutissant aux réglettes des stops, se trouve interposée une boîte de connexion qui permet de diriger les impulsions produites par l’explora­tion vers les secteurs intéressés, de ne pas les inscrire, de les totaliser dans un ou plusieurs secteurs, etc...

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La figure 9 représente une boîte à connexions, couvercle enlevé. On en comprend immédiatement le fonctionne­ment. La base inférieure qui s’applique sur la carte peut comporter, dans le cas d’une carte 45 colonnes, 540 petites tiges correspondant aux perforations possibles. À la partie supérieure qui se place sous les compteurs et commande les stops aboutissent les autres extrémités des tiges. Quand, à la lecture de la carte, un palpeur traverse un trou, il vient pousser l’extrémité inférieure d’une des tiges de sa boîte à connexions et par son intermédiaire commande la montée de un ou plusieurs stops déter­minés. En effet les tiges intérieures peuvent se bifur­quer, être en Y à plusieurs branches, de façon que plu­sieurs stops soient actionnés par un seul palpeur.
Pour chaque état on utilise une boîte de connexions, et le passage de l’établissement d’un état à un autre se réduit au changement de la boîte à connexions, ce qui ne prend que quelques minutes.

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COMMENT S’EFFECTUENT LES CALCULS
Nous allons indiquer le principe de l’enregistrement et de l’addition ou de la soustraction des nombres par les compteurs. Sans entrer dans leur description qui nous entraînerait trop loin, nous ne parlerons que de leur commande par les secteurs mis en mouvement par les stops.
Tout d’abord, la marche normale, c’est-à-dire l’accu­mulation des nombres. Les roues compteuses placées sous chaque secteur (fig. 10) sont maintenues verticalement par un levier. L’action de la fourche A en se déplaçant autour de son axe C ne peut leur donner qu’un mouve­ment vertical les mettant en prise avec le bras de prise de la partie dentée du secteur d’impression.
Un levier B, portant deux encoches D et E, commande le mouvement de cette fourche.
Une pièce F portant deux ergots est animée d’un mou­vement alternatif provoqué par la came en éventail qui reçoit son mouvement d’un excentrique monté sur l’arbre principal de la machine.
En marche normale, l’encoche D du bras B est main­tenue en prise avec l’ergot supérieur de la pièce F. La figure 10a montre la roue en prise au moment de la descente du secteur ; la figure 10b la montre libre à la montée du secteur.
Le déplacement angulaire du secteur étant propor­tionnel au nombre lu sur la carte, la roue du compteur tournera d’un nombre de dents proportionnel : le chiffre est donc enregistré. Le report des dizaines d’une roue compteuse à la roue adjacente ne présente aucune diffi­culté mécanique spéciale.

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Le contrôle automatique. - Le problème n’est cependant pas complètement résolu car il faut encore qu’au moment où toutes les cartes concernant le ven­deur 321 de notre exemple auront défilé dans la machine et que la première carte du vendeur suivant se présen­tera, la machine s’en aperçoive et, avant de continuer son travail, inscrive automatiquement le total des ventes, et que les compteurs reviennent à zéro, pour être en position de départ pour le décompte suivant. C’est ce que l’on appelle le « contrôle automatique ».
La figure 11 montre comment le résultat est obtenu.
Elle donne aussi le détail du fonctionnement des aiguilles d’exploration, figurée schématiquement sur la figure 7.
Dans l’exemple choisi, quand le numéro du vendeur change, le total doit être déclenché. C’est donc les colonnes 10, 11 et 12 qui commanderont la manœuvre.
En levant, pour ces trois colonnes, le taquet de com­mande (fig. 11), on met en prise la pièce a avec la glis­sière b et avec l’axe d qui, en pivotant autour de l’axe fixe e, commande le déclenchement du total.
Après le passage d’une carte, le verrou c maintient les aiguilles t en position haute ou basse suivant qu’elles correspondent ou non à une perforation de la carte.
Lorsque la carte suivante passe, les aiguilles g de la boîte à aiguilles inférieure sont verrouillées en posi­tion haute, si elles correspondent à une perforation. La boîte h monte ensuite cependant que le verrou c est provisoirement dégagé.
Sous l’action combinée de leurs ressorts et des aiguilles g, les aiguilles t montent ou descendent si elles corres­pondent à une perforation nouvelle ou à la suppression d’une perforation de la carte précédente, c’est-à-dire si l’indicatif n’est plus le même.
Dans les deux cas, le doigt i fait déplacer la glissière b qui, par l’intermédiaire de a, pousse l’axe d et fait déclen­cher la prise de total.

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La prise de total. - Cette dernière manœuvre s’effectue de la façon suivante (fig. 12). L’axe de com­mande des totaux M a pivoté, commandé par la tige N actionnée par le contrôle automatique dont nous venons de parler. L’axe M entraîne la manivelle L et, par le ressort P, le bras B dont l’encoche E viendra, un demi­cycle après, coiffer l’ergot inférieur de la pièce F, inver­sant ainsi le mouvement. C’est-à-dire que les compteurs seront en prise pendant la montée des secteurs (fig. 12b), avant l’impression du total, et hors de prise (fig. 12a) pendant la descente des secteurs. Dans ces conditions, c’est le nombre que marque le compteur qui sera frappé. C’est le résultat désiré. En même temps, on voit que les totalisateurs sont amenés à zéro au moment de l’impres­sion et maintenus à zéro par leur mise hors circuit à la descente des secteurs après total.

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LES TABULATRICES ÉLECTRIQUES
Dans les tabulatrices électriques, genre Hollerith, les mêmes opérations sont effectuées (enregistrement, ins­cription, prise de total, remise à zéro) à l’aide d’électro­aimants arrêtant les pièces mécaniques en mouvement sous le contrôle de la carte perforée.
Tout d’abord l’inscription en clair des indications portées sur la carte. Ici les caractères sont disposés non plus sur un secteur circulaire, mais sur une barre recti­ligne dite « barre à caractères B » prolongée par une cré­maillère C ayant autant de dents qu’il y a de caractères sur la barre et dont le pas est égal à l’intervalle séparant deux caractères (fig. 15). Cette crémaillère est constam­ment sollicitée vers le haut par un ressort puissant r mais se trouve maintenue par un bloc G dans lequel elle coulisse librement et contre lequel elle bute par la butée A. Cette pièce G peut prendre un mouvement alternatif de haut en bas sous la commande d’un levier mû par une came creuse D de profil approprié. Chaque fois qu’une carte est explorée, la came D accomplit un tour, la pièce G fait sa course alternative, et la barre à caractères B a monté, s’est arrêtée et est redescendue. Il faut arrêter la barre B dans son mouvement d’ascension de façon que, lorsque le marteau M est actionné au moment où la barre est arrêtée ( ce qui correspond à une partie concentrique de la came D), il frappe le chiffre perforé sur la carte.
Ce résultat est obtenu de la façon suivante. La carte défile entre un balais de lecture et un cylindre conducteur, comme dans la trieuse. Elle est placée dans le magasin d’alimentation de façon qu’elle défile, le 9 se présentant le premier. C’est-à-dire que les chiffres seront lus dans l’ordre 9, 8, 7... 2, 1, 0, 11, 12. D’autre part, la rotation de la came D, par suite la montée de la barre à carac­tères B, et le déplacement de la carte sous le balai sont rigoureusement synchronisés de telle façon que, lorsque la perforation 6 par exemple passe sous le balai, la montée de la barre à caractères a amené le caractère 6 en regard du marteau. Il suffit donc de bloquer la barre à caractères dans cette position jusqu’au moment de la frappe de l’impression. À cet effet, quand le balai de lecture rencontre le trou perforé 6, il ferme le circuit de l’électro-aimant E. Celui-ci attire son armature L, qui, par l’intermédiaire d’une tringlerie L1, L2, libère le cli­quet K qui bascule, sous l’action du ressort r, s’engage dans une dent de la, crémaillère et la bloque. Quand la carte a entièrement défilé sous le balai, avant que la carte suivante se présente, l’impression est déclenchée et la barre à caractères ramenée à sa position de départ. Un ergot T repousse le cliquet K qui se trouve alors réarmé.

Naturellement, il y a un seul balai commun et autant de balais de lectures que de colonnes à explorer, c’est-à­-dire 45 ou 80 ; le nombre des barres à caractères peut atteindre 100 ou plus, suivant les états à obtenir. La came D, le levier L et la pièce G sont uniques et com­muns à toutes les barres.

Comment s’effectuent l’addition et la soustrac­tion. - Nous allons maintenant donner le principe de l’addition et de la soustraction. Ces opérations s’effec­tuent très simplement (fig. 14).

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Additionner consiste à faire tourner une roue de compteur du nombre de divisions correspondant au
chiffre perforé dans la colonne de la carte lue. La roue de compteur est traversée par un arbre qui tourne cons­tamment d’un mouvement uniforme.
La rotation de cet arbre est synchronisée avec le dépla­cement de la carte sous les balais, c’est-à -dire que lorsque la carte se déplace sous les balais de la distance qui sépare deux chiffres consécutifs (un point de cycle), l’arbre a tourné de un dixième de tour. La roue du compteur est normalement folle sur l’arbre. Mais quand le balai de lecture rencontre une perforation, 6 par exemple, il ferme le circuit de l’électro-aimant d’addi­tion E qui attire son armature A et libère le levier L qui, sous l’action du ressort R, pivote autour de l’axe C entraînant la pièce D, solidaire de l’arbre en rotation et engrène la roue du compteur. Quand la carte a défilé jusqu’au point zéro, un commutateur monté sur l’arbre général des compteurs actionne un électro-aimant de débrayage E1 qui, par l’intermédiaire du levier L1 désoli­darise la roue du compteur de l’arbre et réenclenche le levier L.
Dans l’exemple choisi, entre le moment où E a agi et celui où E1 débraye la roue compteuse, celle-ci a bien tourné de 6 points de cycle (6 à 0) et par suite a enre­gistré le chiffre 6.
Pour la soustraction, l’utilisation de la méthode clas­sique des compléments est très simplement réalisée. Lors­qu’une roue de compteur soustrait, l’électro-aimant d’embrayage E est automatiquement excité au point 9 du cycle ; tandis que c’est l’électro-aimant E1 de dé­brayage qui est relié au balai de lecture. Par suite si une perforation 4 se présente sous le balai, la roue qui avait été embrayée au point 9 du cycle sera débrayée au point 4. Elle aura tourné de 9 - 4 = 5 divisions : elle aura donc enregistré un 5, c’est-à-dire le complément de 4.
Remarquons que pour effectuer la soustraction, il faut additionné le complément à 9 de tous les chiffres d’un nombre à l’exception de celui des unités, dont il faut additionner le complément à 10. À cet effet une con­nexion spéciale permet d’exciter l’électro-aimant E un point de cycle avant 9. Ce point est appelé arbitrairement 10. Si, dans la colonne des unités une perforation 4 par exemple se présente, la roue tournera de 10 - 4 = 6 di­visions, elle enregistrera donc 6, c’est-à-dire le complément à 10 de 4.

La prise de total. - Il nous reste à donner le principe du mécanisme qui déclenche la prise du total lorsqu’une série de cartes portant un même indicatif est tout entière passée dans la machine et que la carte suivante qui se présente porte un autre indicatif.
À cet effet on utilise deux dispositifs de lecture iden­tiques (fig. 15) dont la vitesse de rotation est rigoureuse­ment la même et qui sont écartés d’une distance telle que les indications lues par les balais soient rigoureuse­ment les mêmes. Quand un 3 par exemple défile sous le balai supérieur, c’est également le 3 qui se trouve sous le balai inférieur. Dans ces conditions on conçoit que si les deux cartes portent la même perforation, on pourra à travers les deux perforations fermer un circuit élec­trique tandis que si les deux perforations sont diffé­rentes, le circuit ne se fermera pas. Une réalisation sché­matique est représentée sur la figure 15. Le moteur de la tabulatrice peut être alimenté soit à travers le contact C1 soit à travers le contact C2. Le premier est toujours fermé en temps normal et C2 toujours ouvert.
Quand une perforation de la carte 1 passe sous le balai inférieur de lecture, le circuit de l’électro­aimant E1 (figuré en pointillé) se ferme, E1 attire son arma­ture, tend à couper le circuit du moteur et à arrêter le passage des cartes. Mais si la carte 2 présente la même perforation que la carte 1, le circuit de l’électro-aimant E2 (figuré en traits pleins) se ferme, et l’électro E1 excité ferme C2. Le moteur est donc alimenté par le circuit de C2 et la machine continue à fonctionner. Si au contraire la perforation de la carte 2 n’est pas la même que celle de la carte 1, E2 n’est pas excité ;
C2 reste ouvert, le moteur de la machine s’arrête. En même temps, l’arrêt provoque la mise en marche d’un petit moteur auxiliaire dit moteur de prise de total qui détermine l’impression des nombres inscrits aux compteurs et l’amène certains d’eux à zéro. Nous n’insisterons pas sur ces diverses opérations.

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L’emploi de deux dispositifs de lecture simultanée de deux cartes confère à la tabu­latrice une souplesse remarquable en permet­tant de « préparer » par la première lecture les opérations qui seront effectuées à la lecture sous le deuxième balai (soustraction dans une même zone, transcription alphabétique). L’électricité d’autre part, grâce à la souplesse et à la multiplicité des combinaisons pos­sibles, a permis des réalisations uniques, comme la multiplication, des opérations telles que (A X B) + C + D, la perforation automatique sur des cartes dites « récapitulatives » des résultats des opérations effectuées par les machines, etc... Nous n’en dirons rien, les quelques solutions de principe que nous avons schématiquement exposées suffisant à montrer l’ingéniosité, l’élégance et l’originalité des solutions qui ont abouti à la réalisation des machines à statistiques actuelles, qu’elles’ soient du type électrique ou mécanique.

L’importance pratique des résultats qu’elles permettent d’obtenir justifie les efforts qu’elles ont nécessités. Impor­tance multiple et difficilement appréciable à priori et que seule l’étude détaillée de leur application à chaque cas, particulier peut mettre en évidence : problème de la paye, des prix de revient, de l’inventaire permanent, de la ventilation des comptes, questions d’assurances, de banque, etc...
Dans tous ces domaines si divers, elles rendent des services qui expliquent leur diffusion de plus en plus grande : économie de personnel, sécurité dans les résultats obtenus, rapidité extrême (les trieuses fonctionnent couramment à 400 à 500 cartes à la minute, et les calculatrices impriment 100 lignes environ à la minute), grande variété des renseignements, en un mot tout un ensemble de résultats qui permettent, quelle que soit l’importance de l’entre­prise, d’en suivre au jour le jour le développement et la marche. Les dirigeants peuvent ainsi prendre en temps utile les décisions nécessaires, en s’appuyant sur des renseignements mathématiquement exacts, et lutter efficacement contre les difficultés économiques actuelles.

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H. VIGNERON.

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