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En Amérique, on transporte couramment une maison d’un emplacement à un autre

Sciences & Voyages N°272 — 13 novembre 1924

vendredi 20 janvier 2012, par gloubik

Le transport en bloc des maisons est devenu une opération courante en Amérique. Aux États-Unis, en effet, les villes se modifient d’année en année ; de nouvelles voies ferrées traversent les agglomérations, obligeant à en remanier le plan. Dans d’autres circonstances, c’est une entreprise industrielle : scierie ou exploitation minière, qui est amenée à déplacer son siège. Les maisons de son personnel la suivent.

Le transport des maisons n’est pourtant pas une innovation américaine. Les hardis compagnons charpentiers, que l’on peut classer dans l’élite des ouvriers du bâtiment, ont résolu autrefois, en France même, ce difficile problème. Dans le Nord de la France, on cite plusieurs exemples de transport de constructions particulièrement instables : des moulins à vent. Soulevés de leur pivot à l’aide de crics et amenés sur de forts rouleaux, ils étaient remorqués peu à peu, sur un chemin de roulement en charpente, jusqu’à leur nouvel emplacement.

En Amérique, on a repris ce procédé, et on y a appliqué des appareils mécaniques modernes, ce qui permet de réaliser couramment des transports qui semblent particulièrement audacieux.

Voici, en général, comment l’on procède, On perce à la base de la construction à déplacer des ouvertures disposées en face les Unes des autres, dans les murs opposés. Dans ces ouvertures, on passe de robustes poutres, en bois ou métalliques, de longueur telle qu’elles dépassent de chaque côté la largeur du bâtiment. A l’intérieur de la construction, on réunit les poutres entre elles, par des traverses, de manière qu’elles constituent un plateau rigide. A l’extérieur également, on les réunit par d’autres longues poutres, qui augmentent encore la solidité du plateau.

D’autre part, on a établi entre la maison et son emplacement futur un chemin de roulement en charpente. On fait reposer le plateau sur ce chemin, en insérant des rouleaux entre sa périphérie et les poutres du chemin avec interposition de traverses et de coins. Enfin, on détache la construction de sa fondation en découpant les parties de la maçonnerie qui demeuraient entre les entailles faites pour le passage des poutres. La maison repose ainsi entièrement, sur le chemin de roulement. Pour la déplacer, on emploie généralement des vérins. qui, opérant par poussées successives, conduisent le bâtiment jusqu’à son nouvel emplacement.

Là, on a au préalable construit des murs de fondation semblables à ceux qu’on a abandonnés, et, par une manœuvre inverse de la première, on amène le plateau au-dessus de ces murs. On remplit de maçonnerie l’intervalle des poutres du plateau, entre la fondation et la partie inférieure des murs. Une fois cette maçonnerie prise, on enlève les coins et les rouleaux, le plateau cesse de porter la maison, et on peut le démonter. Il n’y a plus qu’à boucher les trous par où passaient les poutres du plateau pour que l’opération soit terminée.

L’opération présente parfois des variantes. C’est ainsi que, lorsque les deux emplacements ne sont pas au même niveau, il faut d’abord surélever (ou abaisser) le plateau jusqu’au niveau voulu, avant de commencer le déplacement horizontal. Ce soulèvement est obtenu au moyen de vérins que l’on manœuvre tous ensemble pour remonter la construction d’une vingtaine de centimètres, puis on la fait reposer sur des cales, on remonte les vérins sur d’autres cales, on les remet en action, et ainsi de suite. On est arrivé ainsi à remonter, par échelons, de 51 mètres, une maison construite dans une vallée étroite, au bord des voies du Baltimore and Ohio Railroad, près de Pittsburg [1]. Ce chemin de fer devait élargir ses voies, et, pour cela, emprunter l’emplacement de la construction. On a trouvé plus économique de lui faire escalader la colline que de la démolir pour la reconstruire.

Le procédé est aussi beaucoup plus rapide que la reconstruction. A San-Francisco, par exemple, pour rectifier l’alignement d’une rue, la municipalité avait exproprié plusieurs villas ; les propriétaires de celles-ci s’adressèrent à un entrepreneur spécialiste de ce genre, d’opération, qui accepta d’effectuer le transport de chacune des construction pour la somme de 1900 dollars.

Le transport de chaque maison, y compris l’enlèvement et la pose, demanda cinq Journées de travail. L’opération fut conduite avec une telle méthode que les meubles ne furent pas dérangés de leurs places. On n’eut à réparer que quelques crevasses qui s’étaient produites dans la maçonnerie.

Il convient de remarquer que les familles ne quittèrent pas leurs logis pendant le transport. Privées de gaz, les ménagères se résignèrent simplement à préparer les repas sur des fourneaux à pétrole.

Mais, dès que les maisons furent arrivées à destination, les compagnies d’éclairage firent le nécessaire, et, avant la nuit, les villas voyageuses se trouvaient de nouveau branchées sur les conduites de gaz et sur le réseau électrique.

Et tout rentrait dans l’ordre le lendemain même, quand la compagnie des eaux eut terminé son branchement.

Tous frais compris, chacun des quatre propriétaires eut à verser au syndicat la somme forfaitaire de 1900 dollars, Chacune des quatre maisons, construites sur le même modèle, avait coûté 9000 dollars, avant la guerre.

On déplace maintenant des constructions de toutes sortes. L’église de Saint-Nicolas, à Pittsburg, qui a 33,50m de longueur et 20 mètres de largeur, a été déplacée latéralement, et relevée de 2,60m environ, pour permettre l’alignement de la rue. Cette opération, que représente une de nos illustrations, a été effectuée par l’entreprise J. Eichleay de Pittsburg.

Dans la même ville, un bâtiment très étroit, en charpente métallique et remplissage de briques, a été déplacé par la même entreprise pour le même motif. On a commencé par river aux douze colonnes métalliques principales des consoles en acier, et c’est en agissant sur ces consoles avec des vérins qu’on a soulevé la construction pour la faire reposer sur le chemin de roulement.

On se contente parfois de déplacer une partie seulement d’une construction. C’est ainsi que, pour agrandir une église, à Buffalo, on a détaché la façade, sur 2,50m de profondeur seulement ; et on l’a avancée d’une dizaine de mètres, pour allonger l’église d’autant. Il s’agissait d’un mur de 24 mètres de largeur et d’une vingtaine de mètres de hauteur que l’on a pu ainsi déplacer sans la moindre lézarde.

L’opération du transport des maisons est maintenant si courante qu’on ne tolère même plus qu’elle interrompe la circulation. A San Francisco, le trajet, assez long, que devait parcourir une petite maison empruntait une voie où passe une ligne de tramways. On a élevé la construction sur deux échafaudages roulants, placés de part et d’autre de la voie, et elle a été transportée ainsi, juchée sur un piédestal en charpente, sous lequel passaient tramways et voitures.

La liste des constructions transportées pendant les dix dernières années seulement serait interminable. Bornons-nous à signaler seulement les opérations les plus curieuses. A Hibbing, dans le Minnesota, on a découvert de riches gisements de fer sous une partie de la bourgade. Pour en permettre l’exploitation, on a déplacé une vingtaine de maisons. Le village tout entier de Jennings, dans le Michigan, a été transporté d’une vingtaine de kilomètres, pour suivre la scierie où travaillaient ses habitants. Un « studio » cinématographique, constitué par une cage métallique entièrement vitrée, de 45 mètres de longueur, 15 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur, a été déplacé sans qu’un seul de ses 3 400 carreaux fût brisé. Un hôpital complet a été transporté, sans qu’il ait été nécessaire d’évacuer aucun malade.

Après l’Exposition de San-Francisco, en 1915, on eut l’idée d’utiliser l’un des palais, en l’installant à San-Carlos, à l’autre extrémité de la baie de San-Francisco, à une quarantaine de kilomètres de l’Exposition. On le transporta par mer, sur d’énormes chalands réunis par des poutres. Un premier chemin de roulement aboutissant au-dessus de la mer avait permis de l’amener, à l’aplomb des chalands, qui le soulevèrent à marée haute. Un second chemin, à San-Carlos, permit de le conduire à l’emplacement prévu, par une manœuvre inverse.

Enfin, on a transporté des réservoirs à pétrole, des châteaux d’eau, et jusqu’à une cheminée d’usine, en briques, construction qui semble pourtant bien peu faite pour voyager. On le voit, le terme « immeuble » est en train de perdre sa signification traditionnelle, en Amérique du moins.


[1Une maison surélevée de 49 mètres — Daniel Bellet, La Nature N°1606 — 5 mars 1904

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